Napoléon à la cinémathèque de Cuba

dimanche 13 janvier 2013

Depuis le "Napoléon" d’Abel Gance, en 1927, jusqu’à nos jours, le personnage de Napoléon Bonaparte a toujours fasciné les cinéastes du monde entier.

Milos Forman, Sacha Guitry, Henry Koster, Antoine de Caunes ou encore Serguei Bondarchuk, entre beaucoup d’autres : c’est le regard de ces réalisateurs sur celui qui fut, tour à tour, jeune général révolutionnaire, Premier Consul de la République, Empereur, puis déporté sur l’île de Sainte-Hélène, que le public pourra découvrir, au cours des 13 films proposés durant ce mois de janvier.

"Napoléon et son image cinématographique"

Ci-après, l’éditorial de M. Jean Mendelson, Ambassadeur de France à Cuba, sur ce cycle.

Rien d’étonnant à ce que Napoléon ait envahi le 7ème art : peu de personnages ont d’abord envahi l’Histoire comme il l’a fait, avant de mettre le feu à la littérature, depuis Victor Hugo jusqu’à Anthony Burgess, en passant par Pouchkine, Dumas et tant d’autres.

Mais le cinéma s’est heurté rapidement à une difficulté majeure que ne rencontrait pas la littérature : comment représenter le premier homme politique de l’histoire contemporaine - et sans doute le premier de l’Histoire - qui s’est attaché à créer lui-même sa propre image, qui a su imposer de lui-même une représentation à nulle autre pareille ?

Demandez à n’importe quel habitant de notre planète, disposant d’un minimum de savoir historique, qui il devine derrière un homme de petite taille, vêtu d’une modeste redingote grise, coiffé d’un curieux chapeau profondément enfoncé parallèlement aux épaules, la main droite cachée dans le gilet, et il vous répondra "Napoléon" presque aussi sûrement qu’il reconnaîtra Jésus si on lui décrit un crucifié portant une couronne d’épines, le flanc droit percé d’un coup de lance...

Rendre une telle image crédible a représenté, depuis les débuts du cinéma, une gageure. Pour comprendre l’immensité du défi pour les cinéastes, commençons par nous demander quel Napoléon veut-on montrer.

Est-ce le jeune général révolutionnaire et robespierriste, le jacobin convaincu, maigre et fiévreux, tel qu’Albert Dieudonné le campe en 1927 dans l’inoubliable Napoléon d’Abel Gance, ou Daniel Gélin en 1955 dans celui de Sacha Guitry ?

Est-ce le Premier consul de la République et le jeune empereur, parvenant à 30 ans à canaliser le torrent révolutionnaire et à briser les menées contre-révolutionnaires, comme Raymond Pellegrin dans le même film de Guitry ou Pierre Mondy en 1960 dans l’Austerlitz de Gance ?

Est-ce l’Empereur bedonnant et déjà malade, s’éloignant souvent de son engagement de jeunesse, mais sans jamais perdre l’appui populaire, comme le très surprenant Rod Steiger en 1970 dans le Waterloo de Sergueï Bondartchuk ?

Ou bien est-ce le déporté de Sainte-Hélène, emprisonné jusqu’à sa mort par les tyrans "de droit divin" - parce que, en dépit de ses écarts et errements, il continuait de symboliser la Liberté et l’Egalité -, comme le convaincant Philippe Torreton en 2007 dans le Monsieur N. d’Antoine de Caunes ?

Quelques grands créateurs du 7ème art se sont frottés à la difficulté : certains y ont créé un chef d’œuvre (Abel Gance, un des pionniers du cinéma), d’autres y ont laissé une image marquante et reconnue comme crédible par les historiens (Sergueï Bondartchuk, un des grands noms du cinéma soviétique).

D’autres, moins ambitieux, s’en sont pris à l’homme privé pour broder autour de ses amours des films historico-romantiques comme Hollywood les aime : on vit ainsi Napoléon joué invraisemblablement par Charles Boyer en 1937 aux côtés, heureusement, de Greta Garbo dans le Marie Walewska, de Clarence Brown, ou brillamment par Marlon Brando, seul à sauver du naufrage en 1954 le Désirée d’Henry Koster ; d’autres encore, parmi les plus brillants comédiens de leur génération - Jean-Louis Barrault en 1941, Patrice Chéreau en 1985 - ont rendu un Bonaparte crédible par leur seul talent ; d’autres sont même parvenus à effacer le personnage, le présentant comme un bouffon (Christian Clavier dans la série de télévision de 2002) inexistant derrière Gérard Depardieu/Fouché ou John Malkovitch/Talleyrand.

D’autres, enfin, parmi les plus grands, ont rêvé de se lancer sur les traces d’Abel Gance sans jamais parvenir à passer à l’acte : Charles Chaplin et Stanley Kubrick, notamment. C’est peut-être chez eux qu’on trouvera la meilleure des images de Napoléon au cinéma, celle qui ne se heurte pas avec notre imagination. On a dit que le Napoléon de Stanley Kubrick, avec lequel il a vécu pendant quarante ans, était the greatest movie never made, "le plus grand film de l’Histoire, celui qu’on ne verra jamais" : gageons que le comédien que Kubrick n’a pas trouvé pour cet impossible défi demeurera l’image la plus fidèle des représentations cinématographiques d’un personnage totalement, radicalement hors du commun.

Jean Mendelson, ambassadeur de France à Cuba.


http://www.ambafrance-cu.org/Napole...

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