LES BLOUSES BLANCHES SANS FRONTIÈRES

samedi 28 août 2010

Un reportage de Sébastien Madau pour le Journal LA MARSEILLAISE

Depuis plus de 10 ans, plusieurs milliers d’étudiants originaires du tiers-monde
sont formés gratuitement pour leur permettre de pratiquer la médecine dans
leurs pays d’origine.

L’Ecole latino-américaine de médecine (ELAM) a formé depuis sa création près
de 22 000 étudiants.

1998. L’ouragan Mitch ravage l’Amérique centrale. Cuba est épargné mais envoie
ses médecins dans les zones sinistrées. Les dégâts sont tels que le contingent
envoyé par La Havane ne suffit pas. “Plus jamais ça !” semble s’être dit alors le
président Fidel Castro qui proposera de former gratuitement à Cuba des jeunes du
monde entier jusque-là écartés des études de médecine dans leurs pays pour des
motifs économiques. L’Ecole latinoaméricaine de médecine (ELAM) est née.
Les premiers étudiants arrivent dès 1999. “Nous avons reçu des jeunes d’une
centaine de pays, y compris des Etats-Unis” indique Yoandra Muro Valle, vicerectrice
de l’ELAM. “Nous prenons en compte le fait que les élèves arrivent
d’horizons divers. Le but n’est pas de changer leur identité”. Aussi, il n’est pas
rare de voir dans les couloirs des jeunes dans leurs vêtements traditionnels.
Les élèves débuteront leur formation de cinq ans après une présélection, souvent à
travers les ambassades cubaines et l’accord du pays d’origine. L’Eglise catholique
ou des partis de gauche peuvent aussi servir d’intermédiaires. Les critères
d’admission : avoir son Bac, être âgé de 17 à 25 ans, ne pas souffrir de maladie
grave. “Le début de la formation est une analyse du niveau de chacun. Des cours
spéciaux seront ensuite dispensés. Enfin, les élèves seront répartis dans les
facultés de médecine de l’île avec les étudiants cubains”. Les étudiants recevront
durant leur formation 100 pesos mensuels, des vêtements, un uniforme et des
aliments. Bien évidemment, ces formations ont un coût que préfèrera taire la vicerectrice.
“L’effort financier est entièrement réalisé par l’Etat. Nous savons
combien coûtent ces études dans les pays occidentaux. Cela revient au même ici.
Sauf que c’est nous qui payons, pas l’étudiant !”
Santé rime avec solidarité
L’ELAM a reçu plus de 22.000 étudiants. Plus de 7.200 sont déjà repartis avec leur
diplôme en poche. Pedro, 20 ans, espère marcher sur leurs pas. Il a été informé de
l’existence de l’école grâce au parti sandiniste au pouvoir au Nicaragua (FSLN). “Je
n’aurais pas pu me former dans mon pays. C’est trop cher, alors qu’à Cuba c’est
gratuit”. Pour Leïla, 17 ans, le départ du Paraguay a été une déchirure. “Mes
parents souffrent de me savoir si loin, mais ils savent que c’est pour mon bien”.
De plus, “nous vivons dans une zone rurale. J’aurais dû aller à la capitale pour
étudier. Venir ici, c’est un poids en moins pour eux”. Actuellement en 1ère année,
elle espère pouvoir “pratiquer un jour dans mon village, où les médecins
manquent”.
Quant à Wenderley, chauffeur de taxi en Colombie, sa venue à l’Ecole est le fruit
d’une rencontre. “Un jour, je conduisais un diplômé colombien de l’ELAM dans
mon taxi. On a parlé. Le projet m’a plu, surtout en sachant que les études de
médecine en Colombie coûtent 4.000 euros par semestre”.
Pedro, Leïla et Wenderley, futurs médecins.
Une fois diplômés, ils retourneront chez eux. L’ELAM les laissera s’occuper de leur
intégration. “C’est à eux de faire valider leur diplôme. Chaque pays a son propre
système, nous les respectons” assure Yoandra Muro Valle. Après leur départ,
aucune enquête n’est réalisée. “Nous nous engageons à les former sans
contrepartie” promet la vice-rectrice. La plupart d’entre eux pratiqueraient dans
le secteur public. “Il se peut aussi que d’autres aillent vers le privé, par choix
personnel ou parce qu’il n’y a pas de système public dans leurs pays”.
L’objectif de l’ELAM est que les pays du tiers-monde possèdent “beaucoup de
médecins originaires du pays s’occupant des plus fragiles”. Une mission
actuellement assurée, entre autre, par des milliers de médecins cubains sur
plusieurs continents. “L’augmentation du nombre de médecins du cru permettrait
une diminution du nombre de Cubains envoyés à l’étranger”. Autant de moyens
humains qui seraient alors redéployés à Cuba où les besoins sont toujours présents.
“Que ces pays aient leurs propres médecins, c’est une bonne chose pour leur
indépendance. Mais ils pourront toujours compter sur Cuba”.
Une solidarité qui a fonctionné à Haïti après le séisme de janvier dernier. 400
Haïtiens de l’ELAM (diplômés et étudiants) sont partis en urgence rejoindre des
médecins cubains présents sur l’île bien avant la catastrophe dans le cadre de la
coopération entre les deux pays.
SÉBASTIEN MADAU
***************
Source : la Marseillaise sud-est - "Les blouses blanches sans frontières"
Article publié le 16 mai 2010 sur le quotidien "la Marseillaise" sud-est, P.IV



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