Napoléon et CUBA

MOIRE DES RELATIONS FRANCO-CUBAINES (N° 12)
mardi 6 octobre 2020
par  Jean Mendelson

Monsieur JEAN MENDELSON

  • A enseigné l’Histoire à l’École Alsacienne.
  • À sa sortie de l’ENA, a rejoint le ministère des Relations extérieures.
    A travaillé à la Mission du bicentenaire de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.
    A été directeur des Archives diplomatiques.
    Ambassadeur de France à Cuba (2010-2015).
    Ambassadeur pour l’Amérique latine de la présidence française de la Conférence des Nations unies sur le réchauffement climatique (COP 21).
    En 2016, nommé membre du conseil de l’Ordre national du Mérite.


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Mail  : memoirefrancocubaine2020@gmail.com{}(Dossier N°12 - 09/2020){}

NAPOLÉON ET CUBA

Texte présenté par : Monsieur JEAN MENDELSON

Nous lui laissons la parole :

« J’ai été désigné par le ministre des Affaires étrangères, en octobre 2015, pour une mission très originale : aller signer un accord avec le gouvernement local pour la gestion des Domaines nationaux de Sainte-Hélène. Cet accord fut signé deux cents ans jour pour jour après l’arrivée de NAPOLÉON dans son île-prison. SAINTE-HÉLÈNE n’était encore accessible qu’au terme d’une navigation de cinq jours depuis Le CAP : dix jours donc aller-retour, au cours desquels on demandait à certains passagers d’aider leurs compagnons de voyage à passer le temps en choisissant un thème susceptible de les intéresser.

C’est ainsi que je songeai, sur un navire occupé en partie par des pèlerins napoléoniens, à intéresser ces voyageurs à CUBA, à travers le très inattendu musée consacré à leur idole à La HAVANE.

J’avais eu l’occasion d’apprécier l’extraordinaire travail d’EUSEBIO LEAL, « historien de la ville de La HAVANE », et de GEMA PEREZ, directrice du musée, tous deux aujourd’hui décédés, aux côtés desquels j’ai inauguré la restauration du musée en 2011 ; GEMA, qui était francophone, servait en outre d’interprète pour les personnalités venues de FRANCE à cette occasion, et qui entouraient plusieurs dirigeants cubains parmi lesquels MIGUEL DIAZ-CANEL, premier vice-président du conseil des ministres à l’époque de l’écriture du livre.

Eusebio LEAL et Gema PEREZ lors d’une visite du Museo Napoleónico

J’ai raconté cette mission à Sainte-Hélène dans un livre paru en 2018 (SAINTE-HELENE,2015, éditions Portaparole, 2018), préfacé par Jean-Noël Jeanneney et qui a reçu le prix du jury 2018 de la FONDATION NAPOLÉON.

Voici l’extrait de ce livre qui traite de Cuba (pages 138 à 144) :

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« Dans la soirée, c’est mon tour d’animer la vie du bateau, par une conférence sur un sujet a priori surprenant : « NAPOLÉON ET CUBA ». Car NAPOLÉON n’est jamais venu à CUBA, et n’en a jamais parlé.

D’ailleurs, avant FRANÇOIS HOLLANDE, les seuls chefs d’État français venus à CUBA ont été FRANÇOIS MITTERRAND - mais c’était en tant que premier secrétaire du Parti socialiste - et, avant lui, LOUIS PHILIPPE D’ORLÉANS - mais c’était pendant une partie de sa vie d’émigré sous la Révolution, trente ans avant son accession au trône sous le titre de Roi des Français (l’hôtel où il a logé est toujours debout, à proximité de la Plaza Vieja de La Havane).

En réalité, je vais parler de la présence de NAPOLÉON dans l’amélioration des relations franco-cubaines contemporaines, car curieusement, NAPOLÉON y a largement contribué.

