Eusebio Leal Spengler : l’un des Cubains les plus authentiques et les plus féconds de notre temps

par Eduardo Torres Cuevas
vendredi 28 août 2020
par  Eduardo Torres Cuevas

Paroles d’Eduardo Torres-Cuevas à l’occasion du décès de l’Historien de la ville, Eusebio Leal Spengler

Nous ajoutons à ce bel hommage rendu par Eduardo Torres Cuevas, une vidéo de l’orchestre de chambre CAMERATA ROMEU, dirigé par Zenaida Romeu, « LA BELLA HAVANA » dédié à Eusebio Leal à l’occasion du 500e anniversaire de la capitale cubaine :https://www.youtube.com/watch?v=TawEoNOE_iY

Je peux affirmer que rares ont été les occasions où je me suis senti aussi triste que ce vendredi. Néanmoins, c’est toujours un privilège de parler d’Eusebio.

C’est difficile, car l’ampleur, la variété, la richesse, l’originalité, l’audace, la rigueur et la grandeur d’Eusebio sont telles que je ne peux qu’avouer que ces paroles ne sont rien d’autre qu’une approximation très limitée de celui qui fut l’un des plus grands Cubains de tous les temps.

J’ai trouvé en peu de personnes comme chez Eusebio Leal Spengler cette manière harmonieuse d’articuler autant de formes diverses de connaître, ressentir, aimer et penser Cuba.

Je pourrais vous dire que son œuvre est grandiose ; toutefois, je ne pense pas qu’il serait original de dire qu’il a reçu le titre de docteur honoris causa et de professeur émérite de 20 universités cubaines et étrangères et qu’il a donné des conférences magistrales et universitaires dans plus de 74 universités dans pas moins de 45 pays, et placé l’image scientifique et culturelle de Cuba dans les espaces universitaires les plus prestigieux de diverses parties du monde. Il a également reçu des hautes distinctions de 29 pays.

Or, ces titres et ces décorations n’expriment pas l’essence de l’homme qui est né dans un solar [logement collectif aménagé dans une vieille demeure] de La Havane, qui a gagné sa vie en tant que coursier dans une pharmacie et qui avait déjà une culture hors du commun avant d’obtenir son diplôme universitaire.

Son essence était celle d’un homme du peuple qui portait avec humilité ses habits d’ouvrier, qui parcourait La Havane en parlant à chacune des personnes modestes qui l’approchaient ; une ville qu’il rêvait de reconstruire pour donner au présent les dimensions extraordinaires de notre Histoire. C’est tout simplement un grand homme du peuple.

Il a reçu les titres les plus importants, ceux qui n’arrivent pas sur des parchemins, qui ne sont pas accordés par les universitaires, mais ceux qu’il aime et reconnaît le plus, qui sont ceux que lui accorde une multitude populaire impressionnée et reconnaissante, non pas seulement pour la parole, mais pour avoir diminué la lourdeur de la pierre et de la brique ou pour la construction pierreuse et vivifiante de l’œuvre.

Celle-ci remplit plus que les yeux, les esprits larges et aiguisés et les cœurs sensibles et nobles face à la richesse extraordinaire du sauvetage urbain et humain de l’empreinte des hommes, qui ont construit l’image de La Havane ou d’autres villes et localités cubaines dont nous jouissons aujourd’hui.

L’œuvre d’Eusebio, avant tout pensée, puis organisée, puis matérialisée spirituellement et culturellement, que nous pouvons tous observer lorsque nous parcourons Cuba et sa capitale, est déjà inscrite au patrimoine de l’Humanité. C’est grâce à une volonté de fer, une intelligence dévouée et avérée et un savoir profond que cet homme a réussi à maîtriser le passé pour en faire un joyau du présent.

Sa direction, à la tête du Bureau de l’Historien de la ville de La Havane, comporte la restauration et l’achèvement de 80 œuvres du patrimoine culturel, 14 hôtels, qui témoignent d’espaces et de moments de la culture cubaine à différentes époques, réunis en un tout pour le présent qu’il observe, une centaine d’établissements touristiques et 171 œuvres sociales, auxquelles s’ajoutent 3 092 logements qui ont bénéficié de la restauration.

Ceci sur une période de dix ans, et je n’inclus pas ici ses réalisations au cours des cinq dernières années. Lorsqu’il fait référence à son œuvre, il souligne toujours, avec humilité et gratitude, ce que les dialogues et le soutien de Fidel ont signifié pour son travail.

Eusebio Leal est l’un des écrivains les plus féconds de notre époque. Le nombre de ses œuvres est surprenant. Il est question de 3 531 publications qui couvrent jusqu’à 2010. Je fais cette remarque parce qu’il reste encore dix ans de production intellectuelle dans l’ensemble que nous avons mentionné.

L’ensemble est très varié : articles, brochures, discours imprimés et livres. Ils témoignent tous d’une connaissance acquise au cours de ces incessantes recherches, qui semblent n’avoir laissé aucune place au repos ou, peut-être plus précisément, à la jouissance du temps pour grandir de l’intérieur afin d’aider d’autres à trouver des chemins pour s’identifier eux-mêmes et s’identifier à leur propre culture.

