« Ceux qui misent sur une escalade agressive se heurteront à une nation soudée »

A Cuba, la population résiste malgré le blocus et les tensions avec les États-Unis

Partager cet article facebook linkedin email

Cuba fait face à une grave crise énergétique et sanitaire alors que les autorités évoquent les effets du blocus américain sur les services publics.

Washington multiplie les menaces envers la Grande île et semble y préparer une attaque. Pas de quoi effrayer les Cubains, qui se sont réunis ce week-end, comme de nombreux peuples solidaires à travers le monde.

Un article d’Axel Nodinot publié dans le quotidien l’Humanité du 25 Mai 2026

« Ceux qui misent sur une escalade agressive se heurteront à une nation soudée » : à Cuba, la population résiste malgré le blocus et les tensions avec les États-Unis


​​

Le pygargue revêt ses habits de vautour. Il a d’abord asséché et affamé Cuba au début de l’année, en capturant le président du Venezuela, Nicolas Maduro, pour mettre la main sur son pétrole, puis en imposant un blocus énergétique inhumain – et illégal – aux familles cubaines.

Il attend désormais de fondre sur sa victime, épuisée par ces longues semaines sans électricité, alors que l’été charrie avec lui la chaleur et les moustiques porteurs de maladies, ni matériel médical : l’ONU estime que plus de 110 000 opérations chirurgicales n’ont pas pu avoir lieu ces derniers mois, dont plus de 11 000 en pédiatrie. Épuisée, mais pas résignée.

À La Havane, la colère monte contre les nouvelles pressions américaine

Des milliers de Habaneros se sont réunis vendredi sur la bien nommée Tribune anti-impérialiste, sur le Malecon, à l’ombre de la statue de José Marti et de son doigt pointé vers l’ambassade des États-Unis, aux cris de « Viva Raul ! ». Ce rassemblement spontané fait suite à la décision d’un tribunal de Miami d’inculper Raul Castro, qui fêtera ses 95 ans dans quelques jours, pour avoir abattu un petit avion d’agents anticastristes de Floride en 1996.

Ou, comme l’appelle le président cubain, Miguel Diaz-Canel, la dernière « manœuvre politique » de l’administration Trump pour justifier l’injustifiable, un blocus de plus de soixante ans dénoncé chaque année par l’Assemblée générale de l’ONU. Tout cela pour briser le peuple cubain, le sacrifier en espérant qu’il se retourne contre le Parti communiste cubain (PCC) et les acquis de la révolution socialiste.

En outre, « une agression qui conditionne le développement de tout un pays et qui vise à modeler son destin par la pression et l’étouffement », résume l’ambassadeur de Cuba en France, Otto Vaillant, dans l’Humanité. Le 1er mai, la Maison-Blanche lançait déjà un ultimatum à toutes les entreprises étrangères qui opéraient encore sur l’île, provoquant le retrait de certaines d’entre elles, vitales, comme l’armateur français CMA CGM.

Cuba se prépare à une possible montée des tensions militaires

Il y a quelques jours, c’était la rumeur des 300 drones russes et iraniens acquis par le PCC, selon ce qu’ont laissé fuiter les services de renseignements états-uniens, dont la responsable, Tulsi Gabbard, a annoncé sa démission pour le 30 juin prochain. « Que Cuba représente une menace pour les États-Unis ne peut exister que dans l’esprit malade de certains responsables de l’administration actuelle des États-Unis, (…) qui mentent effrontément au peuple de cette nation et au monde pour justifier une nouvelle guerre irrationnelle et d’un coût potentiellement élevé en vies humaines pour les deux pays », a réagi ce vendredi Miguel Diaz-Canel.

Outre l’asphyxie des Cubains, Donald Trump et ses ouailles nationalistes préparent le terrain pour une éventuelle attaque militaire de la Grande île. Si les États-Unis n’ont eu de cesse ces dernières décennies d’envoyer des mercenaires ou de tenter d’assassiner les dirigeants cubains, une intervention militaire ouverte serait inédite depuis 1961 et la tentative de débarquement dans la baie des Cochons.

La Havane s’y prépare en tout cas sérieusement, avec la mobilisation de ses appareils et missiles de défense, évidemment mineurs face à la première armée au monde, ou des séances de tir et d’exercice organisées régulièrement pour les travailleurs.

La Chine et le PCF français affichent leur solidarité avec Cuba

Même celles et ceux qui sont harassés par le manque dans les rues de la capitale répètent que jamais Cuba ne deviendra une colonie des Yankees, dans l’esprit de la devise du pays, « La patrie ou la mort ». « Ceux qui misent sur une escalade agressive se heurteront à une nation soudée, consciente des risques et prête à réagir face à toute action qui mettrait en danger l’intégrité du pays », prévient Otto Vaillant.

Le pays peut aussi compter sur une forte solidarité à l’étranger. De nombreuses personnalités politiques et organisations, émues du sort du peuple cubain, qui a toujours pratiqué l’internationalisme en envoyant ses médecins et ses professeurs dans le monde entier, lui ont renouvelé leur soutien ce week-end.

Ce dimanche, Miguel Diaz-Canel a annoncé avoir reçu 15 000 tonnes de riz envoyées par Pékin, sur les 60 000 promises par la Chine, qui « soutient fermement Cuba dans la sauvegarde de sa souveraineté et de sa dignité nationales », a répété le ministère des Affaires étrangères chinois. En France, le PCF renouvelle « sa totale solidarité avec le peuple, le gouvernement cubain et le Parti communiste cubain contre la politique criminelle et illégale imposée par les États-Unis ». Le 11 juin, les députés du groupe GDR déposeront également une résolution demandant au gouvernement de « condamner le blocus et d’agir, en lien avec les Nations unies, pour venir en aide à Cuba ».

La crainte d’une nouvelle escalade politique avec les États-Unis

D’autres mesures concrètes permettraient d’aider l’île socialiste, comme l’utilisation au niveau européen de l’outil anticoercition, afin de casser les lois extraterritoriales de Washington, vis-à-vis des entreprises et institutions financières notamment. Mais Bruxelles reste attachée à sa laisse.

Lors d’une conférence de presse ce jeudi, la vice-présidente de la Commission européenne, Kaja Kallas, taisait complètement le blocus américain pour dénoncer « des décennies de mauvaise gestion et de répression politique » du gouvernement cubain contre son peuple. Sur le terrain diplomatique, que La Havane continue de privilégier, le Vatican, le Brésil et le Mexique tentent toujours de jouer le rôle de médiateurs.

Mais Donald Trump reste tenu en échec par l’Iran, à qui il a déclaré la guerre le 28 février aux côtés d’Israël. Et le président milliardaire convoite une victoire, à l’approche d’élections de mi-mandat qui s’annoncent difficiles pour les Républicains. Cuba craint alors que le faucon états-unien ne fonde sur elle.