Agriculture urbaine : du scepticisme au succès

Partager cet article facebook linkedin email

Pinar del Rio accueillera le 27 décembre la cérémonie nationale marquant le 38e anniversaire de cette précieuse initiative, lancée par le général d’armée Raul Castro Ruz

Rien qu’à Pinar del Rio, le programme couvre 1 278 hectares sous différentes formes.
Photo : Ronald Suárez Rivas

Pinar del Rio. – «  Ici, dès que l’on fait une récolte, une autre prend le relais. Nous n’avons jamais de plates-bandes non ensemencées ». Dany Mena Garcia interrompt son travail pour confirmer ce qui est visible à l’œil nu.

Depuis longtemps, La Erea, un potager organoponique, situé sur l’une des rives du fleuve Guama, dans la ville de Pinar del Rio, ressemble à un jardin qui conserve différentes nuances de vert tout au long de l’année.

Lorsque les semences viennent à manquer, un parent les leur fait parvenir depuis l’étranger et lorsque le déficit d’électricité a commencé à mettre en péril le système d’irrigation, un projet de coopération internationale leur en a offert un nouveau qui fonctionne avec des panneaux solaires.

Ainsi, leurs 49 plates-bandes sont constamment plantées de légumes et de végétaux.

«  L’accueil est formidable. Les gens viennent chercher tous leurs légumes ici. Comme il s’agit d’un jardin potager en production permanente, les gens arrivent tôt le matin. Je ne sais pas combien de personnes sont déjà passées par notre point de vente aujourd’hui. »

Comme l’Erea, des milliers d’installations similaires confirment la validité de cette expérience, lancée par le général d’armée Raul Castro Ruz il y a 38 ans.

Rien qu’à Pinar del Río, il en existe plus de 300 qui, depuis plusieurs décennies, contribuent à promouvoir auprès de la population une culture de la consommation de légumes.

LE CHEMIN PARCOURU

On raconte qu’au début, la situation était bien différente et qu’une partie de la récolte devait être jetée faute de demande.

On affirme même que les détracteurs étaient nombreux, lesquels remettaient en question l’idée d’utiliser des ressources pour construire des plates-bandes au milieu de la ville, alors qu’il y avait tant de terres improductives à la campagne.

La vie finirait cependant par donner raison à ceux qui ont persévéré dans l’idée de mettre en place un nouveau modèle agricole.

Ainsi, les bettes, les épinards, la ciboulette, les carottes, les betteraves et une vingtaine d’autres cultures sont progressivement devenues partie intégrante du régime alimentaire de nombreuses personnes, aux côtés du petit groupe de légumes (tomates, choux, concombres, laitues) qui étaient proposés jusqu’alors.

Le programme d’agriculture urbaine, suburbaine et familiale s’est imposé comme le moyen le plus rapide pour l’agriculture cubaine de produire des denrées alimentaires après l’impact des cyclones et autres phénomènes météorologiques extrêmes.

En 2022, par exemple, l’ouragan Ian a détruit plus de 8 000 plates-bandes dans les potagers organoponiques et les cultures semi-protégées de Pinar del Rio. Cependant, un peu plus d’un mois plus tard, des légumes tels que la laitue, les bettes, les épinards et la ciboulette étaient déjà récoltés.

En outre, d’autres cultures étaient à un stade avancé de développement, comme les concombres, les haricots verts, les tomates, les carottes et les choux.

Lérida Maria Sanchez Diaz, cheffe du département chargé de ce précieux Programme au sein de la Délégation provinciale de l’agriculture de Vueltabajo, explique qu’à l’heure actuelle, celui-ci couvre 1 244 structures de production et un total de 1 278 hectares répartis entre des jardins potagers, des parcelles technicisées, des potagers intensifs, des cultures semi-protégées et des serres rustiques.

En 2025, la production moyenne y a atteint 10,2 kilogrammes par mètre carré.

Ce chiffre correspond aux prévisions faites en début d’année et confirme l’importance de cette expérience, malgré toutes les contraintes imposées par la réalité cubaine actuelle.

Sanchez Diaz affirme qu’à la fin du mois de décembre, environ 5 000 jardins auront également rejoint le programme dans la province, ce qui porte le total à 65 000, contribuant ainsi à l’autosuffisance des familles et des communautés de Pinar del Rio.

Elle reconnaît toutefois qu’il reste des questions sur lesquelles il faut continuer à insister, comme l’obtention de matière organique et la disponibilité de main-d’œuvre.

À cet égard, l’autonomie dont disposent aujourd’hui les structures de production pour gérer leurs activités, augmenter les salaires et garantir une partie des ressources nécessaires a été positive.

Miguel Espinosa Correa, administrateur du potager organoponique Ingeniería N° 1, situé dans le quartier Hermanos Cruz, dans le chef-lieu de Pinar del Rio, se souvient que la motopompe du système d’irrigation a brûlé et qu’ils ont attendu deux ans pour trouver une solution, car la ferme urbaine dont ils dépendaient n’avait pas les moyens d’en acheter une autre.

« Dès que nous sommes devenus usufruitiers, nous avons dit : avec l’argent de ce mois-ci, la première chose à faire est de résoudre le problème de la pompe. Nous sommes donc allés l’acheter dans une mipyme (PME) et nous avons trouvé une solution ».

Après 21 ans à la tête de cette unité, qui combine actuellement 0,5 hectare de plates-bandes et deux hectares de parcelles conventionnelles, il affirme que 2025 a été une année très fructueuse pour le programme.

L’Ingénieria N° 1 a été l’un des autres potagers organoponiques bénéficiaires dans la région, avec de nouveaux systèmes d’irrigation fonctionnant avec des panneaux solaires, grâce à un projet de coopération internationale visant à promouvoir l’utilisation des énergies renouvelables.

Grâce à d’autres initiatives qui ont également porté leurs fruits cette année, promues par les Nations unies, l’Union européenne et l’ambassade du Japon dans notre pays, le potager organoponique a reçu des semences, de nouveaux équipements pour le centre de fabrication de conserves et de condiments, ainsi qu’un tricycle pour aider à la commercialisation des productions dans les communautés environnantes.

Grâce à ces équipements, il fait aujourd’hui ses premiers pas dans la production de plantes aromatiques séchées et de plantes médicinales déshydratées, afin de continuer à élargir l’offre à la population.

«  La demande ne cesse de croître, ce qui nous incite à produire davantage », explique-t-il. Ainsi, 38 ans après la création des premiers jardins potagers urbains dans la province, plutôt que de faire face au scepticisme, l’agriculture urbaine est aujourd’hui confrontée à la nécessité de se surpasser et de multiplier ses résultats.