Jacqueline Kennedy et « la baie des Cochons ». Verbatim

lundi 27 février 2012
par  Michel Porcheron

Posté par Michel Porcheron

« Jacqueline Kennedy avec John F. Kennedy » publié en France fin 2011 (Flammarion, 428 p.) est un livre de sept « conversations » de « Jackie » Kennedy avec l’historien Arthur M. Schlesinger, publiées pour la première fois bien qu’enregistrées entre le 2 mars et le 3 juin 1964. Jackie Kennedy (1929-1994) n’a laissé par ailleurs ni autobiographie ni mémoires.

Dit notamment l’éditeur dans la 4eme de couverture : « (…) Il est beaucoup question de John F. Kennedy : sa vie de sénateur, ses campagnes, sa foi catholique, ses relations avec ses frères. Il y est aussi question de leur couple, de ce qu’ils se disaient en privé, et de la conception qu’avait Jacqueline du rôle de « First Lady ». L’Histoire se rencontre à chaque ligne, depuis les visites d’État où Mme Kennedy suivait son époux (…) jusqu’à la tourmente de la crise de Cuba (…) »

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La traduction de l’original, « Jacqueline Kennedy : Historic Conversations on Life with John F. Kennedy  »(2011) est de Laurent Bury et Cécile Dutheil de La Rochère. L’introduction (p.17 à 34) et les -514 - annotations sont de Michael Beschloss, historien américain, sollicité par Caroline Kennedy, fille du couple, qui signe un avant-propos. « Ses notes, a-t-elle indiqué, sont exhaustives, elles enrichissent considérablement ce volume ».

Voici –reproduits avec les notes de Michael Beschloss - les passages relatifs à l’entrée « baie des Cochons », détaillée (32 références) dans l’Index (p. 407- 426)

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Cinquième conversation

 [Note de fin]

Arthur M. Schlesinger (page 231) : « Dans son livre [Richard] Nixon dit que le Président avait été prévenu pendant la campagne, ce qui est faux, puisque [Allen] Dulles et le Prési­dent ont tous les deux affirmé qu’ils avaient seulement découvert en novembre que nous avions formé les Cubains en secret.
 [1]

Jacqueline Kennedy : - Il ne m’a jamais dit qu’il ait su quoi que ce soit, donc je le crois.

A.Sch : - Quand avez-vous pris conscience de ce qui se préparait
 [2]

J.K : - On savait depuis toujours que Cuba était un problème. Chaque semaine, à chaque conférence de presse, il y avait du nouveau à propos de Cuba.

- À partir de mars, la rumeur d’une invasion possible a commencé à circuler
- Dans ses conférences de presse, Jack était régulièrement obligé de dire que l’armée des États-Unis ne serait pas impliquée, pour éluder la question. Ensuite, j’ai appris que nous formions tous ces gens. (…) On parlait toujours de Cuba, pour une raison ou pour une autre.
- Vous rappelez-vous ce que le Président pensait du projet d’inva­sion ? Vous avez mentionné la réunion [William] Fulbright.

E Kennedy d’avoir abusé de cet accès à des informations classées afin de critiquer en octobre 1960 le gouverne­ment d’Eisenhower pour n’avoir pas aidé les « combattants de la liberté » désireux de renverser Castro. Pour préserver le secret de l’opération, Nixon prétend s’être senti obligé de défendre le point de vue contraire lors des débats avec Kennedy, alors qu’en réalité il avait pris la défense des projets de la CIA visant à éliminer Castro.

Oh, bien sûr, cette perspective le mettait très mal à l’aise. Mais je me souviens surtout du week-end précédant l’inva­sion, vers le 13 avril. Nous étions à Glen Ora avec Jean [la plus jeune sœur de JFK, 1928] et [son mari] Steve Smith ; un après-midi, vers dix-sept heures, il a reçu un appel dans sa chambre. C’était Dean Rusk. La conversation a duré très longtemps, et à la fin, il avait l’air très déprimé. Je lui ai demandé : « Que se passe-t-il ? » J’imagine que Dean Rusk avait dû tout lui révéler, à moins que Jack ne lui ait donné son feu vert. Je pense que ce fut un coup de téléphone décisif.
 [3]

Il s’agissait des frappes aériennes.

Dean Rusk voulait les annuler, je suppose. Jack était assis sur le bord du lit, tout à coup il a secoué la tête, il s’est mis à arpenter la pièce, il avait presque l’air de souffrir. Il est descendu et, c’était visible, il savait que ce qui était arrivé était mal. C’était terrible. D’habitude, il n’avait aucune difficulté à prendre une décision, il y réfléchissait, puis une fois la décision prise, il en était satisfait. C’est la seule fois où je l’ai vu complètement démoralisé. Ce fut un week-end affreux.

