Le Ministre écrivain ou l’écrivain Ministre !

lundi 5 mars 2012

Un article de Graziella Pogolotti paru dans la revue digitale "Juventud Rebelde" traduit par Mireille Tixe Cobian. (Voir dans le Post-Scriptum le CV de Graziella Pogolotti)

Présentation d’un nouveau livre d’Abel PRIETO, Ministre de la Culture de la République de Cuba.Conteur, écrivain, éditeur et enseignant Abel Priéto est aussi député à l’assemblée nationale et ancien Président de l’Union des écrivains et artistes. Il avait participé à nos cotés et à ceux de Marie Hugo notamment à l’inauguration de la Maison Victor Hugo à La Havane.

Voir à la fin de cet article l’annonce du départ d’Abel PRIETO du Ministère de la Culture

Les voyages de Miguel Luna

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Le dernier roman d’Abel Prieto place le lecteur devant un livre hilarant. L’auteur emploie tous les registres de l’humour, de la farce jusqu’à la parodie et la satire qui frôle la démesure, le grotesque.

Mais attention. Il faut se souvenir de Rabelais qui fit de ses géants, les protagonistes d’une aventure destinée à abattre le dogme scolastique et, retranché dans la Sorbonne, refonder l’humanisme. Le Quichotte, voyageur de l’utopie, drôle et pathétique, exemplaire à sa manière, appartient à la même tradition et en ce sens, il est proche du cubain Miguel Luna.

Le titre de l’œuvre inquiète par sa rare innocence. Il évoque de nombreuses lectures juvéniles, Defoe, Stevenson, Conrad, Melville. Car le terme a acquis, à travers un long processus culturel ; un riche spectre de connotations sémantiques.

On voyage à travers le temps et l’espace, dans le passage de la naissance à la mort, dans l’imaginaire des aventures de science- fiction et dans les profondeurs de l’être humain. Le légendaire Thésée et le non moins mythique Dante Alighieri s’aventurèrent, au-delà de la mort, jusqu’aux abîmes infernaux.

Dante disposait de la compagnie de Virgile. Avec un certain sarcasme, Miguel Luna rencontre son guide en la personne de Isaias M. Romero, initiateur aux mystères de l’au-delà.

Le récit diachronique se développe un sur deux plans qui alternent dans des chapitres successifs. L’un d’eux, la vie du protagoniste, raconte, comme il se doit, sa naissance et son éducation dans le milieu campagnard de Pinard del rio, son déménagement dans la maison de Marianao, ses études jusqu’à l’université, son entrée dans les clubs éthyliques des écrivains affiliés au Huron Bleu de l’UNEAC.

Grassouillet et myope, Miguel Luna rêve de voyager. Finalement, la possibilité anxieuse de le faire se présente. Il ira en Molgavie, île de la mer Noire, intégrée au camp socialiste. Le second plan de la narration relate l’expérience du personnage dans l’environnement d’une forme hyperbolique de la politique.

Sur une scénographie faussement fastueuse, où ce que nous appelons réalité est le reflet du grand opéra historique, durant 12 heures, s’offrent des figures hiératiques porteuses du même discours grandiloquent et vide. Miguel Luna assistera à la chute de cet univers, remplacé rapidement par la consommation capitaliste et la chute des valeurs. La satire dévoile les fissures fondamentales de ce projet pseudo socialiste. Divisée en trois zones géographiques, l’île imaginaire se nourrit de formes d’oppression d’inspiration raciste. Les gens du nord exercent le pouvoir. Les habitants du centre, greffes d’homme et de chèvre, se consacrent à la production. Au sud, les nains pêcheurs, à la base de la pyramide préservent l’authentique atmosphère révolutionnaire. Ils s’opposeront à la chute et seront sacrifiés. Persécutés et affamés, ils seront toujours prêts à offrir la véritable solidarité.

Chez les dominateurs, par contre, règne la double morale, la contradiction entre les paroles et les actes. La trahison s’épanouit parmi eux.

Au dialogue entre les deux plans du roman, histoire parallèle de la vie du personnage et de l’île imaginaire, s’ajoutent des fragments de textes de l’écrivain Miguel Luna, évidences d’autres clefs dans la trame. Dans l’un d’entre eux, projection d’une écriture rêvée, un arabe, déboussolé, erre dans le désert.

Comme le protagoniste, à un moment donné, le sens de la vie lui a échappé. Sa raison d’être s’est diluée à un quelconque croisement. Il a croisé l’utopie et n’a pas su la reconnaître et le préserver. Il a conquis la femme rêvée, Eloïse, au nom russe, splendide héritière de trois cultures- tricontinentale lui dit-on, historienne, fidèle à la vérité liée à des principes irréductibles.

La structure des Voyages de Miguel Luna se détache sur une prose d’une élaboration raffinée. Le texte se déroule sans obstacles. Il explore sans concessions à la vulgarité, de nombreux registres du parler populaire cubain, jusqu’atteindre l’extrême havanité de Wiily, conseiller culturel en Mulgavie.

Comme avait prévenu le Che et le réaffirme l’arabe perdu dans le désert, à la croisée des chemins, les routes bifurquent jusqu’à s’éloigner du destin préfiguré.

L’écrivain multiplie les lignes de fuite à travers l’emploi abondant de l’intertextualité. Le lecteur découvre, dans une aventure intellectuelle qui est aussi une manière de voyager, des références à une riche tradition littéraire.

Certains clins d’œil complices font allusion aus formules narratives typiques des livres destinés à la jeunesse. Ainsi la mention réitérée de « notre héros », appliquée ironiquement à un personnage vaincu par les circonstances, sa vulnérabilité, sa myopie et sa nonchalance. Le jeu, nous le savons bien, est une manière d’explorer la réalité, de voyager à la recherche de ce qui est caché. Abel Prieto dialogue avec Le vol du chat, son premier roman.

Enfin, la crise économique convoque à une réflexion sur les valeurs opposées de Marc Aurèle et Freddy Mamoncillo. Il confronte la rigidité austère du premier à l’hédonisme du second. Le débat se pose en termes de comportement individuel.

Sans dédaigner la responsabilité personnelle, Voyages … cerne la perspective du lien primordial entre éthique et politique dans un panorama où le local est présent dans les caractéristiques du langage et l’allusion à des lieux très précis, tout en se projetant dans une dimension planétaire.

Comme il l’a fait dans Le vol du chat, Abel Prieto, avec Voyages de Miguel Luna, s’adresse à un interlocuteur lucide et actif. Il l’invite à en profiter pour réfléchir aux thèmes qui aujourd’hui nous effraient.


Abel Prieto est nommé assesseur du Président Raul Castro

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Par Tania Hernández | | |
La Havane, 6 mars, (RHC).- Le Conseil d’état de Cuba, sur proposition de son président, a décidé de libérer Abel Prieto de sa charge de Ministre de la Culture, poste qu’il a occupé pendant 15 ans.

En raison de son expérience et des résultats positifs obtenus dans l’exercice de ses fonctions, Abel Prieto a été désigné assesseur du Président Raúl Castro.

Rafael Bernal Alemany, qui occupait depuis 1997 le poste de premier vice-ministre de la Culture a été promu au poste de ministre.


Graziella Pogolotti : née à Paris en 1930 de père peintre célébre à Cuba, vient d’en l’ile à l’age de 7 ans...Elle participe aux conseils de rédaction de nombreuses revues, auteure de nombreux ouvrages, Présidente deu Conseil Consultatif du Ministère cubain de la Culture, elle est vice présidente de l’Union des Ecrivains et Artistes de Cuba ; Une autorité culturelle incontestable...


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