Le poème infini de la loyauté

lundi 2 décembre 2019
par  Mario Cremata

Vous trouverez ci-après un article rédigé par Mario Cremata, directeur général des EditIons BOLONA, du Bureau de l’Historien de La Havane.

Il a été publié quelques jours avant la célébration du 500e anniversaire de la capitale cubaine. Mario Cremata présente Eusebio Leal et lui donne la parole pour expliciter l’oeuvre de rénovation qu’il a réalisé et les sentiments que lui inspirent ce travail titanesque exemplaire...

Le poème infini de la loyauté

Todo hombre es el guardián de algo perdido

algo que sólo él sabe, sólo ha visto.

Y ese enterrado mundo, ese misterio

de nuestra juventud, lo defendemos

como una fantástica esperanza [1].

Fina García-Marruz

Depuis qu’à 25 ans, avec tout juste un niveau d’école primaire et sans y être préparé, se fondant sur son intuition, il a pris en charge le Bureau de l’Historien de la ville de La Havane, il s’est consacré à concrétiser avec le labeur quotidien le projet de ses rêves,

Cela fait un peu plus d’un demi-siècle et je pense qu’il a gagné : face à des ennemis redoutables, à des obstacles qui paraissaient insurmontables, à de terribles trahisons, à la maladie et à la souffrance physique et au temps… même si ces circonstances n’amoindrissent pas son sacrifice, le sens du devoir et la fidélité à son prédécesseur, le Docteur Emilio Roig de Leuchsering, après la mort duquel, en 1964, l’institution se retrouvait orpheline et allait d’une certaine façon commencer à être démantelée, dépouillée de son essence.

Pendant les années 70 et 80, la progressive splendeur du Musée de la ville dont il a été fondateur, inspirait l’intérêt pour le centre historique oublié, alors que la mise en valeur de La vieille Havane et de son système de fortifications leur valait d’être déclarés Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO en 1982.

Dans cette période où il édifiait et dessinait sa personne et son destin, et où peut-être le temps devenait plus précieux, l’homme déjà vêtu de gris a maintenu vivant l’esprit de son maître. Mais à la différence de celui-ci, qui avait reçu une formation intellectuelle à l’université, dans les réunions littéraires avec ses homologues et, surtout dans l’exercice ininterrompu du journalisme, il a été et reste, essentiellement, autodidacte. Certes, un autodidacte qui a su tirer parti de chacune des tribunes à sa portée, afin de rallier des volontés à la cause qui le hantait.

Possédant un don d’éloquence, un art presque tombé en désuétude dans notre cercle, il a su allier son activité de gestionnaire, de constructeur et rétameur à la constante prédication, aussi bien à ses concitoyens qu’aux autres Cubains et aux étrangers qu’il a su séduire avec son discours. Avec cette voix enflammée qui rencontre une adhésion instantanée.

On pourrait en énumérer beaucoup, mais parmi ces détails qui le rendent singulier, peu nombreux sont peut être ceux qui ont remarqué qu’étant un passionné de la beauté sous toutes ses formes, un homme amoureux et qui s’éprend facilement, la fiancée à laquelle il s’est consacré à jamais, La Havane, fête rien de moins que ses 500 ans, qu’il a la chance de les célébrer.

Telle serait la réponse qu’il aurait donnée à son irremplaçable ami Enrique Núñez Rodríquez s’il était encore du royaume des vivants. Ce dernier lui a reproché un jour d’être aussi inconséquent, et ce devant un vaste auditoire qui, naturellement, est resté déconcerté. Mais, il a tout de suite éclairci le mystère : au lieu de se laisser fasciner par les jeunes femmes, il était logique et souhaitable qu’il s’acoquinât avec une vieille dame et qu’il la restaurât.

En fait, cette dame sans âge a son propre poète de la quotidienneté, son mécène, son guide et son fondateur… plus que cela, un homme d’action dont le domaine d’influence dépasse largement l’intention de l’intervieweur de donner du sens à des pages blanches. Et les pages blanches que Eusebio Leal Spengler a remplies pendant plus de 50 ans et continuera à remplir, correspondent à un scénario de la plus grande importance : celui de l’histoire de Cuba.

– Ils sont nombreux à être étonnés ou effrayés en découvrant que vous avez dû grandir en chemin, avec pour boussole votre vocation autodidacte et en surmontant des carences inimaginables. Au-delà de l’indiscipline de votre enfance, comment évoqueriez-vous cette étape-là ?