Si l’on observe avec soin, il n’y a ni mot inconsistant, ni perdu, ni mal placé dans son art oratoire ou dans son écriture.

Quiconque se penche sur son œuvre exprimée en paroles n’aura d’autre choix que de reconnaître que, pas à pas, il découvre les propositions d’Eusebio, du Dr Leal, et s’y identifie, car elles renferment des découvertes issues d’innombrables documents matériels et spirituels.

On observe les inlassables recherches et le sauvetage permanent étayés par l’œuvre créatrice d’Eusebio. Certains titres, je parle maintenant de livres, constituent un héritage essentiel d’une époque, désormais apparemment lointaine, mais qui exprime un monde d’hier qui explique, d’une certaine manière, le monde d’aujourd’hui.

Ce sont de magnifiques remembrances qui font déjà partie de notre histoire. Des livres tels que Fiñes, Fundada esperanza, Para no olvidar, Legado y memoria et El Diario perdido de Carlos Manuel de Céspedes, constituent des contributions indéniables, rigoureusement recueillies et pensées, non pas pour une histoire morte, mais pour la pensée vivante de la créativité présente et future de notre pays.

Il existe un genre littéraire qui, en raison de sa complexité, est généralement difficile à maîtriser : l’art oratoire. Je ne pense pas exagérer si j’affirme que le discours oral d’Eusebio constitue déjà l’un des héritages les plus importants qui feront l’objet d’études dans les années à venir.

L’art oratoire, en tant que genre, s’avère l’un des plus difficiles, car il combine la connaissance d’un sujet, l’élégance du discours, la beauté de la langue, la logique harmonieuse du contenu, la poésie qui enchante et la dialectique qui enseigne.

Comme peu d’autres dans notre histoire la plus récente, Eusebio Leal a développé l’art oratoire d’une manière extraordinaire et très personnelle. Il a apporté l’art de dire à l’université et à la tribune.

Me revient en mémoire le moment où j’ai fait sa connaissance, une brouette entre les mains, avec sa façon exclusive de s’habiller avec des vêtements de travail gris. Ces recherches archéologiques et historiques en amenaient beaucoup à penser, avec une certaine dérision, que ces rêves de reconstruction étaient semblables à ceux de Calderon de la Barca.

Aujourd’hui, il peut sembler que tout fut facile mais il me semble plutôt que ce fut très difficile de percer une réalité brute avec la pointe fine de la volonté, de l’ingéniosité et de la connaissance.

En l’écoutant, l’interlocuteur perçoit qu’au-delà de ce que l’Université enseigne, il y a la recherche incessante d’un autodidacte qui prend plaisir à dépasser les limites des disciplines.

Peut-être, comme il s’est dénommé lui-même, a-t-il été un enfant de son temps, de ce temps de témérité, que l’avenir jugera avec la froide logique que la distance accorde, mais cela, c’est un privilège non pas des dieux, mais des hommes.

Je me souviens aussi maintenant qu’en entrant dans une salle de classe universitaire, il y a je ne sais combien d’années, je l’ai trouvé assis en tant qu’étudiant dans le Département d’histoire. Il avait besoin de ce titre qui lui était tellement exigé, mais ses connaissances étaient déjà bien plus vastes que celles d’un diplômé.

Là, il chercha les méthodes, les systématisations, les théories que l’université discute et promeut. Le jeune professeur appréciait et apprenait de l’agréable dialogue avec l’historien lettré sans diplôme.

Havanais, il sut aimer sa ville et travailler au sauvetage et à la prédominance de ses valeurs matérielles et spirituelles. Mais lorsque nous observons l’ensemble de son œuvre dans cette ville, nous pouvons également comprendre l’ampleur de sa vision. Musées, bibliothèques, écoles, foyers, collèges, ont donné une chaleur au projet, qui a fait revivre la ville qui n’avait de sens que comme habitat de notre espace humain.

Me souvenant d’une phrase de José de la Luz y Caballero, prononcée en 1832, en référence à l’évêque Espada, j’aimerais dire qu’Eusebio « me fait apprécier la noble fierté du fait que le cœur qui bat en moi est havanais ». Et cette « ’havanité’ d’’havanités’ » n’est rien d’autre que le fait que Cuba bat aussi avec un cœur havanais et que le monde entier a contribué à la richesse de ses rues.

Il est fidèle à ses noms de famille, Leal (loyal) à ses idées et à ses principes, Spengler, que celui qui écrit traduit au gré de sa fantaisie comme « splendide » dans son dévouement à Cuba, à sa Révolution et à l’héritage patriotique de tous les bâtisseurs, de, comme le dit le titre de l’un de ses livres : son éternelle PATRIE AIMÉE.

En parcourant les rues de notre Havane, ainsi que celles de nombreuses autres villes cubaines, je continuerai à sentir la présence d’Eusebio et à entendre sa voix ferme et enchanteresse. Tu ne pars pas, tu restes, dans l’âme de ceux qui aimons, créons et croyons en ces valeurs éthiques que tu as aussi contribuées à semer.


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