À La Havane, d’amour et de rhum avec Hemingway

Voyager autrement
samedi 23 novembre 2019
par  Repéré par Michel Porcheron

  • Anne Berthod pour Télérama
  • Publié le 03/11/2019.
    Paseo de Martí, en face du Capitol national. La vieille ville de La Havane n’a guère changé en soixante ans.

    Brouhaha festif de la vieille ville, effluves épicés des cigares… Soixante ans après la mort d’Ernest Hemingway, son fantôme hante toujours l’île de Cuba.

Le 1er avril 1928, il fait déjà nuit noire quand Ernest Hemingway (1899-1961) accoste pour la première fois à Cuba. L’écrivain américain a embarqué sur le steamer Orita quinze jours plus tôt à La Rochelle, et doit repartir de La Havane à l’aube pour Cayo Hueso (Key West), en Floride, où il va s’installer avec son épouse, Pauline. Ce fêtard notoire profite-t-il alors de cette courte escale pour s’enfoncer dans la vieille ville, grisé par la rumeur festive et les effluves épicés des cigares ? Il n’écrira pas une ligne à ce sujet, mais une chose est sûre : son histoire d’amour avec Cuba commence ce soir-là. Ce sera la plus longue de sa vie. Au point que soixante ans après sa mort, elle se rappelle au souvenir des visiteurs en maints endroits d’une capitale au charme vintage éternel.

Ernest Hemingway (1899-1961), photographié à Cuba en juillet 1940.

Le pèlerinage commence en plein cœur de La Habana Vieja, quartier central chargé d’histoire. Au détour des rues pavées et des façades bigarrées, surgissent ainsi églises, palais et multiples joyaux d’architecture de toutes époques, progressivement restaurés. À deux pas de la cathédrale baroque, on peut visiter la chambre 511 de l’élégant Hôtel Ambos Mundos (hôtel des Deux Mondes), que l’écrivain loua à l’année de 1932 à 1939. On y accède par un élégant ascenseur orné de bois, pour y découvrir la vue sur le port où était amarré son bateau, le couvre-lit orange où il s’affalait en rentrant de la pêche, le bureau où naquit Pour qui sonne le glas (1940), une collection de cannes à pêche… Amateur de pêche au gros, l’auteur de L’Adieu aux armes venait à l’époque chasser le marlin et se partageait entre la Floride et Cuba. Mais en sillonnant les ruelles alentour, qui s’animent le soir au son des orchestres, on comprend vite que l’écrivain prisait également les plaisirs de la terre ferme. Amateur de cocktails et de rhum cubain, il a écumé les bars, de nuit comme de jour. C’est même devenu un argument récurrent des taverniers pour harponner les touristes.

La Corona n° 3, fut l’interlocutrice favorite de l’ancien correspondant de guerre.

« My mojito en la Bodeguita, my daïquiri en el Floridita », proclame une plaque accrochée au mur de la Bodeguita del Medio. Hemingway, à qui la légende attribue l’aphorisme, était-il vraiment un client régulier de cette taverne pittoresque ? Qu’importe, le mojito y est convenable, l’ambiance sympathique et les photos d’époque couvrant les murs, un voyage en soi. On ne peut pas en dire autant du Floridita, bar à cocktails proche des grandes avenues. C’était pourtant le préféré de Hemingway, qui y convertit quelques-uns de ses amis de Saint-Germain (Jean-Paul Sartre) et de Hollywood (Ava Gardner, Gary Cooper) aux vertus rafraîchissantes de son « papa doble » : un daïquiri arrangé par ses soins, avec double dose de rhum et un zeste de pamplemousse, que l’on déguste aujourd’hui en trinquant avec la statue de bronze de l’écrivain accoudé au comptoir.

La Finca Vigía, l’ancien paradis zen de l’écrivain, au sud-est de La Havane, transformée depuis en musée.