– Il n’est pas vain de rappeler ces jours où ma mauvaise conduite à l’école née de tant et tant de problèmes dont nous souffrions, m’a amené à être renvoyé de la classe sans avoir terminé l’école primaire. Silvia, ma mère, inquiète pour mon avenir, m’a amené chez Rogelio Hevia, un Asturien généreux, propriétaire de l’épicerie du quartier, le suppliant de donner un but à ma vie.

J’habitais au 660 rue Hospital, entre Valle et Jesús Peregrino, et près de cet endroit, j’ai dû apprendre les tâches les plus simples. C’est ainsi que, de fil en aiguille, ma vie a peu à peu suivi son chemin mouvementé jusqu’à ce que finisse par se produire un événement qui ne m’était pas étranger et qui a provoqué la chute de l’ancienne société : le triomphe, la victoire écrasante de la Révolution, un fait inédit dans l’histoire de l’Amérique Latine au XXe siècle. Pour la première fois, une armée révolutionnaire brisait la colonne vertébrale d’une armée professionnelle tout en se proposant de transformer la société depuis le pouvoir.

Présent au rassemblement du 26 juillet de cette année 1959, dans le parc face à l’ancienne École normale des instituteurs, plusieurs dirigeants m’ont entendu parler, parmi eux José Llanusa, récemment nommé Comisionado de La Habana, qui m’a abordé pour me demander où je travaillais. Je lui ai répondu que nulle part. Tous mes postes avaient été très simples ; mais, en plus, je n’étais pas du tout préparé pour en assumer d’autres plus complexes. Après m’avoir écouté avec attention, il m’a seulement dit : « ça n’a pas d’importance. Viens me voir lundi ». J’ai commencé à l’ancien Palais des capitaines généraux en août 1959. J’avais à peine 16 ans en septembre j’allais en avoir 17. »

– Vous y êtes toujours, ce qui fait de vous l’employé le plus ancien du gouvernement municipal.

– C’est ça. En août dernier cela a fait 60 ans que je travaille.

– Vous avez rencontré aussi Emilio Roig de Leuchsering, votre maître et prédécesseur d’heureuse mémoire, comme on a l’habitude de dire, l’homme qui a établi les bases de la lutte pour quelque chose qui fait partie des préoccupations de toutes les générations : ne pas perdre la mémoire des choses, des années que l’on a parcourues, de l’époque dans laquelle il nous a été donné de vivre. Que s’est-il passé après ?

Quand on m’a souhaité la bienvenue au Palais, on m’a interrogé sur mes capacités intellectuelles. J’ai dit que je n’en avais pratiquement aucune, et on m’a d’abord demandé de m’inscrire à l’Educación Obrero-Campesina, que j’ai terminé quelques jours avant le début du grand processus d’alphabétisation, auquel j’ai coopéré dans les quartiers les plus déshérités de La Havane. Cependant, je dois dire que des personnes formidables m’ont accueilli, j’ai eu le grand plaisir de transmettre mes modestes connaissances à une vieille dame et à d’autres qui ont pu assister à la manifestation grandiose sur la Place de la Révolution, où le pays a été déclaré territoire libre d’analphabétisme.

J’ai commencé la lente ascension à partir de la lecture de livres, plutôt en lisant avec passion des livres sur les thèmes les plus divers : les sciences naturelles, la géographie, l’histoire comme dévotion, l’art oratoire comme moyen de communication, fuyant toujours la redoutable réalité de mes innombrables fautes d’orthographe, que je devais progressivement surmonter.

– Quelle a été votre principe, celui qui a guidé vos pas pendant cette période déjà longue ?

– Reconstruire, restaurer, insuffler de la vie avec énergie, encourager depuis le Bureau une intense action culturelle, solidaire, participative, qui soit comme une lumière allumée dans une période historique au cours de laquelle notre peuple a connu tant d’urgences et de besoins. Et nous essayons de le faire avec plaisir et loyauté, en déchirant avec énergie le voile délabré qui tombait tel un lourd suaire sur une ville qui avait besoin d’investissements économiques substantiels, à la tête d’un projet décentralisé qui soit une expression publique de la volonté politique de l’État.

– Qualifiée de « clef du nouveau monde et de bastion des Indes occidentales », la ville de San Cristóbal de La Habana, proclamée ainsi par la lettre de sa majesté le roi Philippe II émise en 1592, vit un événement majeur. D’autres anciennes villes du pays ont fêté leurs anniversaires à l’occasion des dates originales. Pourquoi attendre jusqu’à maintenant pour célébrer la solennité du demi-millénaire alors que l’on sait que le premier établissement humain date du 1514 ?