BICENTENAIRE DE LAVOLUTION FRANCAISE : 14 JUILLET 1989

Le ministère des Affaires étrangères et la Mission du Bicentenaire, au sein de laquelle j’étais chargé des relations internationales, avaient invité à Paris pour le 14 juillet 1989 diverses personnalités, parmi lesquelles l’Historiador de La Habana, EUSEBIO LEAL, personnage atypique, proche de FIDEL comme de RAÚL CASTRO, lien privilégié du gouvernement cubain avec l’église catholique de Cuba, passionné par sa tâche de préserver les richesses patrimoniales de La Havane où les traces de l’influence française sont considérables, et souvent méconnues des Français.

Ainsi, la statue du corsaire PIERRE D’IBERVILLE, fondateur de la LOUISIANE, fait face au fort du Morro. Né à Ville-Marie, aujourd’hui MONTRÉAL, en 1661, PIERRE LE MOYNE D’IBERVILLE est mort en 1706 à La HAVANE où il préparait une offensive franco-espagnole pour chasser les Anglais d’Amérique du Nord.

Le peintre JEAN-BAPTISTE VERMAY, né à Tournan-en-Brie et mort lui aussi à La HAVANE, contraint comme son maître DAVID à l’exil en 1815, après Waterloo, a laissé dans cette ville une œuvre considérable (ses cendres sont conservées sur la PLACE D’ARMES, dans le Templete où on peut admirer trois de ses toiles maîtresses).

EUSEBIO LEAL : RÉNOVATION DU MUSEO NAPOLEÓNICO

Museo Napoleónico

NAPOLÉON a été le sujet de mon premier entretien avec un dirigeant cubain : avant même la remise de mes lettres de créance, EUSEBIO LEAL était venu me voir pour me présenter son projet de rénovation du MUSEO NAPOLEÓNICO situé à quelques mètres de l’escalier monumental de l’Université de La Havane. Ce musée, installé dans un des plus beaux bâtiments de la ville, est constitué en grande partie par les collections napoléoniennes rassemblées entre 1939 et 1960 par une des plus importantes fortunes de Cuba, JULIO LOBO ; on y trouve de tout, comme souvent dans des collections personnelles, aussi bien des pièces de premier ordre (comme le célèbre NAPOLÉON AU CAMP DE BOULOGNE de REGNAULT) que des œuvres insignifiantes, mais le Museo représente sans doute l’ensemble napoléonien le plus exceptionnel d’Amérique.

JULIO LOBO, avait préféré quitter CUBA en 1960, en y laissant la plus grande partie de sa collection, et EUSEBIO LEAL, amoureux lui aussi de NAPOLÉON, n’a pas eu de mal à convaincre FIDEL CASTRO, autre admirateur, de créer ce musée et de s’en faire confier la responsabilité (lors de sa visite à PARIS, en 1995, « FIDEL » s’était longuement recueilli sous le dôme des INVALIDES devant le « Tombeau de l’Empereur », puisque telle est l’appellation formelle donnée à ce lieu dont le directeur du musée de l’Armée est officiellement le « gardien »).

Au terme d’une très longue période de fermeture, la rénovation du Museo était en voie d’achèvement quand je suis arrivé en 2010. Tout y avait été pensé avec intelligence par LEAL.

Le premier niveau est consacré au général de la Révolution et au Premier consul ; le premier étage à l’Empire triomphant ; le second à la défaite, la mort et la légende ; et le troisième à une très riche bibliothèque d’ouvrages consacrés à la période 1789-1821, donnant sur une terrasse d’où on a une vue imprenable sur la magnifique ville de La HAVANE.

La bibliothèque du Museo Napoleónico

LEAL voulait organiser une inauguration spectaculaire. La diplomatie française était alors en train de commencer péniblement à sortir du carcan aussi absurde qu’injustifiable imposé aux États-membres de l’Union européenne à l’initiative du gouvernement de droite espagnol de José María Aznar ; cette « position commune » européenne avait abouti à la quasi-suspension de la coopération avec Cuba, et mon premier acte politique, juste après la remise de mes lettres de créance, avait été de signer un accord de reprise de la coopération franco-cubaine.

