Chronique culturelle du mois de septembre 2020

Le 12 juin de cette année, alors que le confinement touche encore plusieurs pays d’Amérique latine, Silvio Rodríguez lance son dix-neuvième album, Para la espera. Cet album est composé de treize chansons écrites pendant la décennie 2010, la plupart sont totalement inédites dont une instrumentale. L’entièreté de l’album a été réalisé par Silvio lui-même : il a écrit les chansons, produit l’album et en a même fait la pochette. 

Et, pour votre plaisir... et le nôtre, les chansons du CD "Para la espera" publiées sur YouTube : https://youtu.be/ubQgq19Fn7g

Après cinq ans, Silvio Rodríguez revient avec un album qui rappelle ses oeuvres de jeunesse

Photo : El Nuevo Diario

Depuis les années 1970, Silvio Rodríguez est une icône irremplaçable de la musique hispano-américaine. Ses chansons ont été chantées pour l’amour comme pour la révolution, pour la nostalgie comme pour l’espoir, pour la mort comme pour la naissance. Il est si enraciné dans l’imaginaire latino-américain que dans n’importe quel coin du monde hispanophone, seulement avec son prénom, on reconnaît sans aucun doute de qui il s’agit. 

Le dernier album que Silvio avait lancé était Amoríos, en 2015. Cet album, comme la plupart des albums récents de Silvio, présentait des chansons accompagnées d’un orchestre et de plusieurs instruments. Par contre, Para la espera, reprend l’essence originelle du chanteur et nous présente des chansons avec une guitare et une voix, en mettant en avant la poésie sans laisser de côté une valeur mélodique indéniable. En effet, ses premières chansons, comme celles de l’album Al final de este viaje (sorti en 1978, mais composé de chansons écrites entre 1968 et 1970) ou les inédits dont on peut uniquement trouver les vidéos qui passaient par la télévision cubaine à la fin des années 1960 et au début des années 1970 sur YouTube, nous faisaient écouter uniquement la voix de Silvio accompagné de sa guitare, une dose concentrée de mélodie et de poésie. 

Par contre, les premières chansons de Silvio étaient connues pour leur important engagement sur des thèmes politiques et sociaux. Il a écrit des chansons pour des personnages tels que Fidel Castro, le Che Guevara, ou pour des événements tels que le coup d’État au Chili en 1973. Les chansons de Para la espera sont beaucoup plus douces et les paroles relèvent d’une poétique moins matérialiste, bien que les paroles de Silvio aient toujours été abstraites et métaphysiques. Silvio lui-même décrit les chansons de Para la espera comme «  instropectives, douces  », même s’il n’a jamais aimé les chansons belles. Il ajoute qu’il se «  méfie un peu de ce qui est beau.  » 

Lorsqu’on écoute cet album, on sent clairement que c’est beaucoup plus personnel que ses derniers albums. En effet, comme dit auparavant, le fait que ça soit uniquement le poète et sa guitare, nous fait sentir en intimité, comme si on écoutait Silvio chanter dans son salon. De plus, les paroles des chansons de l’album, tout comme toutes les paroles de Silvio, sont des poèmes faits chanson. On dit très souvent de Silvio qu’il n’est pas un chanteur, mais plutôt un poète chantant. La sensibilité que les chansons de Silvio dégagent est sans doute incomparable. 

Une des chansons de l’album, ‘’Danzón para la espera’’, a été aussi accompagnée d’une vidéo réalisée par la fille de Silvio avec des clips tournés à la maison du chanteur. La vidéo a un air très «  low cost  » et intime, ce qui fait écho chez tout le monde pendant ces temps de pandémie. 

La dernière chanson de l’album, ‘’Página final’’, est une chanson instrumentale, chose très rare pour l’artiste. Même s’il a toujours été connu pour ses sublimes compositions, cette chanson montre un Silvio capable de faire de la poésie même sans utiliser les mots. Le langage musicale se fait poésie. 

Nicolás BONILLA CLAVIJO