– Nous avons donné la priorité à la tradition de la commémoration de la fondation de la ville en prenant l’année 1519 tel que l’a institué le Cabildo habanero depuis le XVIIIe siècle. Il est certain qu’il existe des éléments de chroniqueurs concernant un établissement fondateur sur la côte sud, dans un endroit encore indéterminé de la Ensenada de la Proa, selon le témoignage les plus intime que plusieurs générations des petites localités de Melena del Sur, Batabanó et Surgidero nous ont confié solennellement.

J’ai observé avec attention les cartes de navigation les plus anciennes et prestigieuses et l’indication sur la carte du monde qui orne les galeries du Palais apostolique du Vatican. Avec la même avidité, j’ai essayé de préciser le lieu exact à la Bibliothèque marcienne de Venise, à Simancas et à Seville, où l’on conserve aux archives la mémoire écrite des Espagnes d’Amérique. Tout ça pour considérer peut-être de façon pragmatique que la ville réelle et tangible se trouvait ici, tout près du vieil arbre dont l’illustre poétesse havanaise Dulce María Loynaz, qui, en plus d’être une amie très chère, fut pour moi « la voix de Clio », m’assurait avoir recueilli dans un petit coffre avec des annotations de sa propre main des éclats de bois au milieu de la frénésie de scie et de hache le 18 mai 1960.

Par conséquent l’archéologie nous doit, à un moment peut-être pas immédiat, la découverte du site précis où se sont arrêtés les expéditionnaires de Pánfilo de Narvaez et Fray Bartolomé de las Casas pour planter la croix du campement, laquelle a certainement laissé une empreinte entre les feux de ses bûchers ou sur les tombes de ceux qui n’ont pas pu poursuivre le chemin.

C’est pour cela que pendant longtemps j’ai recommandé aux plus hautes autorités du Gouvernement de la capitale de viser 2019, au moment où nous entrerions dans le cinquième centenaire de son établissement définitif à côté du port de Carenas. Les années ont passé dans cette attente. Et, tout en essayant de rester fidèles à l’héritage de mon prédécesseur, nous nous sommes consacrés avec abnégation à perpétuer la mémoire de La Havane, en acceptant de considérer la ville de San Cristóbal comme le précédant de la belle ville dont nous profitons aujourd’hui.

– Quelle est La Havane que nous devons commémorer ?

– La Havane du petit et du grand, de la culture du détail, de la beauté apparente et de celle qui ne l’est pas tant ; La Havane monumentale qui s’entremêle avec les parcs et les jardins fleuris ; La Havane qui danse au rythme du temps, sans perdre l’équilibre et la force…

– Vous parlez de danse, d’équilibre et de force alors qu’il y a un peu moins d’un mois nous avons dû dire au revoir à une Havanaise fondamentale qui a diffusé son art et sa condition de Cubaine partout sur la planète. Je fais référence, bien sûr, à Alicia Alonso. Beaucoup d’entre nous vous avons vu, consterné, prononcer des mots d’admiration à côté de son cercueil …

– Cet événement malheureux annonce le crépuscule d’une génération fondatrice, au sens exact du terme. Alicia Alonso, en plus d’être une femme éminente, est un esprit et un être exceptionnel qui a marqué pour l’éternité le destin de Cuba. Seule sa volonté de fer lui a permis de surmonter tous les obstacles pour devenir un mythe vivant, acclamé partout. Il appartient aux nouvelles générations de ne pas laisser pâlir ce qu’elle a semé, édifié et dignifié. Son affection, sa protection et son exemple m’accompagneront toujours.

– Peut-être parce que vous privilégiez la poésie vous avez comparé notre ville à une chrysalide et vous encouragez systématiquement vos concitoyens à la regarder à travers des yeux amoureux, à percer le voile décadent et à la regarder avec optimisme. Cependant, je m’approprie une phrase de Miguel Barnet, à la façon d’un euphémisme : « La Havane a des lieux que personne n’a vus… »

– Le délabrement, évident ou intangible, rend opaque la valeur intrinsèque de ces quartiers qui font partie d’une périphérie qui ne l’est pas tant, du fait qu’ils entourent et parfois s’entremêlent avec le cœur même de la ville, avec le nerf qui la soutient et la magnifie.

