Quand je serai grande

samedi 3 octobre 2020
par  Graziella Pogolotti, traduit par Christine Druel

Quand je serai grande

Par : Graziella Pogolotti

7 septembre 2020

Ce mois de septembre en raison de la pandémie éveille chez de nombreux havanais, un sentiment de nostalgie. Il a manqué dans les rues cette animation multicolore provoquée par la soudaine invasion des jeunes avec leurs sacs à dos et leurs uniformes, expression concrète de l’une des conquêtes indiscutables de la Révolution : l’universalisation de l’accès gratuit à l’enseignement.

En ce qui me concerne, ce panorama offrait un plaisir tout particulier. J’avoue que j’aimais aller à l’école, où j’assouvissais ma soif inépuisable de connaitre les choses de la vie et du monde. En outre, cantonnée dans un univers d’adultes, je pouvais, dans cet espace privilégié, partager avec mes camarades divertissement et petit secrets.

Pour nous protéger des oreilles indiscrètes nous avions intégré la langue des signes en vue d’échanger des messages de la plus haute importance. Chaque rentrée scolaire générait des attentes comme à la veille d’une première. Nous connaitrions de nouveaux enseignants et, peut-être, un nouveau camarade arrivé dans le groupe. Comme quelqu’un qui porte un nouveau costume, nous collections des livres et des cahiers pour avoir le plaisir de les couvrir, car eux aussi étaient dignes d’un habit de gala.

Hélas, à cause d’une tendance désastreuse à la surprotection, au fil des années les parents ont supplanté leurs enfants dans l’exercice de ces pratiques. Dans cette voie et d’autres du même genre on a progressivement réduit le germe du sens des responsabilités, facteur essentiel dans la formation des nouvelles générations. La discipline et la responsabilité, valeurs fondamentales pour garantir la nécessaire cohésion sociale, ne se développent pas avec des sermons et encore moins à travers la très répandue alternance entre permissivité et châtiment paternel, le ceinturon à la main. Celles-ci se cristallisent à travers l’intégration de conduites au sein du foyer et à l’école. Cet axe fondamental s’est, chez nous, progressivement déplacé.

Je ne pense pas commettre une hérésie en proposant une analyse complète des problèmes causés par une surprotection excessive, ce qui, par ailleurs n’implique pas de renoncer à la protection indispensable demandée par les secteurs les plus vulnérables. Les attitudes surprotectrices engendrent une sous-estimation inconsciente de l’autre, amputant le développement de la personnalité humaine et l’acquisition des capacités à affronter les défis imposés par la vie. Elles conduisent, finalement à inhiber la maturation du sens de la responsabilité sociale.

Dès le plus jeune âge, l’enfant doit prendre des habitudes l’amenant à prendre en charge des domaines d’importance croissante. Lorsqu’il fait ses premiers pas à l’école c’est à lui de déterminer le matériel qu’il devra mettre dans son sac à dos. Il arrive souvent, qu’au contraire, cette routine quotidienne soit assumée par les adultes, qui se chargent de réaliser les exercices pratiques à faire à la maison pendant que l’écolier s’isole pour écouter de la musique avec un casque ce qui entrave le complet accomplissement du processus d’apprentissage.

Si le résultat final n’est pas satisfaisant c’est
aux carences de l’enseignant ou à la négligence des parents qu’incombe la responsabilité. Sans doute que ces lacunes existent. Elles méritent une analyse indépendante et un autre débat important en lien avec les conséquences sociales du développement de l’enseignement à distance, dû aux mesures visant à ralentir l’accélération de la transmission du coronavirus. Comme l’évoquent de nombreux pays, l’abandon des cours en présentiel accentuera le fossé entre les privilégiées qui disposent d’un accès aux ressources des nouvelles technologies et tous ceux qui n’ont rien et dont, en outre, la famille n’a pas la formation intellectuelle nécessaire pour les orienter et les conseiller afin de se substituer au rôle de l’enseignant à distance.

Lorsque je reviens sur mes souvenirs d’enfance, la conviction que mes résultats universitaires dépendaient totalement de mon attitude face aux études, est devenue une seconde nature. J’ai appris aussi, dans la pratique concrète, que je devais collaborer aux tâches domestiques. Ma conscience citoyenne est née de la responsabilité assumée au sein de la cellule de base de la société. J’ai violemment rejeté la mièvrerie dans les rapports avec les adultes, comme si mon jeune âge était synonyme de déficience mentale. Je me projetais dans le futur. Je rêvais de devenir grande, c’est-à-dire adulte. Ensuite, selon Dora Alonso, j’atteindrais le statut d’intellectuel. Je pense y être parvenue en surmontant des obstacles de toutes sortes, y compris ceux infligés par l’aveuglement, dans l’accès à la connaissance et dans l’étendue du champ de mes relations sociales. Chaque obstacle surmonté m’a procuré des moments lumineux d’épanouissement et de bonheur. Je m’étais préparée pour la vie.

La Révolution a encouragé une accélération de la dynamique sociale. Les enfants de paysans nouvellement alphabétisés comptent aujourd’hui parmi nos scientifiques et nos artistes les plus reconnus à l’international. Cependant, la mémoire d’un passé a généré une interprétation erronée de la prédication de Martí selon laquelle « les enfants naissent pour être heureux ». Le bonheur ne consiste pas à prolonger l’enfance dans un état permanent d’insouciante irresponsabilité. Le véritable bonheur se fonde sur la possibilité d’atteindre l’épanouissement spirituel, de ressentir la beauté du crépuscule, la chaleur de la main affectueuse, l’intime satisfaction procurée par le geste généreux et le plaisir du travail bien fait, la floraison de la plante fraichement semée par le paysan, l’enseignant, le médecin et le constructeur.

« Lève-toi », a dit Mariana Grajales au plus jeune de ses fils. C’est de cela dont il s’agit dans l’actuel {{}}carrefour. Harcelés par le blocus, nous sommes confrontés à deux défis simultanés, la croissance économique et la confrontation au sous-développement. Croissance et développement ne sont pas synonymes, car l’augmentation du Produit Interne Brut ne garantit pas le développement humain, principe stratégique de notre projet social. Pour atteindre les deux objectifs nous avons besoin de ressources humaines hautement qualifiées afin de donner de la valeur ajoutée à nos produits, d’être compétitifs sur le marché international et d’apporter des réponses adaptées aux changements qu’impose une réalité en constante mutation.

http://www.cubadebate.cu/opinion/2020/09/07/cuando-sea-grande/


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