La puissance des livres...

dimanche 19 avril 2015

Chronique de Jacques Lanctôt publiée par le journal canadien CANOE

Deux grands hommes sont disparus cette semaine : l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano et l’écrivain et ex-éditeur français François Maspero. Deux en un seul jour, c’est trop.

Eduardo GALEANO

J’ai brièvement connu Galeano durant mon exil à Cuba, au début des années 1970. Il avait soumis son livre Les veines ouvertes de l’Amérique latine au prestigieux concours Casa de las Americas et même s’il n’avait pas remporté le premier prix de l’essai, on l’avait tout de même publié. C’est dans l’édition originale en espagnol que j’ai lu ce gros bouquin et sa lecture m’avait bouleversé. Galeano me donnait un véritable cours d’histoire, écrit dans une langue enlevante et forte. Je découvrais le pillage organisé par les Espagnols en Amérique latine et les vraies raisons de la colonisation.

Après avoir lu ce livre coup-de-poing, impossible de revenir en arrière, la brèche avait été ouverte. Un sentiment d’indignation m’avait envahi et je ne pouvais que désirer participer à la lutte d’émancipation des peuples latino-américains et condamner les nouveaux colonisateurs, l’empire américain qui vient justement de se faire remettre à sa place au dernier Sommet des Amériques qui s’est tenu au Panama.

De Cuba, Galeano écrivait : « J’ai aimé cette île de la seule manière qui soit : digne de foi, avec ses lumières et ses zones d’ombres. [...] Ni enfer, ni paradis. La révolution cubaine est l’œuvre de son peuple, elle s’est façonnée avec la boue et la glaise des humains et c’est justement pour cette raison, et non malgré cela, qu’elle est contagieuse. » Puis il stigmatisait ceux qui, parmi les intellectuels étrangers, l’avaient abandonnée en cours de route en la condamnant au feu éternel et en se faisant les complices du nouvel ordre mondial. Nous en connaissons quelques-uns ici qui font partie de la fabrique d’opinions. Ils se sont autoproclamés « cubanologues » et vilipendent Cuba du haut de leur morale tordue.

D’ailleurs, Galeano se demandait pourquoi les États-Unis, dans leur croisade contre Cuba, n’avaient pas encouragé leurs concitoyens à voyager sur l’île plutôt que de la boycotter puisque Cuba était réputée être un véritable enfer. Cela aurait normalement contribué à leur désenchantement vis-à-vis des idées de gauche et du socialisme.

Galeano est mort à 74 ans mais au moins, il aura vu la fin de la dictature dans son pays et l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de gauche. Alors qu’on envisage la levée du blocus économique, « Cuba nourrit toujours cette dangereuse folie de croire que nous, êtres humains, ne sommes pas condamnés à l’humiliation », a-t-il dit peu avant sa mort.

FRANÇOIS MASPERO

Quant à François Maspero, si je ne l’ai pas connu personnellement, je l’ai connu du moins à travers les livres qu’il publiait. C’est à la librairie L’Agence du livre français, que possédait M. Ferretti, alors époux de la militante indépendantiste Andrée Ferretti, avenue Bernard à Outremont, que j’ai lu mes premiers livres qui m’ont lancé dans la lutte révolutionnaire : Les damnées de la terre, Portrait du colonisé, Révolution dans la Révolution, La guerre de guérilla et bien d’autres, tous publiés dans la Petite collection Maspero (PCM). C’est d’ailleurs en son honneur que j’avais lancé ma propre Petite collection Lanctôt (PCL) lorsque j’étais à l’enseigne de Lanctôt éditeur.

À Paris, durant mon exil, j’ai fréquenté, jusqu’à leur fermeture, les deux librairies de M. Maspero, La joie de lire, qui étaient situées l’une en face de l’autre, dans le quartier latin. J’allais y déposer, sur des tables réservées à cet effet, les brochures, les tracts et tout le matériel de solidarité avec les luttes d’Amérique latine que je traduisais et même imprimais chez moi, à La Courneuve, en banlieue de Paris. C’est là aussi que les policiers des Renseignements généraux allaient s’approvisionner pour justement se tenir au courant de tout ce qui se tramait et se discutait dans les milieux de gauche de l’exil. Car Paris était alors une véritable plaque tournante.

C’est dans cette librairie que nous avons assisté, impuissants, sur un petit écran, aux dernières exécutions de militants basques en Espagne, dont certains furent tués par garrot vil, un supplice atroce, peu avant la lente agonie du dictateur Franco.

Je retiens ces mots de François Maspero, puisés dans Les abeilles et la guêpe : « Les nations existent, nous sommes nés dedans, nous avons appris le mot « nation » avec notre premier vocabulaire. Pour le Français né français que je suis, la nation, on me l’a appris dans mon enfance, c’était l’ensemble des êtres humains qui vivent sur le même sol, qui aiment ce sol et sont prêts à le défendre, tous unis par ce ciment-là : vie, amour, défense. »

C’est ainsi que je vois mon Québec.



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