Voyage au delà du tourisme (5)

samedi 9 février 2013
par  Jacques Burlaud

Mes excuses les plus plates auprès de Jacques.

Les photos qui accompagnaient sont message ont disparu mystérieusement de mon ordinateur. J’avais sauvegardé l’article, dans un fichier Word, mais pas le message Outlook ! Quelle cuisine... Pour un article qui mérite que l’on s’y attarde, tant Jacques y a mis du coeur, de la tendresse, de l’amour et de la solidarité...

JACQUES ME LES A RENVOYÉES ..... JE LES RÉINTÈGRE DONC

RG

MES PETITES NEGRESSES PAUVRES

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J’ai retrouvé, à l’occasion de ce séjour, bon nombre de « mes petites négresses pauvres » dont j’avais déjà, à plusieurs reprises, évoqué la situation dans mes messages des années précédentes.

Pour d’éventuels nouveaux lecteurs, je m’empresse de préciser – et de rappeler pour les fidèles – que le choix de chacun des mots de cette formule - que j’aimerais un jour pouvoir utiliser sans avoir recours à d’hypocrites guillemets – ne comporte ni maladresse ni provocation et qu’il serait absurde d’y chercher autre chose que des marques fortes de tendresse, d’amour et de solidarité.

Il m’est difficile de cacher ma préoccupation ( = inquiétude - le mot est-il bien clair en français ou est-ce l’effet d’une contagion hispaniste ?) devant la situation de la quasi-totalité d’entre elles et surtout devant les marques de désespérance que j’ai cru percevoir ça et là dans leurs propos, leurs regards, leurs demandes…

Ces jeunes femmes, dont une bonne partie vit comme mamans célibataires (mais ce dernier terme est impropre car il inclut comme une part de choix, ce qui, pour la très grande majorité d’entre elles, est totalement inexact) se retrouvent dans une situation économique, sociale et familiale extrêmement difficile.

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Larguées, bien souvent dès les premiers mois de la grossesse, par un époux ou un compagnon promptement séduit par une nouvelle aventure, totalement abandonnées sur le plan matériel, elles comme l’enfant qu’elles mettent au monde, n’ayant comme unique solution de logement que le retour dans la maison familiale (c’est-à-dire bien souvent celle de la mère qui a subi le même sort quelques années plus tôt), ces jeunes femmes d’une petite ou grande trentaine d’années ressentent et expriment de plus en plus précisément un sentiment d’enfermement dans une vie sans issue.

La promiscuité extrême, l’absence totale d’intimité (il faut bien souvent partager une pièce - voire un lit -avec mère, sœur, enfant, cousine et parfois bien d’autres parents réunis sous un même toit), le sentiment d’inéluctable dépendance, matérielle et donc également morale, vis-à-vis de parents souvent vieillissants, et l’impression de ne pas entrevoir de perspective pour pouvoir offrir un jour à son enfant des conditions meilleures amènent parfois ces femmes à des constats désespérés et à des espoirs tragiques.

Certaines d’entre elles sont des travailleuses de haut niveau, dont les qualités et les compétences sont reconnues et saluées, porteuses de valeurs morales et sociales fortes et très responsables. D’autres sont d’ex-lycéennes qu’une rencontre passionnée ou une grossesse juvénile a détournées de leurs études.

D’autres encore s’éreintent dans des travaux pénibles qui leur rapportent moins que le nécessaire… Alors, l’envie d’avoir une maison à soi, pour elles et leur(s) enfant(s), aussi petite et rudimentaire soit-elle, les conduit à une sorte de quête, lucide et sans illusion, de celui qui les « aidera » (ayúdame), peu importe qu’il les aime ou non, et leur envie de sortir de cette situation très inconfortable les ramène au cycle infernal de la soumission…

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Je sais qu’en écrivant cela je vais m’attirer quelques foudres, je sais que cette peinture-là n’a rien d’idyllique, je sais qu’on va me reprocher de ne m’intéresser qu’aux plus pauvres et m’indiquer que mes commentaires ne sont pas représentatifs de la réalité de l’ensemble de la population cubaine, mais est-ce ma faute à moi, si mes amitiés sont celles-là et si les relations que je partage et les êtres que je rencontre dans ce milieu-là me touchent infiniment plus fortement que d’autres types de rencontres !

Ne simplifions pas pour autant ! Les choses ne sont pas aussi facilement décryptables : L’éducation sexuelle et l’information sur les diverses formes de contraception, à destination des filles et des garçons, existent à l’école et sont largement relayées à la télévision ou par des actions de rue menées par les travailleurs sociaux.

Les préservatifs masculins VIGOR sont présents sur la quasi-totalité des listes de prix des cafés et autres points d’approvisionnement, aux côtés des croquettes de viande hachée, des sandwiches au jambon, du rhum et des cigares communs.

L’avortement est légal et pratiqué – dans les deux premiers mois de grossesse - dans un contexte médicalisé qui offre toutes les garanties de santé. En cas de divorce, la loi fait obligation au conjoint séparé d’apporter, dans la mesure de ses moyens, une aide matérielle à l’éducation et l’entretien de son enfant. Cette loi-là est connue mais aucune des mères solitaires que j’ai rencontrées n’envisage d’y avoir recours, malgré la très grande détresse de leur situation, histoire d’amour propre, disent-elles en accompagnant ce propos d’un sifflement sonore et manifestement chargé d’un immense mépris.

L’amour est omniprésent – celui des chansons romantiques, sur fond de pastel en dégradé et de regards perdus dans le lointain comme l’autre, beaucoup plus hard, des textes de regaeton, des danses torrides et de la drague, juvénile ou non.

