Depuis la « Casa » avec Abel Prieto (deuxième partie)


COVID-19
et de ses implications pour la culture, l’idéologie et la politique dans le monde
interview de M. Abel Prieto Président de la Casa de las Américas
ancien Ministre Cubain de la Culture
nommé Officier des arts et des lettres en 2012 par l’ambassadeur de France à Cuba M. Jean Mendelson

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Le 13 mai 2020

Abel Prieto à « Casa de las Américas »[1]. Photos : Patricia Muñoa

Nous poursuivons notre conversation avec Abel Prieto Jiménez, président de la Casa de las Américas, dans une salle de l’institution chargée d’histoire qu’il dirige depuis décembre dernier et en utilisant, comme d’habitude, un confortable fauteuil à bascule, située à bonne distance des caméras, car lui même, reconnaît qu’il à de nombreux facteurs de risque de contracter le COVID-19 et il nous a demandé avec toute l’humilité possible de ne pas utiliser le masque pour ne pas être ’bâillonné’ et parler en toute liberté. Notre conversation va maintenant plonger dans son analyse de cette pandémie et de ses conséquences pour la culture, l’idéologie et la politique dans le monde entier.

’Cela a été tragique, dramatique, mais a laissé un solde en termes de réflexion, d’analyse, d’auto-analyse dans de nombreux cas, de penser aux choses qui valent la peine, dans tout ce faux bonheur de consommateur qu’on nous a vendu comme objectif.’

Je ne crois pas que personne aujourd’hui n’aie l’idée de défendre la privatisation du système de santé d’un pays, que personne ne pense qu’un hôpital soit une sorte d’entreprise, que les patients soient considérés comme des clients, que l’industrie pharmaceutique serve de profit, tous ces dogmes néolibéraux ont eu des fissures comme résultat de ce coup si dur que notre planète et surtout les personnes les plus vulnérables ont subi, car cette épidémie a touché des millions de personnes dans le monde alors qu’elles subissaient déjà les effets d’une autre épidémie : le néolibéralisme.

« Comment va être la quarantaine pour les sans-abris ? À quoi ressemblera-t-elle pour ceux qui vivent dans les tunnels ? Comment se lavent-ils les mains ? Comment gardent-ils une distance prudente lorsqu’ils sont entassés dans des maisons en carton ou en tole ? Les pauvres de la Terre, comme disait Martí, chez ces pauvres, cette terrible maladie s’est encharnée.

’Le néolibéralisme a été un génocide quotidien, pas aussi spectaculaire que le Covid-19, mais certainement aussi mortel que ce virus qui, en termes idéologiques et culturels est en train de laisser un solde analytique très important. Les gens conviennent que nous ne pouvons pas revenir au point de départ, beaucoup d’entre eux disent qu’on ne veux pas revenir à la normalité, parce que le problème y était déjà.

Abel Prieto à « Casa de las Américas »[1]. Photos : Patricia Muñoa.

’Cette terrible tragédie dans laquelle on voit aujourd’hui beaucoup de médecins, même de pays du premier monde, choisir qui reçoit le respirateur et qui ne va pas le recevoir, qui sont ceux chez lesquels il faut utiliser des ressources pour prolonger sa vie et à qui il faut l’envoyer mourir chez lui, comme il a été dit dans un article extraordinaire d’un médecin argentin, et qu’il dise au revoir par téléphone ... ce qui a beaucoup à voir avec l’idée que peu importe que quelques sans-abri, quelques millions de personnes qui sont finalement mis à l’écart perdent tout simplement leurs vies dans une situation comme celle-ci, comme le Pape François protestait.

’Beaucoup de masques sont tombés, l’égoïsme qui caractérise le système capitaliste, surtout dans sa version néolibérale, c’est cet égoïsme vraiment impitoyable, tu as vu les luttes pour les masques, pour les respirateurs ; des pays en train d’acheter dans un aéroport des masques destinés à d’autres, alliés entre guillemets. On se rend compte que lorsque cet égoïsme sans freins est déclenché il n’y a pas d’alliances valides et encore moins des amitiés ni d’affinités.

’Ces leçons associées au respect de la vie de l’être humain, à ne pas penser qu’il y a des êtres humains qui ont plus de droits que d’autres à être pris en charge, à survivre, tout cela a une partie, je dirais plein d’espoir. Il y a ceux qui voient une opportunité de se battre, de semer des idées, de semer la conscience, cet appel de Fidel, cette convocation, et le fait d’éviter par la lutte, par l’organisation des réseaux de personnes honnêtes, dignes, décentes, indépendamment de leur choix politique, une restauration néolibérale à part entière.

’Il y a aussi ceux qui considèrent que la panique, la peur, la perplexité, toute cette situation particulière que nous avons vécue, est un danger que les élites privilégiés des sociétés qui contrôlent le monde et des politiciens qui servent ces sociétés profitent de l’état de choc qu’une tragédie comme celle-ci peut créer, pour redoubler leur contrôle sur la population, afin que les personnes qui tombent dans ce genre d’état traumatisant n’aient pas les possibilités d’organiser une résistance, et dès que le moment arrive, tel que Ignacio Ramonet annonce dans son splendide essai Ante lo desconocido... La pandemia y el sistema-mundo, (ndt :Face au méconnu ... La pandémie et le système mondial), ce qui arriva avec la mal nommée grippe espagnole, suivie par la grande récession de 1929 et l’apparition de Mussolini avec une doctrine qui plus tard avec Hitler serait très réussie, Je dirais une autre pandémie, celle du fascisme.