Pensez-vous qu’il était déprimé parce qu’il avait décidé d’annuler les frappes aériennes, ou parce qu’il avait approuvé le projet d’invasion ?

Je pense qu’il y avait plusieurs raisons combinées. L’invasion l’avait contrarié, mais aussi le fait de ne l’avoir accomplie qu’à moitié, sans aller jusqu’au bout. C’était une horreur qui lui était tombée dessus sans qu’il ait le temps de s’en dépêtrer. Et il m’a tellement parlé de Cuba, je ne me rappelle pas si c’était à ce moment-là ou plus tard, mais à chaque réunion, il s’exclamait : « Mon Dieu, de quelle bande de conseillers nous avons hérité ! » Par la suite, quand Maxwell Taylor [à qui Kennedy demanda d’enquêter sur le fiasco de la baie des Cochons] est devenu chef d’état-major, il disait : « Tu sais, je laisse au moins ça au prochain président » ou « Si seulement Eisenhower m’avait laissé quelqu’un comme ça. Tu te rends compte, m’avoir laissé quelqu’un comme Lyman Lemnitzer » et toute cette équipe. Il n’y avait vraiment rien à en tirer. Et je me souviens qu’un jour, à la Maison Blanche — après ou avant l’échec de l’invasion — j’étais sur la pelouse avec les enfants et il est arrivé avec le professeur Cardona
 [4]

C’était après l’invasion. Je pense que c’était un mercredi après-midi, parce que j’avais été envoyé en Floride le mardi soir, avec Adolf Berle [qui conseillait le Département d’Etat pour tout ce qui concernait l’Amérique latine], nous sommes revenus avec le professeur Cardona
 [5]
, et nous l’avons amené le mercredi en fin d’après-midi. Je pense que le Président est sorti pour vous le présenter.

Et il n’arrêtait pas de hocher la tête et de répéter que Cardona avait été formidable. Mais si vous voulez remonter la chronologie de Cuba, il y a d’abord eu cet affreux week-end. Nous sommes rentrés à Washington le lundi. Puis le mardi, nous avions la réception des membres du Congrès, pendant laquelle Jack a été appelé ; il est parti dans son bureau et quand il est revenu, j’étais déjà couchée
 [6]
Vous savez, c’est curieux, parce que l’année suivante, lors de la réception du Congrès, il a aussi été appelé pour un autre genre de crise, comme s’il devait toujours se passer quelque chose de terrible ces soirs-là. Et je pense que le mercredi, nous devions nous faire photographier, à moins que ce ne soit le jeudi. Mais Jack était agité comme une puce. C’était avec Mark Shaw [photographe de mode et de célébrité] il est venu, il est resté assis dix minutes, nous n’avions aucune photo de nous deux ensemble qu’on puisse diffuser. C’était une période affreuse, et il avait vraiment l’air très mal.

Vous avez dû trouver pénible de vous rendre au dîner grec au milieu de toute cette agitation
 [7]

Oui, ce soir-là nous devions aller au dîner grec. Nous les avions invités à déjeuner, la veille ou le jour d’avant (…) Mais je me rappelle si bien, c’était le matin, il est revenu à la Maison Blanche et, dans sa chambre, il s’est mis à pleurer, seul avec moi. Vous savez, il a mis la tête entre les mains et a sangloté. Je ne l’ai jamais vu pleurer que trois fois (…) C’était si triste, ses cent premiers jours, tous les rêves qu’il avait (…) Ce n’était pas à cause de ses cent premiers jours, mais parce qu’il pensait à tous ces pauvres gens qu’on avait envoyés se battre, pleins d’espoir, avec la promesse de les soutenir, et voilà qu’ils se faisaient abattre comme des chiens ou qu’ils allaient mourir en prison. Il pensait tellement à eux(…).

Et alors que c’était à cause de mauvais conseils qu’il en était arrivé là, le Président n’a jamais accusé personne en public. Il citait souvent ce merveilleux proverbe chinois : « La Victoire a cent pères, le Désastre est orphelin
 [8]
 » Savez-vous d’où il le tenait ?

Non. Il faudrait regarder dans les œuvres de Mao Tsé-toung, qui sont remplies de proverbes chinois. [Rires.] Mais il passait son temps à collectionner ce genre de dictons.

