« Chili 1973 : une ambassade face au coup d’Etat »

(France 5) jusqu’au 2 février !
mercredi 29 janvier 2020
par  Gérard, Michel Porcheron

Quand l’ambassade de France au Chili recueillait plus de 600 opposants au putschiste Pinochet. Sans l’accord de Paris.
Par Michel Porcheron

Pinochet a pris le pouvoir. La répression s’abat sur tout le pays. L’ambassade de France à Santiago, sans le feu vert de Paris va ouvrir ses portes à des centaines d’opposants chiliens, plus de 600. Les diplomates français n’ont aucune instruction de Pompidou, du Quai d’Orsay. Ils prennent leur décision sous leur seule responsabilité.. L’Ambassadeur est Pierre de Menthon.

« Chili 1973 : une ambassade face au coup d’Etat » (France 5)

Documentaire de Carmen Castillo (France, 2019, 60mn, France 5, première diffusion dimanche 26 janvier 22H35 / INEDIT à la TV/ Disponible jusqu’au 02 février 2020)

posté par Michel Porcheron

Télérama : « On aime beaucoup »

Au sommaire :

Comment l’ambassadeur de France à Santiago a ouvert ses portes à plus de 600 personnes après le coup d’Etat du général Pinochet au Chili, en 1973 

Critique par Marie Cailletet

Il est de ces hommes qui, confrontés au choix radical de se soumettre ou de résister, enjambent les consignes pleutres. Ambassadeur de France au Chili lors du coup d’État d’Augusto Pinochet en 1973, Pierre de Menthon est de ceux-là qui, épaulé par le personnel diplomatique, va soustraire quelque six cents militants communistes, miristes, ­socialistes ou chrétiens à la répression fasciste, à la torture et à la mort. Comme un premier défi à la junte, lui qui avait assisté aux obsèques de son ami Pablo Neruda vraisemblablement assassiné, décide d’ouvrir les portes de la délégation française et de sa propre maison aux réfugiés. Faisant fi de la ligne du président Pompidou et du gouvernement Messmer, hostiles à « l’expérience Allende » tant elle ressemble au Programme commun élaboré par la gauche française, il les protège des mois durant, négociant pas à pas avec le nouveau pouvoir leur exfiltration vers Paris.

Tissant archives de l’époque, extraits de la fiction de Chris Marker On vous parle du Chili (1973), souvenirs de réfugiés, témoignages d’anciens diplomates et extraits des Mémoires de Françoise et Pierre de Menthon (1), le film de Carmen Castillo ressuscite une époque, faite d’autodafés, d’exécutions de masse. Mais, au-delà, il questionne la capacité à s’affranchir des ordres injustes, à assumer sa responsabilité d’« humanité ». Dans ses carnets, Pierre de Menthon s’interroge sur le sens d’une vie. « Il y a deux attitudes : celle des yeux qui se ferment, celle de l’ouverture sur le réel, des bras tendus. » À Santiago, en 1973, les diplomates français ont choisi.

(1) Je témoigne : Québec 1967, Chili 1973, éd. du Cerf, 1979.

De Carmen Castillo : Cuba en suspens :

https://www.youtube.com/watch?v=ybxC17NtaKM

Une cinéaste engagée au Fipadoc

La cinéaste chilienne Carmen Castillo : “Les sentiments sont aussi des moteurs de la lutte”

Par Marie Cailletet (Télérama, 15 janvier 2020)

Invitée d’honneur du Festival International du documentaire (Fipadoc), qui s’est tenu du 21 au 26 janvier à Biarritz, la cinéaste et écrivaine Carmen Castillo porte la voix des oubliés. Depuis sa fuite du Chili de Pinochet, elle filme la contestation qui ébranle son pays, mais aussi les luttes sociales en France, où elle vit.

Elle est comme le Mapocho, ce torrent qui sillonne Santiago et livra, des semaines durant, les corps suppliciés des opposants au putsch de Pinochet. Rendant visibles les exactions des séides fascistes, les arrachant au déni et à l’oubli. Tumultueuse, déterminée, depuis près de quarante ans, Carmen Castillo s’acharne, de livres (Un jour d’octobre à Santiago, 1980, Lignes de fuite, 1988…) en films (La Flaca Alejandra, 1993, Rue Santa Fe, 2007…), à exhumer la parole des vaincus. Ceux de son Chili natal, de Bolivie, d’Argentine ou du Mexique, mais aussi des quartiers nord de Marseille ou des raffineries Total. Pas pour en livrer la chronique vitrifiée et poussiéreuse, mais pour la transformer en mémoire vivante, féconde, à même d’irriguer les luttes présentes et à venir.

C’est avec une accolade fraternelle, trace peut-être des étreintes militantes d’antan, que Carmen Castillo, invitée d’honneur du Fipadoc (Festival international documentaire) à Biarritz du 21 au 26 janvier, nous accueille sur le ­palier de son appartement parisien en ce 4 décembre, veille de la première journée de mobilisation nationale contre la réforme des retraites. Et à quelques jours de son énième ­aller-retour pour le Chili, où vivent deux de ses enfants et où elle documente, avec l’École populaire de cinéma, la contestation sociale en cours depuis mi-octobre. Voix rauque mâtinée d’un doux accent, yeux ébène pétillants de curiosité insoumise, la dame dégage une ardente clarté.

“L’engagement politique est une sorte de colonne vertébrale qui m’a construite peu à peu.”

