François, Danielle Mitterrand vus par Fidel Castro...

mardi 29 novembre 2016
par  Michel Porcheron

Danielle Mitterrand

Fidel Castro : « Bon, vous la connaissez, elle dit toujours ce qu’elle pense »
Posté par Michel Porcheron

Alors directeur du Monde diplomatique, Ignacio Ramonet achevait le 31 décembre 2006 son introduction « Cent heures avec Fidel Castro » destinée à « Biographie à deux voix », livre d’entretiens avec le président Fidel Castro, qui ont eu lieu dans son bureau personnel du palais de la Révolution, entre le mois de janvier 2002 et décembre 2005.

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« L’idée de ses dialogues était née en février 2002. Invité par l’ambassade de France, j’étais alors venu à La Havane donner une conférence dans le cadre du Salon du livre (…) Je venais de publier un petit livre de conversations avec le sous-commandant Marcos, héros romantique et galactique des zapatistes mexicains du Chiapas. Fidel Castro l’avait lu. Je proposai alors au commandant cubain de faire avec lui un ouvrage semblable, mais de plus vaste envergure. Il n’avait pas rédigé ses mémoires ; et il était presque certain que, faute de temps, il ne les écrirait plus (1) Ce serait alors une sorte de « biographie à deux voix », un testament politique en forme de conversation, un bilan oral de sa vie établi par lui-même, à l’orée de ses quatre-vingts ans » (…)

La première édition du livre parut en Espagne en avril 2006 et à Cuba le mois suivant, sans qu’il l’ait personnellement relue.

Dès les premiers jours d’août 2006, malgré une lourde intervention chirurgicale qui faisait suite à une crise intestinale aigüe et une forte hémorragie survenues le 26 juillet, cela quelques jours après son retour du Sommet du Mercosur à Cordoba (Argentine), Fidel Castro reprenait, sur son lit de convalescent, la relecture des derniers chapitres du livre. Il devait en particulier corriger et compléter le chapitre 24, alors à l’état de brouillon, puisqu’inédit et ne figurant pas dans l’édition de langue espagnole, consacré à ses relations avec la France et avec des personnalités françaises.

Le leader cubain terminait à la fin de novembre 2006 la relecture de la version de l’ouvrage, qu’il avait revue, amendée et complétée personnellement. Le livre dans sa version en français paraissait en février 2008.
En relation avec le dernier livre de Danielle Mitterrand « Ce que je n’accepte pas » (janvier 2012) où tout naturellement elle parle (à trois reprises) de Cuba et de Fidel Castro, voici ce que Fidel Castro disait de François et Danielle Mitterrand lors de ses entretiens avec Ignacio Ramonet.

« Je pense que la première fois que je me suis entretenu avec François Mitterrand, ce devait être au Chili, en novembre 1971, avec Salvador Allende. Tous deux se connaissaient sans doute de l’Internationale socialiste.

Mitterrand avait été élu, quelques mois plus tôt, premier secrétaire du Parti socialiste français. Il avait resserré les liens avec le Parti communiste, encore puissant à cette époque en France, et il avait mobilisé les socialistes pour qu’ils ajoutent leurs voix aux protestations internationales contre la guerre du Vietnam. Il avait aussi exprimé sa solidarité à l’égard de Cuba.

Quelle impression vous a-t-il faite ?

C’était un homme avec une personnalité indéniable. Intelligent et cultivé. Un dirigeant qui avait, de toute évidence, une vaste expérience derrière lui et on sentait aussi qu’il était d’une redoutable habileté politique. Il entama alors la longue marche qui, dix années plus tard, le conduirait — à la tête de la gauche unie — à la présidence de la France. Nous avons établi de bonnes relations
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L’avez-vous rencontré à d’autres occasions ?

Nous l’avons invité à venir à Cuba, et il est venu, avec son épouse, Danielle en 1974. Ils ont visité tout le pays, observé nos réalisations : les programmes éducatifs, de santé, les actions sociales. J’ai conversé avec eux des dizaines d’heures.

La tragédie du Chili, le coup d’État du général Pinochet s’étaient produit l’année précédente, et la révolution des Œillets venait d’avoir lieu au Portugal (…) A mon avis, il avait déjà à l’esprit de rassembler toute la gauche française autour d’un programme commun de gouvernement.
Il l’a fait ; et en mai 1981, il a été élu.