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Vous avez dit qu’il y a eu deux fois où vous avez vu le Président très déprimé, sous pression : lors de la dispute pour le Comité d’État en 1956 et lors de l’affaire de Cuba.

Non, l’histoire du Comité d’État ne l’avait pas déprimé (…) Mais pour Cuba, pour cette série de bévues, il n’était pas aux com­mandes comme lorsqu’il s’est battu pour le Massachusetts. Et quand tout s’est terminé, il y a eu cette terrible dépression, tout le souci qu’il se faisait pour ces gens
 [9]
Il était plein de compassion, je l’entendais dans la manière dont il me parlait de Cardona ; il se sentait obligé de libérer tous ces prisonniers. C’était le Noël suivant. Non, celui d’après encore. Il y avait d’abord eu les tracteurs, Bobby s’y était engagé (…) Il ne supportait pas de les laisser moisir en prison. Cela aurait peut-être mieux valu, au lieu de quoi les gens ont vu rentrer la malheureuse brigade, et cela a rappelé à tout le pays ce terrible échec. Mais il voulait à tout prix les faire sortir de prison. Après ça, Jack a reçu une volée de bois vert à cause des tracteurs. Pourtant, il devait faire tout son possible pour les faire revenir (…)

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L’une des attaques les plus scandaleuses concernait l’accord sur les tracteurs. Notre pays aurait dû comprendre qu’il était de son devoir de faire le maximum pour libérer ces hommes, et je n’ai jamais accepté cette attaque. Mme Roosevelt, Walter Reuther et Milton Eisenhower avaient formé un comité pour obtenir leur libération [Le Comité « Des tracteurs pour la liberté »]

Et tout le monde leur est tombé dessus à bras raccourcis. C’est vraiment inhumain.

Je pense que si le Président avait tant de sympathie pour Miro Cardona et les membres de ce comité, c’est que trois ou quatre d’entre eux avaient des fils.

C’est vrai. Je sais que Cardona avait un fils. Puis, quand la brigade cubaine est revenue, pour Noël 1962, ils sont d’abord venus l’après-midi chez les Paul, en Floride. Ils n’étaient que cinq ou six. Oliva
 [10]
et les autres nous ont tous montré une photo d’eux, prise avant ; ils l’avaient dans leur portefeuille. Ils avaient tous de magnifiques visages émaciés, comme sur les peintures du Gréco. Et quand ils nous montraient leurs anciennes photos, ils ressemblaient aux musiciens joufflus de Xavier Cugat. Il n’y avait aucun pathos sur ces visages. Et avec nous, avec Jack, ils n’étaient pas du tout amers, ils le regardaient comme leur héros. C’était des gens charmants. Depuis novembre dernier, ils sont venus, surtout en février pour déposer une couronne sur la tombe de Jack, c’est Bobby qui les a amenés, l’un d’eux est venu me voir. Ils ont tous dit qu’ils allaient quitter l’armée : maintenant que Jack est mort, ils n’ont plus d’espoir, plus aucun idéalisme. Ils vont tous essayer de trouver un travail, parce que c’est lui qui incarnait leur espoir
 [11]
C’est plutôt touchant.

Le Président avait été très ému par l’accueil qu’ils lui avaient réservé à Miami
 [12]

Oui, c’est l’une des scènes les plus émouvantes que j’aie vues. Tous ces gens qui criaient et faisaient de grands gestes, et les membres de cette pauvre brigade couverts de bandages.

Je pense qu’il s’est laissé entraîner à dire des choses qui ne figuraient pas dans le texte de son discours.

[Rires.] Je me rappelle ce qu’il a dit, puis je devais parler en espagnol. (…)

Page 159- Son but [de J.F Kennedy] était de s’entourer de gens assez solides, pour savoir prendre les bonnes mesures. C’est ce qui l’a attiré chez William Fulbright (cf note 14). Et il pensait que parce que le Sénat connaissait Fulbright il aurait confiance en lui.

C’est vrai. Pauvre Fulbright. Si seulement il avait été nommé …En outre il avait raison.
C’est le seul qui était d’accord avec Jack... ou était-il contre la baie des Cochons ?
 [13]

Contre. C’est le seul qui s’y est opposé de façon claire au cours des réunions.

Apparemment, au cours de la deuxième réunion, il a soutenu l’idée. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup d’estime pour Fulbright.
 [14]
Vous regrettez que Fulbright n’ait pas été choisi ?

Oui - Moi aussi »


[Note de finAu début de cette cinquième conversation, Jacqueline Kennedy parle, pour la première fois dans le livre, de Fidel Castro, en réponse à une nouvelle question de Arthur M. Schlesinger.