Ni les années, ni les ressacs de la vie, ni les drames, ni les échecs n’ont contraint Carmen Castillo à rejoindre les rangs de ceux qui abdiquent. « L’engagement politique est une sorte de colonne vertébrale qui m’a construite peu à peu », constate-t-elle. Le sien date du début des années 1960. Issue d’une famille bourgeoise « bohème, insolente et peu préoccupée des questions d’argent », Carmen Castillo, alors adolescente, entreprend, au sein d’un petit groupe de jeunes organisé par des prêtres proches de la théologie de la libération, « d’aller alphabétiser dans les zones rurales des paysans sans terre ». Une rencontre avec la misère mais ­aussi « l’exaltation de faire quelque chose » qui constituera le ferment de toute son existence. Liée d’une amitié profonde avec Beatriz Allende, l’une des filles du pas encore président socialiste, elle la rejoint pour militer dans la branche chilienne de l’organisation d’appui à la guérilla bolivienne de Che Guevara. Puis, en 1969, elle rallie le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire). « C’était le creuset d’héritages divers — le trotskisme, l’anarchisme, le guévarisme — animé d’une réflexion sur la violence révolutionnaire, la nécessité qu’elle soit toujours reliée au mouvement social. » Salvador Allende élu, elle travaille aux côtés de Beatriz au palais de la Moneda, siège de la présidence du Chili.

“Être un personnage tue, mène au suicide. Il m’a fallu détruire la nostalgie…”

Le coup d’État de Pinochet en septembre 1973 scelle l’échec d’une « société sociale et socialiste », la répression acharnée contre toute forme de résistance contraint le MIR à passer à la clandestinité. Treize mois plus tard, l’armée chilienne cerne la maison qui abrite le dirigeant du mouvement, Miguel Enríquez, et sa compagne Carmen Castillo, enceinte de six mois. Lui est abattu, elle est conduite à l’hôpital puis exfiltrée vers l’Angleterre où son fils meurt. Très vite, elle choisit de s’installer en France, où la proximité idéologique et amicale avec des militants de la Ligue communiste révolutionnaire, en premier lieu l’un de ses fondateurs, Daniel Bensaïd, va lui offrir le refuge chaleureux propre à une reconstruction. « Ils m’ont fait comprendre que j’étais blessée mais pas victime. Je me suis mise à dévorer les écrits de Primo Levi, Charlotte Delbo, Robert Antelme et Varlam Chalamov sur leur expérience de survivants de la Shoah ou du goulag. Je voulais comprendre les mécanismes de destruction de l’être humain. Ils m’ont permis d’être lucide sur mon état, de mettre des mots sur cette espèce d’irréalité à être encore là, de m’insurger contre le culte de la mort et du sacrifice qui prévalait à l’époque chez beaucoup de réfugiés chiliens. » Peu à peu, Carmen Castillo s’extrait de la gangue de « veuve héroïque » dans laquelle elle s’était laissée confiner. « Se défaire de ce masque était une question de survie. Être un personnage tue, mène au suicide. Il m’a fallu détruire la nostalgie, afin de ne pas être bouffée. La mémoire des luttes, en revanche, est une étincelle susceptible de faire advenir quelque chose, en dépit des temps adverses. Elle est tapie, irréductible, mais resurgit sans cesse. »

“Miguel mort par amour, cela va-t-il à ­l’encontre de la figure héroïque d’un leader ?”

Et c’est ce va-et-vient incessant entre le passé et le présent qui nourrit très vite ses livres et ses films, de Un jour d’octobre à Santiago (1980) à On est vivants (2015). Mais son approche n’est pas celle d’une historienne, elle dont ce fut pourtant le métier. « La question de la subjectivité du point de vue s’est très vite posée. Ce que je m’apprêtais à ­raconter était une re-création d’une mémoire, la mienne. Ma seule légitimité pour la dire était la forme du témoignage, de passer du “nous” au “je” dans le commentaire. » Une posture loin d’être aisée pour l’ancienne militante rompue à la culture du collectif où les affects individuels n’ont pas leur place, et mal vécue par ses anciens compagnons de route. « Quand Un jour d’octobre à Santiago est paru, mon livre a été très débattu. Comment pouvais-je évoquer mon amour pour Miguel ? À tel point qu’en 2005, lorsque je montais Rue Santa Fe [dans lequel elle chronique son retour au Chili après des années d’exil, ndlr], j’ai hésité à garder la ­séquence où le voisin m’apprend que Miguel, qui aurait pu se sauver durant l’assaut, est revenu me chercher. Qu’allait-on penser ? Que Miguel était mort par amour, ce qui va à ­l’encontre de la figure héroïque d’un leader ? J’ai choisi de la conserver. Les sentiments — la fraternité, l’amour, la solidarité — sont aussi des moteurs de la lutte. Nos désirs, qui s’opposent de manière irréductible à la marchandisation, sont des liens forts pour résister. »

S’indigner, résister, s’engager « sans dogme, sur les chemins où l’Histoire peut connaître des bifurcations », rendre compte des nouvelles formes de mobilisation, voilà ce qui porte Carmen Castillo. Alors, de la France au Chili, elle ­musarde, entre exaltation et mélancolie, dans les fissures « engendrées par l’économie néolibérale, le capitalisme financier, la privatisation du bien commun », arpente les terres de révolte, refusant la fatalité. « La peur est notre pire ennemi, qui nous a longtemps paralysés. Mais à Santiago comme à ­Paris, on s’est réveillés. On est vivants. »

Lors du Fipadoc de Biarritz, ont été au programme cinq films de Carmen Castillo Chili 1973, une ambassade face au coup d’État ; On est vivants ; Rue Santa Fe ; La Véridique Légende du sous-commandant Marcos ; La Flaca Alejandra. www.fipadoc.com

(mp)


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