Personnellement, je souffre pour chaque rue ou avenue qui sont victimes de l’indolence, du passage inévitable du temps ou du délabrement, du manque d’entretien, du manque de respect envers les règles d’urbanisme et, pour couronner le tout, de l’action déprédatrice des vandales et de personnes sans scrupules. Beaucoup de bâtiments élégants, avec des toits en poutre et dalle, n’existent plus au Cerro, par exemple. Mais nous ne pouvons relâcher nos efforts pour restaurer la ville, petit à petit, et nous projeter loin dans l’avenir.

– En plus d’un rêve personnel, la revitalisation du Capitole constitue la restitution d’un symbole, une page sauvée de l’oubli. Cependant, au moment de juger un chef-d’œuvre, les passions entrent en jeu. Que répondriez-vous à ceux qui censurent le coût élevé de cet investissement et du revêtement doré de la coupole ?

Comme je me suis déjà habitué à ce type de questionnement, cela ne m’étonne pas et ne m’ennuie pas. Chacun est libre de donner son opinion, mais il est indispensable de le faire en toute conscience et dans le lieu, au jour et à l’heure appropriés.

Le revêtement en or de la coupole et de la statue de la République a été possible grâce au Gouvernement de la Fédération de Russie, qui n’a pas seulement apporté le métal précieux, mais nous a envoyé aussi les spécialistes qui ont pris en charge ce magnifique travail de restauration. Ils ont été décorés par le Président de la République de Cuba lors de sa visite de travail à Moscou.

Il est vrai qu’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer les alentours de ce palais colossal. Mais il n’en reste pas moins vrai que cette coupole resplendissante comme le soleil, cette lanterne qui émet déjà des éclats dans la nuit havanaise, vient couronner cette célébration tant attendue par les Cubains. Que cette aiguille érigée et indomptable qui la termine soit vue comme symbole de l’unité de la nation, comme une flamme inextinguible 

– A Cuba comme à l’étranger, la remise de multiples reconnaissances à Eusebio Leal est devenue habituelle ces dernière années., la plus récente étant la Gran Cruz de la Real y Distiguida Orden Española de Carlos III. Parmi vos qualités, lesquelles cherchent à louer de telles distinctions ?

Je crois qu’on loue surtout la constance et la loyauté à une idée, à un projet auquel j’ai consacré toute mon énergie sans rien attendre en retour, seulement par amour. On récompense une vocation patriotique qui est la base de tout engagement humain.

Cependant – et croyez-moi, il ne s’agit pas de fausse modestie – j’ai la sincère impression de n’avoir rien fait de plus que mon devoir et d’avoir répondu à l’engagement de la jeunesse de mon temps. Dans le travail quotidien j’ai mis, oui, toute la force, toutes les ressources à ma portée et même celles qui semblaient inaccessibles. Mais je ne néglige pas le fait que cette œuvre a besoin des efforts et des sacrifices de tous, principalement de cette légion presque anonyme de collaborateurs sans lesquels l’histoire serait autre. Les éloges et les félicitations doivent donc être interprétés comme un éloge et des félicitations pour le travail de nombreuses personnes, et ce n’est qu’au nom de tous que je les accepte avec plaisir pour les déposer avec une profonde et véritable humilité au pied du glorieux drapeau de Cuba comme symbole de gratitude à notre mère bien-aimée, à laquelle nous devons tout.

– Vous qui avez guidé et conquit l’admiration de nombreux chefs d’État et de Gouvernement, d’intellectuels et d’artistes, de monarques, de princes et d’autres membres de la noblesse, comment évalueriez-vous l’imminente visite à Cuba du roi d’Espagne si liée émotionnellement et culturellement à cette Île ?

– J’ai guidé aussi bien des rois que des ouvriers, des enfants que des personnes âgées pour leur montrer la beauté de La Havane. Quant à la clé dans ta question, c’est le résultat d’une conjonction de facteurs, des liens qui font qu’il est impossible de comprendre notre histoire sans celle de ce pays qui a été pendant quatre siècles notre métropole. En un seul mot, culture, je résume tout, parce que comme je l’ai dit à d’autres occasions, le sang appelle, mais c’est la culture qui détermine.