« En 1960, le dossier Cuba s’est invité dans la campagne. Castro inquiétait-il beaucoup le Président ? Vous rappelez-vous ce qu’il avait éprouvé lorsque Castro était pour la première fois apparu sur le devant de la scène ? (1)

- Je me rappelle qu’il avait été épouvanté par le phénomène Castro. Nous connaissions Earl Smith (2), qui avait été ambassadeur pour Eisenhower. Quand nous étions en Floride, Earl n’avait que Castro à la bouche. Oui, Jack était écœuré de voir que l’administration Eisenhower avait laissé Castro prendre le pouvoir. Et c’est alors que le New York Times publia les reportages de Herbert Matthews. Je me souviens qu’on en parlait beaucoup. Même Norman Mailer a écrit quelque chose, il était pro-Castro(3)

Notes (1)- Fidel Castro Ruz (né en 1926) et ses guérilleros firent leur entrée triomphale dans La Havane en janvier 1959, après avoir renversé le dicta­teur cubain Fulgencio Batista. En avril, il se rendit à Washington, à l’invi­tation du National Press Club, mais le président Eisenhower refusa de lui accorder une audience. L’année suivante, Castro se mit à importer du pétrole soviétique et à exproprier les firmes américaines.

(2)- Earl E.T. Smith (1902-1991), financier natif de Newport, passionné de chasse et de pêche, habitant New York et Palm Beach, fut ambassadeur à La Havane de 1957 à 1959. Son épouse, Florence Pritchett Smith (1920-1965), était l’amie du président Kennedy depuis son enfance.

(3)- Norman Mailer (1923-2007), romancier et essayiste, écrivit dans Esquire l’article laudatif « Superman Comes to the Supermarket » sur la victoire de John F. Kennedy à la convention de 1960, mais au printemps suivant, après la baie des Cochons, il dénonça le Président pour avoir soutenu l’invasion et il déclara que Castro était l’un de ses « héros ». (mp) .

[1Dans ses Mémoires publiés en 1962, Six Crises, l’ex-vice-président Nixon affirmait que, lors du briefing de juillet, Dulles avait dit à Kennedy que depuis des mois, la CIA « non seulement soutenait et aidait, mais formait réellement les exilés cubains dans le but de soutenir l’invasion de Cuba ». Nixon reprocha à John

[2Allusion à la tentative d’invasion de la baie des Cochons en avril 1961 par des Cubains anticastristes, soutenus par la CIA. La CIA avait laissé entendre à Kennedy que si les exilés, une fois débarqués, réussissaient à créer une tête de pont à Cuba, l’insatisfaction de la population face à Castro pourrait entraîner un soulèvement national qui renverserait le dictateur et porterait au pouvoir les exilés ; en cas d’échec, ils pourraient « se fondre dans les montagnes » cubaines comme guérilleros. Toutes ces assertions furent démenties, ce qui nuisit gravement au prestige de Kennedy. Le cercle de John F. Kennedy reprocha à la CIA ses mauvaises informations et ses projets défectueux. La CIA et ses partisans reprochèrent à Kennedy de n’avoir pas suspendu l’ordre donné aux forces militaires américaines de se tenir à l’écart du combat.

[3Le dimanche 16 avril 1961 après-midi, six B-26 américains arborant des insignes cubains avaient déjà détruit près de la moitié de la force aérienne de Castro. La CIA supposa qu’une fois l’invasion en cours, John F. Kennedy reviendrait sur son engagement public de ne pas envahir Cuba et autoriserait l’armée américaine à aider ouvertement les combattants de la liberté qui débarquaient alors sur les plages cubaines. L’appel de Rusk signala au Président l’importance qu’il y avait à dissimuler le rôle joué par les États-Unis dans l’invasion. Kennedy retint l’U.S. Air Force jusqu’à ce que les exilés fussent établis à Cuba, une frappe aérienne pouvant alors être présentée de manière plausible comme partant du sol cubain. A ce moment, comme le savait Kennedy, l’invasion était menacée par une possible interdiction des frappes aériennes américaines

[4Lyman Lemnitzer (1899-1988) avait été nommé en 1960 par Eisenhower président du Comité d’état-major conjoint. En mars 1962, Lemnitzer approuva un plan secret, l’opération Northwoods, permettant au gouvernement américain de commettre des actes terroristes à Miami et dans d’autres villes des États-Unis, actes qui seraient attribués à Castro comme prétexte pour une réelle invasion américaine de Cuba. Le plan suggérait même que si un astronaute américain périssait au cours d’une mission, il faudrait le reprocher à Castro. Horrifié par la proposition de Lemnitzer et encore irrité par la brutalité du général lors de la baie des Cochons, John F. Kennedy lui refusa cet automne-là un second mandat comme président du Comité.