L’avez-vous revu après qu’il est devenu président ?

Après son élection à la présidence de la République française, les relations entre nos deux pays se sont renforcées. Cela a été très positif.
Une preuve de confiance et d’amitié : Mitterrand nous a envoyé sa fille, Mazarine, qu’il avait eue d’une autre relation. Elle est venue à Cuba fin 1991, il me semble. Je l’ai rencontrée chez l’ambassadeur de France [Jean-Raphaël Dufour]. Un diplomate qui avait fait preuve d’un grand courage en sauvant la vie du président [Jean-Bertrand] Aristide après le coup d’État militaire [du général Raoul Cédras] en Haïti, en septembre 1991.

J’ai revu Mitterrand au cours de ma visite en France, au mois de mars 1995. Je revenais du Sommet mondial pour le développement social de Copenhague ; et l’Unesco, dont le siège se trouve à Paris, m’avait officiellement invité. En dépit de l’opposition de la droite — c’était l’époque de la « cohabitation » ; le Premier ministre français [Édouard Balladur] était membre de l’opposition —, Mitterrand m’a traité en invité officiel de la République.

Cela se passait moins d’un an avant son décès. Comment l’avez-vous trouvé ?
On voyait que Mitterrand était malade, et très fatigué. Mais il affrontait son destin avec une incroyable sérénité et une très grande dignité. Malgré les critiques de la presse, il m’a reçu très chaleureusement à un déjeuner officiel, au palais de l’Élysée ; il était amène et amical. Il faisait face avec courage aux tourments de sa maladie.
À la fin du déjeuner, au moment de nous quitter, sur le perron de l’Élysée, rompant le protocole, Danielle a pris l’initiative de poser ses mains sur mes épaules pour m’embrasser sur la joue. Comme cette marque d’amitié lui a valu des griefs ! Les médias l’ont férocement attaquée pour cela.

Et c’est avec une grande gentillesse que Danielle m’a reçu, un peu plus tard, entourée de ses collaborateurs, dans l’hôtel particulier des Mitterrand, au Quartier latin, rue de Bièvre ; et de là nous sommes partis ensemble à pied, à travers ces pittoresques ruelles proches de la Seine et de la cathédrale Notre-Dame, visiter les locaux de son association France-Libertés.

C’était votre premier séjour à Paris ?

Oui, c’était la première fois que j’y allais. Et je voulais tout connaître : la Bastille, les Tuileries, la place de la Concorde, tous ces lieux remplis de souvenirs de la Révolution française. Et bien sûr le Paris éternel : la Tour Eiffel, Notre Dame, l’Arc de Triomphe, les Champs Elysées…J’ai aussi pu rendre au Louvre, en compagnie de celui qui avait été ministre de la Culture de Mitterrand.

Jack Lang.

Oui, qui est aussi un ami de [Gabriel] Garcia Marquez. On m’avait également organisé une rencontre avec le président de l’Assemblée nationale de l’époque [Philippe Seguin] ; une autre avec des chefs d’entreprise ; et, pour finir, une grande réunion à la Maison d’Amérique latine avec un grand nombre d’amis de Cuba.

François Mitterrand est décédé dix mois après votre visite, le 8 janvier 1996. Vous êtes-vous rendu à ses funérailles ?

On m’y a invité, et j’y suis naturellement allé. J’ai pu personnellement présenter mes condoléances à Danielle, qui était, comme on peut l’imaginer, profondément affectée. J’ai assisté à la cérémonie religieuse en la cathédrale Notre-Dame. C’était impressionnant. Des dizaines de chefs d’État ou de gouvernement étaient présents. Il y avait, entre autres, le président Jacques Chirac, récemment élu, Boris Eltsine, le roi Juan Carlos, Norodom Sihanouk du Cambodge, et le vice-président américain Al Gore, à qui [Georges W.] Bush a volé la victoire à l’élection de novembre 2000.

Pour des raisons de protocole, on m’avait placé au premier rang, non loin du chancelier allemand Helmut Kohl, très ému, qui n’a pu contenir ses larmes pendant la cérémonie. Bien que chrétien-démocrate, donc de droite, il avait entretenu avec Mitterrand d’excellentes relations qui avaient permis de resserrer les liens entre Paris et Berlin, et d’oublier les vieilles rancœurs des cruelles et nombreuses guerres entre leurs deux pays.