Pour camper le yankee préféré de Fidel Castro dans l’intimité, il faut rouler douze kilomètres vers le sud-est de La Havane, jusqu’à la Finca Vigía, son ancienne propriété, transformée par le gouvernement en Museo Heming­way. En 1939, il a acheté ce petit paradis zen, découvert par la journaliste Martha Gellhorn, sa troisième femme, grâce aux droits cinématographiques de Pour qui sonne le glas. Le temps s’y est arrêté en 1960, laissant ses nombreux trophées de chasse africains veiller sur plusieurs centaines de livres. Dans le parc luxuriant, la piscine vide semble se languir des courbes d’Ava Gardner, qui s’y baignait nue. Mais l’imagination s’emballe davantage à la vue du Pilar, en cale sèche au fond du jardin. Le capitaine de ce bateau de pêche lui inspira Santiago, le héros du Vieil homme et la mer, œuvre majeure hantée par la mort — comme plusieurs de ses livres.

À Cojímar au bord de l’océan, « Papa », comme l’appelaient ses amis, menait la vie simple des pêcheurs locaux.

Pour se rejouer le combat dantesque du roman, entre le vieux pêcheur et le marlin, pour ressusciter la plume aventureuse et incisive de Hemingway, homme de corrida et de corps-à-corps, il ne manque plus que le bruit des vagues… Direction Cojímar, port de pêche tout en pastels à sept kilomètres à l’est de la vieille Havane. Loin de ses repaires de nanti, « Papa », comme l’appelaient ses amis, y menait la vie simple des pêcheurs, partageant avec eux le verre de fin de journée au bar la Terraza, écoutant en silence leurs récits héroïques, leur offrant aussi, les jours maigres, le produit de ses prises. La Terraza du roman, où sa table préférée lui était toujours réservée, est depuis peu fermée pour travaux. Il reste ici, comme trace tangible de l’écrivain, un petit buste en bronze sur une place, pour lequel les pêcheurs du coin s’étaient cotisés après sa mort. Sans doute l’hommage le plus émouvant que les lecteurs du grand Ernest trouveront à Cuba. ANNE BERTHOD

Hemingway of life
Population : La Havane compte trois millions d’habitants.
S’y rendre : Paris-La Havane à partir de 450 € AR sur Air France, Corsair, Air Caraïbes et Iberia.
À lire avant de partir : Le Vieil Homme et la mer, d’Ernest Hemingway, Folio. À la recherche d’Hemingway, de Leif Davidsen, Actes Sud. Un polar danois en mer des Caraïbes : exotique !
Point de chute : Hôtel Nacional, Plaza La Habana. Dans le quartier Vedado, cet hôtel grand style de 1930 est chargé d’histoire. On le visite, on y boit un verre, comme Ava Gardner ou Hemingway autrefois. À partir de 100 € la nuit. hotelnacional-decuba.com Hostal Chez Nous, calle Teniente Rey 115. Une maison d’hôtes de charme au cœur de la vieille ville.
À partir de 40 € la nuit. cheznoushabana.com.
Du beau, du bon : Restaurant Ivan Chef Justo, calle Aguacate 9, Habana Vieja. Décor baroque
et cuisine créative : la salade de poulpe et le ceviche en millefeuille sont à tomber. Compter 20 €. ivanchef.com Ajiaco Cafe, Los Pinos, Cojimar : la Terraza étant fermée pour travaux, on se rabat sur cette gargote familiale conviviale, qui propose homard rôti et soupes de poisson goûteuses. Autour de 10-14 €.
Quatre choses à faire :
1 Une virée en vieille américaine décapotable, de la Finca Vigía à Cojimar – éviter la luxueuse marina Hemingway, souvent proposée dans les tours,
mais aseptisée. À partir de 50 €.
2 La tournée des bars dans la Vieja Habana, El Floridita (calle Obispo, 557), Bodeguita del Medio (calle Empedrado, 206), hôtel Ambos Mundos (calle Obispo, 153)…
3 Baignade en mer à Playa del Este : en fin d’après-midi, avec les pêcheurs et les jeunes
du coin, sans les touristes.
4 Pêche en haute mer, départ depuis la marina. À partir de 80 €. holiplus.com


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