LA PRINCESSE NAPOLÉON À LA HAVANE

Plutôt qu’un membre du gouvernement, j’avais suggéré à LEAL d’inviter la Princesse Napoléon, que j’avais connue seize ans plus tôt, lorsque, affecté à l’AMBASSADE DE FRANCE à WASHINGTON, j’avais été chargé du dossier de l’Exposition NAPOLÉON organisée à Memphis, Tennessee.

EUSEBIO LEAL, puis la Princesse, acceptèrent aussitôt. La venue de la veuve du prince LOUIS-NAPOLÉON - il s’agit de la descendance directe de JÉRÔME BONAPARTE - n’est pas passée inaperçue à La HAVANE, et les Cubains ont été conquis par l’élégance, le charme et la bienveillance de la visiteuse. L’inauguration du musée s’est déroulée devant une foule compacte, en présence de marins français en uniforme et au garde-à-vous (la frégate Ventôse mouillait alors dans le port de La Havane), du corps diplomatique et de nombreux dirigeants cubains. :

Arrivée de La princesse Napoléon (au centre) au museo Napoleónico avec l’ambassadeur de France à Cuba

Monsieur Jean MENDELSON (au premier plan) et l’amiral commandant les forces françaises des Antilles (à gauche)


Outre EUSEBIO LEAL, on remarquait le vice-président d’alors du conseil des ministres, le général JOSÉ RAMÓN FERNÁNDEZ, principal artisan de la victoire cubaine de la Baie des Cochons lors du débarquement organisé par la CIA en avril 1961, et le ministre de l’enseignement supérieur, devenu depuis le « n°2 » cubain, MIGUELAZ-CANEL.

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La Princesse coupant le ruban d’inauguration, en présence de José Ramon FERNANDEZ, Jean MENDELSON et du cardinal Jaime ORTEGA (à l’arrière-plan à gauche)

Au repas offert à la Résidence de France en l’honneur de la Princesse, plusieurs autres dirigeants étaient présents, ainsi que le cardinal JAIME ORTEGA, archevêque de La HAVANE, qui devait jouer trois ans plus tard un rôle essentiel dans le rapprochement cubano-américain.

Je n’aurais jamais eu de tels contacts, aussi rapidement après mon arrivée, sans la passion de JULIO LOBO et d’EUSEBIO LEAL pour NAPOLÉON, et sans la venue de la princesse NAPOLÉON. Cent quatre-vingt-dix ans après sa mort, NAPOLÉON avait été utile à la diplomatie française.

La Princesse NAPOLÉON entourée d’Eusebio LEAL et de Jean MENDELSON

La Princesse NAPOLÉON accompagnée de l’Ambassadeur de France

devant le tableau de Jean-Baptiste REGNAULT « Napoléon au camp de Boulogne »

LA MONTRE DE NAPOLÉON : VILMA ET RAÚL CASTRO

Le président RAÚL CASTRO fut également présent de façon originale dans cet événement autour du Museo Napoleónico.

Pour comprendre comment et pourquoi, il faut se souvenir qu’à Sainte-Hélène, le docteur O’MEARA, chirurgien militaire affecté par l’amiral COCKBURN auprès de NAPOLÉON, était tombé sous le charme de son patient, au point que Lord Bathurst, ministre des colonies, et Hudson Lowe, avaient ordonné en 1818 son retour en Europe.