Vous connaissez mieux Danielle Mitterrand, n’est-ce pas ?

C’est une femme merveilleuse. Enthousiaste, généreuse, infatigable défenseuse des causes justes dans le monde. Je l’aime et la respecte beaucoup. Pour tout ce qu’elle a fait et continue de faire. Elle est venue à Cuba à d’innombrables occasions. Elle connaît bien ce que nous faisons ici, et connaît aussi d’autres pays d’Amérique latine. Elle suit avec intérêt ce qui se passe actuellement au Venezuela, au Brésil, et en Bolivie. Sensibilisée à la cause indigène, elle s’est aussi rendue, comme vous, au Chiapas, rencontrer le sous-commandant Marcos.

Vous a-t-elle parfois demandé d’examiner la cause de quelques détenus ?

Oui. Et nous avons autorisé une mission composée de représentants d’associations internationales, présidée par elle-même, à venir défendre ici, en toute liberté, des cas- - il y en avait plusieurs dizaines — susceptibles de les préoccuper. Nous les avons même autorisés à se rendre dans les prisons qu’ils souhaitaient visiter. Sans imposer de restriction, car nous savions qu’ils étaient dépourvus de préjugés et agissaient dans un sincère souci d’altruisme.
Sur certains cas, nous avons pu leur donner satisfaction. Il faudrait retrouver la liste de toutes les personnes qui ont pu bénéficier de cette action. Ils ont ensuite publié un rapport très objectif, fidèle à la réalité, qui contredit la plupart des arguments qu’on nous oppose et les attaques permanentes dont nous sommes l’objet sur ces questions.

Danielle Mitterrand s’est toujours montrée très solidaire à l’égard de Cuba.
La fondation qu’elle dirige [France-Libertés] a entrepris des actions de solidarité concrètes envers notre pays. Nous nous sommes souvent entretenus avec elle. Et je peux vous assurer qu’elle a une très forte personnalité. Bon, vous la connaissez, elle dit toujours ce qu’elle pense. Et n’y va pas par quatre chemins. Il lui arrive d’exprimer des divergences avec nous. Elle expose ses désaccords avec franchise. Et nous l’écoutons toujours avec respect parce que c’est une personne honnête et sincère.

[Extrait de « Fidel Castro, Biographie à deux voix », de Ignacio Ramonet, Fayard/Galilée, 2008, 697 pages, illustrations.

Le chapitre 24 est intitulé « Fidel Castro et la France » (pages 477- 490) Avant d’aborder ses relations avec François et Danielle Mitterrand, Fidel Castro a répondu aux questions de Ignacio Ramonet sur « une éducation française », la Révolution française, Victor Hugo et les Misérables, Balzac et la Comédie humaine, Jean Paul Sartre, le général de Gaulle, le commandant Cousteau et Régis Debray]


(1)- La suite a apporté des démentis aux prévisions de Ignacio Ramonet. Non seulement le chef historique de la Révolution cubaine, âgé de 85 ans, a rédigé et publié son autobiographie (en France, le volume 2 sortira en octobre 2012), mais il vient de présenter (le vendredi 3 février) au Palais des Congrès de La Havane les deux premiers volumes de ses Mémoires, intitulés « Guerrillero del Tiempo » (Guérillero du Temps) et basés sur des conversations avec la journaliste cubaine Katiuska Blanco.

« Je veux profiter de ce moment, parce que la mémoire se gâte », a déclaré Fidel Castro à l’assistance. « Je suis disposé à faire tout mon possible pour transmettre ce dont je me souviens bien... J’ai exprimé toute les idées que j’ai eues et tous les sentiments que j’ai éprouvés ; j’ai pris conscience de l’importance de rapporter tout cela afin que ce soit utile », a déclaré Fidel Castro, selon le compte-rendu publié par les journaux Granma et Juventud Rebelde et par le site Cubadebate.

L’AFP rapporte que dans ces entretiens qui couvrent un millier de pages, Fidel Castro confie à Katiuska Blanco qu’il préfère « les vieilles horloges, les vieux miroirs et les vieilles bottes, mais qu’en politique, il préfère tout ce qui est neuf ». Katiuska Blanco, déjà auteure de la première biographie officielle de Fidel Castro et de sa famille, présente maintenant deux volumes de questions-réponses qui ne sont pas sans rappeler « Biographie à deux voix » (mp)


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