Nous invoquons l’Espagne de la rage et de l’idée dont parlait Antonio Machado. L’Espagne pour laquelle des centaines de volontaires cubains sont allés mourir à l’époque de la Guerre civile. Comment cela a-t-il été possible alors que la domination coloniale n’était terminée que depuis quatre décennies, après 30 ans de guerre pour nous libérer d’un régime despotique et cruel ? Parce que, même si nous n’oublions pas, la soif de liberté et l’essence du peuple cubain, suivant le précepte de notre Apôtre, ne s’identifient pas à la rancune ni à la haine viscérale. Martí a dit : « L’unique vérité de cette vie, et l’unique force, c’est l’amour ». Il faut croire à la puissance fécondante de l’amour. Seul l’amour sauve.

Cette visite se préparait depuis longtemps et pour des raisons d’agenda politique il n’avait pas été possible de la concrétiser. Si je peux, j’oserais la qualifier aussi comme une reconnaissance tacite de la signification de ce demi-millénaire de La Havane.

– Mais à la veille de ce 500e anniversaire, vous souhaitez déjà regarder vers l’année 501. Pourquoi ?

– Parce que nous serions absolument perdus si nous assumions cette solennité comme but et pas comme point de départ. Il serait irresponsable de rester là, de se contenter des résultats auxquels nous avons abouti et dont nous sommes fiers, mais qui ne suffisent pas. Ce furent des années d’un travail énorme, dans l’attente de cette date grandiose que nous célébrons aujourd’hui. Nous y sommes arrivés. Maintenant, nous devons continuer à travailler, toujours plus, toujours mieux.

– 2019 a été aussi une année de lutte intense et de sacrifice personnel, de leçons que nous les plus jeunes ne pourrons pas oublier. Avez-vous confiance en la pérennité de votre œuvre ?

– La jeunesse est déjà passée, l’époque d’or où j’ai mis à l’épreuve ma volonté de marcher et marcher dans les rues, avec une infinie passion, mettant en chaque chose, en chaque détail, l’ardeur que l’on doit mettre en ce qu’on aime. Mais je suis certain que, comme je te l’ai déjà dit à un autre moment, l’œuvre du Bureau de l’Historien nous dépassera, moi, toi, nous tous.

– En ce moment de souvenirs, parlez-moi de quelque chose qui vous est étranger, qui vous mortifie ou qui vous blesse

– Bon, l’énumération pourrait résulter excessive, alors je m’en tiendrais à trois attitudes que je déteste dans la vie : d’abord, l’ingratitude. Comme il est mesquin celui qui oublie ceux qui lui ont tendu la main, qui lui ont donné des conseils, qui l’ont protégé, même sans qu’il s’en rende compte… cela revient à se trahir à soi-même. Ensuite, l’envie. Il faut éviter les comparaisons stériles. IL est facile de se souvenir, de louer ou de calomnier ceux qui ne sont plus là, parce qu’ils ne peuvent pas se défendre ; mais le vrai, l’extraordinaire, le grand c’est d’admirer nos contemporains, les historiens, les artistes, les scientifiques, les athlètes, les musiciens… il y a tant de Cubains qui ont du mérite. Et finalement : la vanité, à laquelle on doit renoncer publiquement, parce qu’elle n’a pas de sens lorsqu’on est au seuil de la vie ou de la mort. La vanité ne sert à rien, n’aide en rien, ne construit rien.

– Qu’est-ce qu’il ne devra jamais oublier, celui qui, le jour venu, assumera la charge d’Historien de la Ville, pas pour préserver son autorité, mais pour gagner la confiance et le cœur de tous, comme vous l’avez fait ?

– Comme je ne suis pas partisan des recettes, parce que personne ne répète la gestion de l’autre et que le caractère et la personnalité ne se calquent pas, il n’aura qu’à bâtir son propre destin sans jamais cesser d’être modeste. L’arrogance et la surestimation sont les ennemis de la victoire. Et un leadership ne se construit qu’à force de travail et d’exemplarité, avec modération et certitude en ce qui est juste, en favorisant toujours l’équilibre des forces en faveur de l’unité. Si l’on va jusqu’au cœur de notre geste pour l’émancipation, on comprend l’effet néfaste des guerres intestines qui nous affaiblissent et qui ne font que déformer notre raison d’être. Il faut croire en ce que l’on aime et le défendre à tout prix. C’est une question de loyauté.

– Quels sont les trois demandes que vous adresserez à San Cristóbal lorsque vous ferez le tour du fromager le soir de ce 15 novembre ?

– Du temps, du temps et encore du temps…


[1Tout homme est le gardien de quelque chose de perdu / quelque chose que lui seul connaît, que lui seul a vu. / Et ce monde enterré, ce mystère / de notre jeunesse, nous le défendons / comme une fantastique espérance.


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