[5José Miro Cardona (1902-1974) était juriste et professeur à La Havane, très critique envers Batista. Après la révolution, il fut brièvement Premier ministre de Castro avant sa rupture avec le dictateur et sa fuite vers la Floride. Avant la baie des Cochons, Cardona dirigeait le comité des Cubains anti-Castro qui coopéraient en secret avec la CIA et la poignée de responsables impliqués dans le projet d’invasion. Si les exilés cubains avaient réussi à conquérir une partie substantielle de leur île, ils auraient déclaré Cardona président provisoire de Cuba

[6Le mardi 18 avril au soir, lors de la réception annuelle donnée à la Maison Blanche pour le Congrès, John F Kennedy fut appelé dans la salle du Cabinet, où une carte des Caraïbes avait été disposée, avec de petits bateaux aimantés. Kennedy dit à l’amiral Arleigh Burke, chef de l’U.S. Navy : « Je ne veux pas que les États-Unis soient impliqués là-dedans. » Burke répondit : « Bon sang, monsieur le président, nous le sommes pourtant ! » (Beschloss ; The Crisis Years, p. 122). En guise de compromis, le Président autorisa six jets de l’USS Essex à survoler la tête de pont pendant une heure

[7Le mercredi soir, alors que les Kennedy participaient à un dîner présidé par Constantin Karamanlis (1907-1998), Premier ministre grec, à l’ambassade de Grèce, John F. Kennedy savait que l’invasion était un échec inévitable.

[8Le 21 avril 1961, lors d’une conférence de presse, le Président déclara : « Selon un vieux dicton, la Victoire a cent pères mais la Défaite est orpheline. » John F. Kennedy assuma la pleine responsabilité de l’échec en tant que « responsable du gouvernement ». Les Américains lui accordèrent leur soutien et il atteignit dans les sondages le plus fort taux d’approbation de sa présidence, 81 %.

[9John F. Kennedy se sentait responsable des quelque 1 200 envahis­seurs capturés par Castro. Il était prêt à affronter les critiques dans son propre pays en encourageant une campagne publique, dont un Comité « Des tracteurs pour la liberté », dirigé par des Américains éminents, pour verser la rançon exigée par Castro : 60 millions de dollars, en tracteurs, médicaments, aliments pour bébé et matériel médical, en échange de leur libération. En décembre 1962, les Kennedy accueillirent les Cubains libérés lors d’un congrès bruyant à l’Orange Bowl de Miami. Jacqueline dit en espagnol aux ex-prisonniers qu’elle espérait que John deviendrait aussi courageux qu’eux.

[10Erneido Oliva Gonzalez (1932-) était commandant adjoint de la brigade d’invasion 2506 et venait d’être libéré des geôles de Castro. L’année suivante, il reçut en même temps que certains de ses camarades le rang d’officier supérieur de l’armée américaine.

[11Si Oliva et ses camarades étaient déçus, c’était en grande partie parce que le président Johnson venait de mettre un terme à l’important programme d’action clandestine contre Cuba qu’avaient supervisé les frères Kennedy.

[12À l’Orange Bowl, tandis que les Cubains libérés criaient « Guerra ! Guerra ! Guerra ! », John F. Kennedy, très touché, accepta le drapeau de la brigade 2506 et s’engagea à le remettre « dans La Havane libre ».

[13En avril 1961, John F. Kennedy approuva une version révisée d’un plan secret légué par Eisenhower pour envoyer des exilés cubains, soutenus par la CIA, envahir Cuba afin de renverser le gouvernement de Fidel Castro. Quand le débarquement de la baie des Cochons échoua, causant au président un embarras colossal moins de trois mois après son investiture, Kennedy en assuma publiquement la responsabilité.

[14J. William Ulbricht (1905-1995) fut sénateur démocrate d’Arkansas de 1945 à 1975. Membre du Comité des relations étrangères au Sénat, présidé par Fulbright, John F. Kennedy avait admiré son allergie a la sagesse conventionnelle, mais il savait que comme secrétaire d’État, Fulbright aurait été condamné par son opposition aux droits civiques et par son soutien déclaré aux États arabes, qui l’auraient gêné pour négocier avec les pays d’Afrique et avec les pays d’Afrique et avec Israël, et qui auraient pu éloigner les électeurs afro-américains et juifs.


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