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Pour les occidentaux que nous sommes, soucieux de comprendre et d’analyser, il nous faut sans doute aussi prendre en compte une différence culturelle fondamentale qui induit une perception profondément différente de la relation amoureuse, une organisation socio-familiale totalement autre qui, combinée aux contraintes de la pénurie de logement, intègre – parfois jusqu’à l’extrême – la mère et l’enfant, des héritages encore très présents dans certains milieux de traditions africaines machistes anciennes (C’est beaucoup plus délicat à avancer mais ce n’est pas exclu pour autant), une appréhension plus immédiate des choses de la vie et une relation moins culpabilisante avec les divinités…

On pourrait, bien sur, multiplier les explications.

On pourrait, sans grand risque, affirmer que la voie de l’amélioration franche des conditions de vie de « mes petites négresses pauvres » (qu’elles soient maman solitaire ou jeune adulte sans enfant) passera inéluctablement par le développement économique du pays, générateur de revenus qui assurent à tous les moyens de vivre décemment et porteur d’un puissant développement du parc de logements disponibles.

Ce ne sont là que quelques pistes de réflexion à usage personnel dont il est bien évident qu’elles ne changeront rien à la vie quotidienne des jeunes femmes dont je parle. N’y changeront rien non plus les mesures prises récemment par le gouvernement cubain et évaluées par les médias occidentaux comme des signes non équivoques de progrès comme le droit de voyager sans avoir à fournir d’invitation ou la possibilité d’acheter voiture, maison ou appartement.

La crise, que nos médias nous dépeignent complaisamment habillée en faillites de banques, en cours qui s’effondrent et en statistiques qui plongent, est un phénomène – ni météorologique ni surnaturel – qui affecte avant tout les plus pauvres à travers le monde et encore bien davantage dans les pays aux ressources limitées (acrobatique périphrase, non ?). Cuba, bien évidemment, n’échappe pas à la règle. Les choix d’orientation retenus ici font sans doute, malgré tout, que les effets en sont moins injustement répartis que dans d’autres pays comparables.

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J’espère simplement que mes amies sauront surmonter les passages de la désespérance.

A Y., danseuse époustouflante dans les temps de festivals, ouvrière agricole le reste de l’année, enceinte pour la seconde fois, d’une rencontre éphémère, avec un voisin de village (qui continue sa vie à deux pas de la maison de la fille qu’il a engendrée, sans même se soucier de son existence). Elle partage avec sa mère, sa première fillette, deux tantes et quelques enfants supplémentaires, une maison de bois au sol de terre battue dont le récent cyclone a arraché tout le toit,

A Y., 27 ans, professeure de sports et handballeuse de haut niveau, qui vit, avec sa maman (employée à l’abattoir) et sa sœur de 2 ans plus jeune qu’elle qui espère pour le mois prochain un boulot dans la cadre de la zafra, dans une maisonnette en chantier dont un seule pièce est habitable - pour autant que le terme puisse s’appliquer à une pièce au sol de terre et aux murs de parpaings nus, meublée de deux lits, d’une mini-armoire branlante, d’un ventilateur quasiment préhistorique et d’une minuscule TV en noir-et-blanc avec antenne en V héritée tout droit de la coopération avec l’URSS des années 60,

A M., sous-directrice d’une maison de la culture en zone rurale, désespérée de ne pas pouvoir économiser le moindre centavo des 10 000 Pesos cubains ( = 350 Euros) qu’il lui faudrait réunir pour acquérir une petite maison de bois où elle pourrait habiter avec sa fille de 3 ans en se dégageant de la « cellule » familiale de 11 personnes dont elle partage actuellement la vie sous le toit maternel,

A L., en fin de formation au métier d’orthophoniste qu’elle pratique déjà dans deux écoles de son village, brinqueballée avec son gamin d’un an et demi, de la maison des parents du père de l’enfant qui l’avait plaquée avant même que naisse le bébé, à la casa - déjà surpeuplée - de sa grand-mère,

A T., gamine fragile de 19 ans, fugueuse d’école avant même de boucler le doce grado (examen de fin d’études secondaires, indispensable pour envisager une poursuite d’études) hébergée pour l’instant dans l’appartement de deux pièces du frère (lui-même prof de sport reconverti dans la maçonnerie, branche plus lucrative) après qu’elle a quitté la maison de sa mère,

A Y., 37 ans, professionnelle confirmée du secteur de la restauration qui, même si elle entretient avec ses parents – mariés depuis 40 ans, mis à part une interruption d’un an et demi suite à un pas de côté de l’un ou de l’autre – d’excellentes relations, souhaiterait, pour elle-même comme pour sa fille de 10 ans, un univers autonome, intime et indépendant dont l’acquisition est totalement exclue dans les conditions actuelles

A Y., petite maman de deux garçons, qui gagne sa vie comme elle peut en travaillant à la récolte des oignons et qui essaie désespérément de faire sortir de terre un bout de maison dont l’avancée progresse au rythme de ses rencontres avec des « novios » qu’elle essaie d’entrainer dans son projet de construction,

A T., infirmière en milieu de carrière, dont les velléités de séparation d’avec un mari qui l’a trompée à plusieurs reprises, ne pourront trouver d’issue tant qu’elle n’aura pas pu réunir les sommes nécessaires pour faire de la moitié de la maison maternelle qui lui revient un habitat décent pour ses deux fillettes

No es facil

Trinidad
26 janvier 2013


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