« Aller à La Havane », dernier livre de Leonardo Padura.
Léonardo Padura, comme son double Mario Conde, est indissociable de La Havane

"Aller à La Havane", la dernière publication chez Métailié de Leonardo Padura, est une magnifique mosaïque composée du récit d’une vie fidèle d’écrivain à la Havane, de portraits de Havanais et d’extraits de ses romans. On y assiste à la fois à son parcours d’enfant, adolescent, jeune adulte, écrivain, amoureux, ainsi qu’à à la naissance de son personnage clé Mario Conde.
DL
Toute l’histoire, toute l’aventure de l’urbanisme de La Havane prend vie dans ce roman hybride. Celle de son quartier natal, Mantilla, où il vit toujours dans la maison familiale construite par son père en 1954, là où ressurgissent ses souvenirs heureux des parties de base ball dans la rue, mais aussi celle bien sûr de la ville centre qui a agi et continue d’agir sur lui comme un aimant. « Aller à La Havane » pour y parcourir le Malecon, la Rampa, découvrir les glaciers, les salles de cinéma, l’Estadio Latinoamericano.
L’histoire court des années 60 avec ses images du capitalisme mafieux de cité cabaret des Caraïbes, avant la révolution, avec la « Période spéciale en Temps de Paix », ses files d’attente aux « guaguas », ses bicyclettes chinoises. Mais Padura revient aussi sur l’histoire des rues mal famées de San Isidro, dominées par la rivalité entre les maquereaux Alberto Yarini et Louis Lotto, ou celles des quartiers chics avec leurs beaux hôtels néoclassiques réhabilités ou les gratte-ciels et les grandes avenues de style nord-américain du Vedado et de Miramar.
Il nous donne la main pour cette balade de décryptage dans sa ville, avec de beaux moments de ce qu’il désigne comme l’ « étrangéité » : une sorte de sentiment d’exil face aux modifications de sa ville qui a traversé les ouragans de l’Histoire, ceux du climat, qui l’ont transformée, torturée, parfois détruite mais toujours remodelée.
Léonardo Padura, comme son double Mario Conde, est indissociable de La Havane, de son contexte, de son passé, de ses odeurs, de son tumulte, de son bruit de fond, de toutes ses contradictions. « Aller à la Havane » n’est pas un guide touristique (quoi que)
Les photos de Carlos T. Cairo éclairent ce livre qui est un véritable roman d’amour, d’un amour sans concessions.
« Aller à La Havane » (Ir a La Habana), de Leonardo Padura,
photographies de Carlos T. Cairo, traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis,
Editions Métailié, 366 p., 22,50 €