Qui a inventé que Cuba a interdit le reggaeton ?

samedi 22 décembre 2012

Un article de Joseph Manzaneda (CubainInformacion Coordinateur)

Traduit par Michel Taupin
et publié par l’association Cuba Si France

La désinformation poursuit ses ravages dans les médias internationaux. La note qui se veut percutante a été reprise sans nuance par la plupart des organes de presse de notre pays. Tout ce qui peut nuire à Cuba est bon à prendre.

Mais le proverbe dit "Les chiens aboient, la caravane passe"

RG

A aucun moment il a été question d’interdire le reggaeton !

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De nombreux médias internationaux prétendent que le gouvernement de Cuba vise à interdire le reggaeton, populaire parmi les jeunes insulaires et en Amérique latine. Ces medias ne laissent aucune place au doute : "Cuba interdit le reggaeton et de le danser dans les rues", "Les interprètes et diffuseurs de reggaeton à Cuba seront punis", "À Cuba interdiction du reggaeton vulgaire", ou "La dictature de Castro interdit le reggaeton à Cuba".

Mais y a-t-il quelque chose de vrai dans tout cela ? Est-il possible que tant de médias à la fois, osent inventer une "interdiction" qui n’existe pas ? Il semble que oui.

"Cuba proscrit le style musical reggaeton" est la conclusion qu’un média a tirée de l’interview accordé à un journal cubain par le Président de l’Institut Cubain de la Musique, Orlando Vistel, qui à aucun moment a parlé d’interdire le reggaeton.

Le fonctionnaire cubain, cependant, se joint à de nombreuses critiques venues de musiciens et intellectuels de l’île à propos de la charge sexiste et machiste que comportent souvent les paroles des chansons et les clips d’artistes de reggaeton qui portent atteinte aux femmes cubaines en les traitant de manière grotesque et comme des "objets sexuels."

Il explique que sa critique n’est pas dirigée "exclusivement contre le reggaeton", mais contre toute pratique musicale qui banalise le "sexisme, la vulgarité et la médiocrité."

Orlando Vistel annonce en effet un projet de réglementation des "usages publics de la musique." Ainsi peut-on s’attendre à ce que les chansons -de tous styles- qui font l’apologie du sexisme, de l’homophobie, de la xénophobie, de la discrimination ou de la violence sociale, ne seront pas programmées dans les médias de Cuba.

Cette pratique est le plus souvent considérée comme normale, civilisée et juste, dans beaucoup d’autres pays. En effet, combien de publicités ou de clips sont retirés du paysage audio-visuel suite aux allégations de certains groupes ou institutions sans que les médias internationaux mentionnent que ce sont les gouvernements de ces pays qui "interdisent" telle chanson, tel style musical ou tel artiste.

En réalité, ces dernières années, à Cuba, est apparue une vraie préoccupation, largement répandue parmi les intellectuels et les institutions, à propos des valeurs rétrogrades et discriminatoires transmises par les paroles de certaines chansons très populaires dans l’île et dont beaucoup proviennent du reggaeton.

En 2011, la question est venue à la Commission d’Assistance à la jeunesse, à l’enfance et à l’égalité de la femme cubaine du Parlement.

L’Union des écrivains et artistes de Cuba (Uneac), une organisation caractérisée par une pratique non dogmatique, a préconisé une réglementation juridique des espaces publics musicaux.

La Fédération desFemmes Cubaines et la Maison d’Edition de la Femme de Cuba ont dénoncé le fait que dans de nombreux espaces publics, le contenu de plusieurs chansons reggaeton, portait atteinte à la dignité de la femme.

Et le Réseau Latino-américain de la Masculinité, basé à La Havane, a organisé des ateliers de discussion et de réflexion avec des artistes cubains de la pop, salsa et reggaeton.

En novembre 2011, lors de la remise du Prix Lucas de la meilleure musique cubaine, Cuba a vécu un moment d’intenses controverses.

Après les protestations d’organisations comme la Fédération des Femmes Cubaines, la vidéo de la chanson "Chupi Chupi" du chanteur de reggaeton Osmani Garcia, a été retirée de la phase finale de la remise des prix, malgré cinq nominations dont celle de la "vidéo la plus populaire", et une diffusion pendant des mois à la télévision nationale.

Comme aujourd’hui, l’affaire a été traduite dans les médias internationaux comme un cas de "censure du gouvernement."

En revanche, aucun de ces médias n’a mentionné une seule fois le mot "gouvernement" pour signaler que, quelques mois auparavant, un clip vidéo de la chanteuse Rihanna a été retiré des téléviseurs de onze pays, dont le Royaume-Uni et la France, qu’un clip de Robbie Williams a été éliminé de la BBC sous la pression de diverses associations de retraités, et qu’un clip du groupe No Doubt a été retiré après les protestations de groupes locaux (pour ne citer que trois cas récents).

Dans cette interview, le président de l’Institut cubain de la musique, Orlando Vistel mentionne un autre aspect dénoncé par des intellectuels et des musiciens de l’île : la mauvaise qualité musicale de beaucoup de chansons reggaeton et qui, malgré cela, disposent d’une présence disproportionnée à la radio et à la télévision dans le pays.

Orlando Vistel propose dans l’interview que les médias cubains rééquilibrent la diffusion des différents styles musicaux, pour mieux refléter l’immense variété et la richesse musicale de Cuba, aujourd’hui partiellement éclipsée par l’hégémonie du reggaeton.

Des musiciens, des universitaires et des journalistes sur toute l’île sont conscients du fait qu’on ne peut combattre avec des interdictions, le reggaeton dans sa forme la plus chauvine et la plus vulgaire.

Sa popularité parmi les plus jeunes pose des problèmes beaucoup plus profonds tels que la perméabilité de certains secteurs de la société à des messages réactionnaires et discriminatoires et une perte de la force des idées profondément ancrées dans la société cubaine comme l’égalité, la non-discrimination ou la solidarité.

Dans tous les cas, le reggaeton, ne sera pas interdit à Cuba. C’est seulement une régulation légale qui pourra peut-être faire disparaître de la télévision et de la radio ses représentants les plus grossiers et sexistes.

Mais les débats dans un pays qui ne renonce pas à préserver ses valeurs sociales et sa richesse musicale acquises depuis des décennies, semblent envoyer un message trop complexe pour les médias internationaux, en particulier ceux liés à la musique.

La chaîne Être, du groupe espagnol Prisa, a non seulement sur son site web, titré "Cuba interdit le reggaeton sur l’île", mais a déclaré, en se référant à une des chansons du groupe de reggaeton Baby Lores qui rend hommage à Fidel Castro, "qu’à partir de maintenant, toutes les dédicaces musicales au Commandante devront être faites dans un autre style musical."

Il y en a toujours un pour élever la note dans la mélodie de la manipulation contre Cuba.

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Association Cuba Si France
Coopération et Solidarité avec Cuba et le Peuple Cubain
94, boulevard Auguste Blanqui - 75013

Lire aussi la chronique publiée par Jacques Lanctot -

http://fr.canoe.ca/infos/chroniques/jacqueslanctot/archives/2012/12/20121221-114544.html


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