Alicia aux destins multiples

lundi 28 octobre 2019
par  Toni Pinera, Traduit par Claude Maltagliati

Alicia aux destins multiples

TONI PIÑERA

Il y a des jours, il y a des momentsdont on voudrait qu’ils n’arrivent jamais. Mais cela fait partie de la vie …

Article traduit par Claude Maltagliati

Alicia Alonso est un être spécial, touché par la grâce divine. Ellen’a pas d’ailes, elle ne vole pas, mais elle a la force d’un ouragan quand elle traverse la scène, ses pieds sont des libellules qui y virevoltent, son caractère est trempé dans l’acier,son amour-passion pour la danse est la vie, et tout le resten’est que flamme, commeunexemple pour notre époque. Quand elle dansait, elle était un volcan en éruption et sa lave (sonart, dans toute sa beauté) réchauffait le cœur de ceux qui applaudissaient durant ce bref, séduisant,ensorcelantinstant où nous nous remplissions d’un souffle qui venait d’une autre dimension. Peut-être d’un endroit lointain et étrange qu’elle seule parcourait, au gré de ses pas sur les planches. C’était elle, et bien d’autres créatures encore qui habitaient son être.A sonpassage,elle nous les offraitde mille et une façons, pour figer ce moment dans l’éternité.

C’est pourquoi elle a inspiré et elle inspirera toujours les poètes, les chorégraphes, les musiciens, les écrivains, les critiques, les danseuses, les artistes plasticiens, les amis … Elle se multiple dans le temps et dans les arts qui lui ont consacré de nombreusesœuvres. C’est dans la magie de la création que nous revient l’intense danseuse, faite des quatre éléments : l’air parce qu’elle nous vient comme une brise fraîche ou un cyclone, l’eau,qui donne ses aliments aux profondeurs terrestres et qui nous nous permet de continuer le chemin, la terre,parce qu’elle croit en l’éternité des choses qui ont de la valeur et qui nous a donné tous ses fruits, et le feu, avec les flammes qu’elle exhaledepuis les mêmes entrailles,remplie de passion, de fougue, de conviction et de force …auxquels ont pourrait ajoutertant d’autressubstantifs, comme autant de sentiments qui se croisent dans lelangagedes hommes,qu’il soit verbal, dansé ou pictural.

Que dire de cet instant suprême de bonheur quand on croit voir l’air en personne, devant le défi de l’artiste avec la scène, quand elleparvient, sans même laisser une trace, à briser les murs du théâtre, pour s’élever avec la vie, en déjouant les théories de la biologie ou du temps. Que dire de tout cela, quand les mots ne peuvent rendre compte d’une telle émotion. Aliciaqui danse, encore et encore … Surprendre. Tel est le verbe qu’avec audace, elle manie pour toujours, laissant à jamais la trace fertile de son génie et de sa sensibilité, la poésie de ses mouvements, pour nous coudre des souvenirs. De Gisèle à Odile,de Carmen à Lissette, de Yocaste à la Diva. C’est là que réside le génie incarnédans le corpsd’Alicia, qui par son art et par son ensorcelant charismephysionomique, au rythme de la musique et de contorsions telluriques, au fil du tempsa élevé , en qualité de personnage-symbole, notre interprétation artistique visuelle au sommet de sa diversité.

Aliciaestà la foiselle-mêmeet cet être qui vibre sur la scène. Et une fois de plus, elle nous surprend. En elle se trouve le verbe magique que conjugue sa présence. Elle revêt des personnages, mais c’est elle, Alicia, qui par son âme divine, les anime à sa façon. La voir danser, c’est mettre en jeu toute la forceque les sens peuventnous offrir. C’est une femme qui porte en elle de nombreux destins. Elle est le symbole de cette île. Alicia, aux innombrables carats, celle quiembraselesyeuxet l’âme, est parmi nous. C’est l’empreinte de la diva, l’étoile à la lumière intense, la prima ballerina assoluta (en italien dans le texte NDT)qui convie les dieux qui l’animent à chaque acte de sa vie. Alicia est sans aucun doute, le vent que rienn’arrête. C’est pourquoi elle nous traverse, nous et bien d’autres encore au gré du temps, comme quelque chose d’infini,au travers deces œuvres qui nous permettent de la voir au-delà de son image, elle est le peuple.

Les mots, les hommages, les discours, ne suffiraient pas pour remercier la « Maestra », le Maître,ainsi queFernando, Alberto et tous ceux qui, assumant sa descendance, vibrent à leur manière dans la cadence et la dimension du Ballet National de Cuba (BNC), sur les planches cubaines et du monde entier. Merci pour ce qu’elle et sa compagnie représentent pour notre petite île. Une troupe de ballet classiquedans lesCaraïbes, enrégiontropicale, avec ses plages et toutes ses formes d’exubérance,sa rumba, ses tamboursqui,en cette lointaine année de 1948,voyait naître ici un art singulier, venud’Europe, représentatif des élites, qu’elle et son petit groupe de danseurs/ professeurs ont sculpté patiemment pour en faire,non seulement la compagnie la plus jeune du ballet classique mais aussi une Ecole Cubaine de Ballet,cellequi,avec sa propre personnalité incarnée par Alicia,a su s’imposeraux yeux dumonde.Bien entendu, avec une maîtrise singulière, une cadence et un souffle délicat, ils ont écrit sur les pointes l’empreinte de la cubanité, dans ces univers de princes, de fées et toutes ces histoires lointaines dans l’espace et le temps, que nous nous sommes appropriées grâce à eux.