Le médecin français FRANÇOIS ANTOMMARCHI avait été alors admis à SAINTE-HÉLÈNE pour soigner le prisonnier. Il avait été choisi par « Madame Mère » moins pour ses qualités de praticien, qui semblent avoir été limitées - du moins concernant la maladie qui emporta NAPOLÉON - que pour ses origines corses. Après 1821, ANTOMMARCHI rentra en Europe sans bénéficier de la considération des milieux bonapartistes. Après avoir servi dans le service de santé des Polonais insurgés contre l’occupation russe en 1830 - insurrection à propos de laquelle le maréchal Sébastiani est réputé avoir prononcé son immortelle phrase, « L’ordre règne à Varsovie » -, puis avoir courageusement travaillé à PARIS lors de l’épidémie de choléra de 1831, ANTOMMARCHI était parti à SANTIAGO DE CUBA, où un de ses cousins possédait une plantation de café. Là, il s’était forgé une réputation honorable et était mort à SANTIAGO en 1838 en combattant l’épidémie de fièvre jaune ; il y est enterré dans le cimetière Santa Ifigenía, à quelques mètres du grand mausolée où repose le héros de l’indépendance de CUBA, JOSÉ MARTÍ.

À sa mort, ses biens ont été dispersés : s’y trouvaient un exemplaire du célèbre masque mortuaire de NAPOLÉON, et plusieurs objets et souvenirs ramenés de Sainte-Hélène, la plupart regroupés cent trente ans plus tard par EUSEBIO LEAL au Museo Napoleónico, au côté de la collection LOBO.


L’exemplaire du masque exposé à La Havane présente une vraie ressemblance avec… FRANÇOIS MITTERRAND, reconnue avec étonnement mais unanimement par tous les visiteurs français que j’ai accompagnés dans ce musée.

Mais un objet particulièrement précieux de l’héritage d’ANTOMMARCHI avait connu un sort différent : la montre donnée par NAPOLÉON à son médecin, peu avant sa mort, s’était retrouvée au sein d’une famille française de Cuba, les GUILLOIS, dont un membre épousa un médecin qui fut longtemps consul honoraire de France à Santiago, JOSÉ ESPÍN VIVAR ; le couple était sympathisant de ces révolutionnaires qui tentèrent de prendre d’assaut la caserne MONCADA en 1953, échec qui marque le point de départ de la Révolution cubaine.

Leur fille, VILMA ESPÍN GUILLOIS, combattante du Mouvement du 26 Juillet, devait peu après la victoire des guérilleros épouser le jeune Commandant de la Révolution RAÚL CASTRO RUZ, le témoin de la cérémonie étant un autre Commandant de la Révolution, ERNESTO CHE GUEVARA. La montre d’ANTOMMARCHI a été le cadeau de mariage des parents ESPÍN-GUILLOIS ;

Jour du mariage de VILMA et RAÚL le 26/01/1959

Mais, RAÚL CASTRO ne semble pas porter pour NAPOLÉON le même intérêt que son frère aîné, et son épouse, qui devait devenir une des dirigeantes les plus populaires de Cuba, n’a probablement pas non plus prêté attention à cette montre, retrouvée dans ses affaires en 2007 à la mort de celle que chacun appelait simplement « VILMA ». Le chef de l’État cubain fit donc cadeau en 2011 au Museo de cette montre donnée par NAPOLÉON à son médecin ; on peut la voir à côté du masque mortuaire, dans la plus spectaculaire des salles du musée ».

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« J’ai livré ce récit, qui n’a pas de prétention à l’exactitude historique mais qui correspond fidèlement aux informations que j’ai pu collecter à Cuba, parce que c’était une belle illustration de l’utilité de l’Histoire dans la politique : Napoléon a effectivement, près de deux siècles après sa mort, été utile à la diplomatie française. Mais surtout, je souhaite que les visiteurs soient nombreux à visiter ce lieu exceptionnel de patrimoine cubain d’origine française à La Havane : ils ne seront pas déçus ! »

Pour informations :

Museo Napoleónico – Cuba : calle San Miguel n°1 159 esq. Ronda, Vedado La Havane.

Mise en page et recherches internet pour les photos : Gérard Verleye et Monique Peainchau.


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