À la poursuite de la trace perdue du Fossé du roi

Par Rolando Pujol – publié dans Excelencias News Cuba le 1er juin 2021

Ou comment fut en partie résolue, au 16ème siècle, la question de l’approvisionnement en eau de la ville de La Havane, dont de nombreuses traces subsistent au milieu d’une végétation foisonnante.
Nicole Bedez


Après sa fondation en 1519, la ville de San Cristóbal de La Habana ne fut, durant de nombreuses années, qu’un pauvre hameau dont les habitants devaient faire preuve d’ingéniosité pour vivre et trouver de l’eau potable.

Le problème a duré des décennies jusqu’à ce que le roi d’Espagne alloue enfin les fonds nécessaires à la construction d’un aqueduc pour acheminer les eaux du fleuve Almendares vers la ville. C’est Francisco Calona, l’ingénieur militaire qui a construit la Fuerza vieja, un fort calamiteux et inopérant détruit par les pirates français en 1555, qui a commencé le tracé et les travaux du canal, appelé en l’honneur du monarque la Zanja real ou Zanja del rey (Fossé royal ou Fossé du roi).

Fontaine en hommage au Fossé royal dans La Vieille Havane

Afin de ne pas rendre l’histoire trop longue, je vous dirai que la construction du canal d’irrigation a connu de nombreuses difficultés et des revers. C’est un autre ingénieur, Juan Bautista Antonelli, qui est parvenu à le terminer 26 ans plus tard, en menant l’eau jusqu’à La Havane le long d’un parcours sinueux de 13 kilomètres.

Pour que le précieux liquide arrive avec suffisamment de pression à destination, il a fallu construire le barrage de El Husillo, dans un coude du fleuve Almendares. Le Fossé royal a été le seul aqueduc dont a disposé la capitale cubaine de 1592 à 1835, date de la construction de l’aqueduc de Fernando VII, un désastre d’ingénierie sauvé ensuite par l’ingénieur cubain Francisco de Albear qui a construit l’aqueduc qui porte aujourd’hui son nom et qui fournit encore 15 % de l’eau consommée à La Havane.

La curiosité pour suivre la piste perdue de toute cette histoire datant de plusieurs siècles m’a amené à marcher environ deux kilomètres le long d’une petite route qui relie Puentes Grandes à la Papelera Vieja, tout près de ce qui était le barrage de El Husillo.

Là où se trouvait le réservoir colonial, il n’y a plus aujourd’hui qu’un triste ruisseau, pollué par les égouts. Le vieux pont en fer de ce qui était la fabrique de papier au XIXe siècle m’a permis de traverser le petit cours d’eau pour prendre des photos des vestiges archéologiques du barrage.

Aspect actuel du Fossé royal à El Husillo


Les grandes inondations du passé et l’abandon dans lequel a été laissé le lieu lorsqu’il a perdu sa prééminence ont contribué à la destruction du mur du barrage, dont il ne reste qu’un fragment dans son enclave d’origine.

Les vestiges du barrage de El Husillo qui alimentait le Fossé royal en eau

J’ai également découvert quelques embranchements du fossé encore parfaitement identifiables et les ouvrages en pierres conchyliennes de ce qui fut de grands réservoirs d’eau.

Les vestiges du canal couvert du Fossé royal servent d’abri aux chats

À l’est, les eaux presque stagnantes de ce qui était autrefois le Fossé du roi coulent à peine sous l’invasion des broussailles.

Fontaine de la Cortina de Valdés qui était alimentée par l’eau du Fossé royal