Cela a permis àCubade trouver sa placedans la géographie universelle comme un centred’excellence réputé dans le milieu de la danse internationale, et,le plus remarquable estque cette reconnaissancel’ait étépour un art populaire, qui vient du peuple et qui lui est destiné. Car Cuba aime la danse commeunechose quifait partie denous,profondément,commele futle base-ballàune époqueet comme l’est toujours le cinéma. Cela serait impensable dans une autre partie du monde où cet art est réservé à une minorité.Alicia et le BCN ont eu la chance pendant quelque temps de voyagerdans quelques endroits dumonde quand dans leur pays, à l’époque de la tyrannie de Batista, iln’existait aucune envie, aucun amour, ni aucune conscience de ce quecelareprésentait pour Cuba. Jusqu’à ce que les portes s’ouvrenten grand, en 1959 avec le triomphe de la Révolution, pour l’accueillir à nouveau, pour soutenir le projet, la réalité qu’est aujourd’hui la compagnie, et par la suite,pour entretenirla trace qu’elle laisse, comme marque d’acceptation et de popularité, mêlée de sympathie partoutoù elle passe, comme un symboleenfin,de Cuba, de notre Patrie.

Pour saisir Alicia, que ce soit en photo, au cinéma, dans le dessin le ballet, le théâtre … il faut avoir recours à la magie car elle est la DANSE, la danse est mouvement et lemouvement est très difficile à capturer. Mais il y a autre chose, elle n’est pas celle que l’on peut voir au premier regard mais l’artiste qu’elle porte en elle, celle qui sort transformée en esprit quand elle entre en scène. Dans l’espace magique des planches, elle a laissé des instants éternels. Théophile Gautier avait coutume d’affirmer que les principales qualités d’une grande danseuse étaient « la sensibilité, la passion, l’enthousiasme etune âme tropgénéreuse ». l’élan (en français dans le texte NDT) disait-il,est la principale vertu des grandes dames de la danse.

Notre Aliciapossède aussi ce halo de mystère, ce pouvoirirradiant, cette « chose en plus » qui est difficilement définissable.Et pas seulement sur scène, où nous avons tous puen faire l’expérience, mais aussi dans la vie quotidienne, en tant qu’êtrehumain, en tant que femme,qui est peut-être la tâchela plus ardueà accomplir, le rôle le plus difficile à interpréter.Car en elle nous n’avons pas seulement toute la cristallisation de la danse connue et remodelée au cours de notre histoire/culture, à travers l’une desplus originaleset remarquablesdanseusesde toutes les scènes de l’humanité, mais aussi une femme qui s’identifie aux destins de son peuple, au-delàd’une icône de la réalité et de l’art, collaborant ainsi à la formation d’une poétique variée de notre culture nationale.

Alicia, notre Alicia, à laquelle nous qui sommes si nombreux à lui être reconnaissants, lui donnons également le nom de Mère. Parce que parfois, quand on ne connaît pas la personne, on ne travaille pas, on ne partage pas le quotidien, on ne crée pas et on ne passe pas des heures, des jours, des semaines auprès d’elle, on ne peut pas en prendre la mesure comme j’ai eu l’opportunité de le faire durant près de quarante longues années. Alicia est un être divin, un mot qui dans ce contexte revêt d’autres sens : cela pourrait signifier magique, créatrice, forte, passionnelle, éternelle, intelligente et HUMAINE, en lettres majuscules. Alicia a toujours été elle-même et les autres à la fois, parce qu’elle a vécue dans l’attente de la vie, des sentiments de tous ceux qui l’ont entourée sur les planches, à l’école et au-delà des frontières. Aucun être humain ne lui a été étranger…

Un jour, dans un entretien, Alicia a avoué, alors que je lui posais la question « êtes-vous la danse ? », « Dumoins, c’est toute ma vie. Parce qu’elle possède une magie qui est la maîtrise par l’être humain de son corps et ce qui est plus important encore, c’est cette conversation avec le public, avec cette masse de gens qui sont devant vous dans l’attente. C’est comme entrer dans le monde de la magie. »

C’est pourquoi elle émerge réelle, spontanée, pure comme la danse, atteignant avec son ballet/vie un havre sûr dans l’éternité.

Alicia, celle des merveilles dansées, continuera à partir de ce jour, 17 octobre, à danser éternellement, pour nous, transformée en une légion de danseuses qui portent son empreinte cubaine et universelle. De son peuple reconnaissant, auquel elle a donné sa plus belle œuvre, auprès de Fernando et d’Alberto : le Ballet National de Cuba, ellerecevra à jamais ses sonores ovations, ses fleurs et sa tendresse la plus sincère.

Rendre hommage aujourd’hui à la danseuse est une fierté pour tous les cubainset une preuve de leur amour.


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