Abel Prieto à « Casa de las Américas »[1]. Photo Patricia Muñoa

’D’une part, nous espérons que des voies de coopération, de collaboration et de solidarité plus raisonnables s’ouvriront ; aujourd’hui nous devons être très fiers du prestige de notre pays, de nos médecins, de notre système de santé, de notre science, de nos scientifiques, qui réellement sont au sommet, alors que des pays très puissants sont au fond du puits, de l’ignominie.

’De nombreux pays qui ont rompu l’accord avec Cuba dans le domaine de la collaboration en matière de santé souffrent profondément aujourd’hui des conséquences du coronavirus. Ma mère, la pauvre, j’espère que les dieux lui auront réservé un endroit chaud, elle disait : Dieu l’a puni et quand quelqu’un faisait quelque chose de méchant et ensuite en subissait les mauvaises conséquences ma vieille à moi me disait : Dieu l’a puni. Ce qui est triste, c’est qu’il ne les punit pas et qu’il puni les innocents, surtout les gens du peuple. On ne peut pas plaisanter avec ça, c’est vraiment très tragique l’expulsion des médecins de Bolivie et ce qu’ils ont fait avec la chef de la mission médicale là-bas, ils l’ont gardée, ils les ont traités tous comme des délinquants, ils les ont humiliés, dans certains de ces pays on a bafoué notre personnel de santé, en plus de l’épouvantable campagne que certains de ces gouvernements continuent de faire en suivant le rythme établit par Trump, mais regardez quel paradoxe, ces médecins là, auraient beaucoup aidé à empêcher la propagation de l’épidémie et pour rire des plaisanteries de Trump, pour jouer la gentillesse, pour marquer des points avec les Yankees, ils ont rompu la relation avec Cuba, dans tous les domaines, mais en particulier dans le domaine de la santé et aujourd’hui leurs peuples sont en train de le payer : eux non, c’est leurs gens qui paient, combien de milliers et de milliers de personnes, des millions, recevaient une aide médicale de nos médecins et de nos infirmiers et aujourd’hui, personne ne va plus là où ils sont.

Le personnel de santé cubain se trouve aujourd’hui dans plus de 60 pays luttant contre la pandémie. Des Brigades Spéciales du Contingent Henry Reeve sont déployées dans plus de 20 pays.

« La situation précaire qui existe par exemple dans le mouvement indigène devant COVID-19, les peuples autochtones de notre Amérique, même ceux d’Amérique du Nord, ont également été exterminés par des virus pour lesquels ils n’avaient pas d’anticorps, et de nombreux peuples autochtones d’Amazonie et de d’autres régions complexes de notre continent vivent en ayant très peu de contacts avec le reste du monde ; ce sont des groupes ethniques dont il y a dans certains cas de 700 à 800 personnes, un ethnocide pourrait avoir lieu si le Covid entre dans une de ces communautés isolées et on est en train de donner l’ alerte pour qu’une attention particulière soit accordée à ce secteur, qui est également l’un des plus vulnérables dans cette situation.

’Le monde a commencé à changer, le rôle de la Chine, de la Russie, le rôle d’un petit pays comme Cuba, qui n’est pas une grande puissance en termes d’armements, en termes économiques, mais en termes moraux c’est une grande puissance et là Il y a l’esprit de Fidel, sa pensée, sa vocation. Quand vous parlez d’interféron, vous voyez que nos scientifiques parlent de Fidel ; quand vous parlez de biotechnologie, vous voyez qu’ils parlent de Fidel, car au milieu de la période spéciale, Fidel a fait un effort particulier pour qu’il ne manque pas dans ces centres de recherche les ressources nécessaires, étant un pays pauvre et bloqué, dans une situation très difficile parce que la communauté socialiste s’était effondré, l’Union Soviétique désintégrée, nous sommes tombés dans une situation d’urgence très dure, très amère ; Cependant, nous avons eu la possibilité d’exporter des vaccins, en maintenant les services médicaux comme un moyen actif d’exprimer notre solidarité.

« Nos médecins sont comme un paradigme… sur lequel il faudrait toujours agir, toujours l’exalter, s’accrocher à ces exemples moraux vraiment importants.

Abel Prieto à « Casa de las Américas »[1]. Photos : Patricia Muñoa.

« Nous sommes en train de vivre une étape des ténèbres qui nous a donné raison. Ce chiffre de génocide quotidien du néolibéralisme n’est nulle part ; mais Fidel avait raison avec le Covid-19, il avait raison à bien des égards. Fidel a toujours dit, et vous devez vous rappeler, que le capitalisme et le néolibéralisme signifiaient un génocide pour l’humanité, que Fidel a toujours dit, et ce que fait le coronavirus est de rendre ce génocide plus évident, scandaleux, médiatique ce génocide, qui parfois a lieu dans le silence, les morts dont ni vous ni moi n’entendons pas de nouvelles, car ils meurent dans les favelas.

« Je pense que dans quelques années, nous nous souviendrons de cela comme du moment où le modèle que nos ennemis nous présentaient comme étant supérieur au nôtre, a fait une crise, s’est brisé, s’est effiloché sous nos yeux. Il faut laisser le témoignage de cette étape dans toutes ses dimensions, vu sous tous les angles, car c’est très important pour les générations futures qui n’ont pas connu de quarantaine, la mémoire est très importante. »

Abel Prieto à « Casa de las Américas »[1]. Photos : Patricia Muñoa.


http://www.cubadebate.cu/especiales...

[1] La Casa de las Américas (en Français : « Maison des Amériques ») est un organisme culturel cubain créé à Mac Havane le 28 avril 1959 par le gouvernement de Fidel Castro après sa prise de pouvoir.
La Casa de las Américas participe à la diffusion et aux échanges culturels, littéraires et scientifiques entre les États d’Amérique latine et les Caraïbes. Elle participe aux activités de promotion culturelle, à l’organisation de concerts, concours, expositions, festivals et séminaires.


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