Cuba asphyxié par les Etats -Unis
Nouvelles mesures d’urgence et grands sacrifices

"La situation est extrêmement difficile", résume Eduardo Canciano, 79 ans, ancien maire de la Vieille Havane. « Il faut dire que les stations-service, notamment, sont à sec. Il y a aussi moins de bus, les fréquences sont réduites. Le train aussi circule moins souvent. C’est pour ça que certaines entreprises travaillent seulement quatre jours par semaine et on encourage le télétravail ».
"La situation est difficile et exigera de grands sacrifices", a admis sur X le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez.
Les mesures prises par le gouvernement cubain doivent permettre d’économiser du carburant pour favoriser "la production de nourriture et la production d’électricité" et permettre "la sauvegarde des activités fondamentales qui génèrent des devises", a déclaré le vice-Premier ministre, Oscar Pérez-Oliva Fraga, citant notamment le secteur du tabac.
Tout cela n’est pas sans rappeler les options retenues pendant la « période spéciale », qui avait suivi la chute de l’URSS en 1991, alors principal fournisseur de pétrole à Cuba.
Les Cubains doivent encore réaliser des sacrifices pour tenir le plus longtemps possible face au durcissement du blocus américain.
Une situation dramatique qui donne tout son sens à la lettre adressée au Secrétaire Général des Nations Unies par l’Association Cubaine de Nations Unies, reproduite ci-dessous, et qui amène également à diffuser le message tellement touchant reçu très récemment d’une Cubaine, habitante de Baracoa.
« Sylvie, ma bonne amie. Le Président a déclaré que le pays était en situation D’URGENCE ABSOLUE. Imagine notre désespoir, notre tristesse, et toutes les pénuries que nous subissons. Il a dit que chaque région du pays consommera ce qu’elle est capable de produire. Autrement dit, nous allons mourir de faim. Mon amie, je suis très inquiète de ce qui nous attend. Merci de m’avoir écrit ; cela me fait très plaisir. Merci beaucoup. Bisous à tous. Prends soin de toi »
Que lastima…
SR
La société civile cubaine appelle l’ONU à intervenir en faveur de la paix
ACN | Photo : Extraite de Cubaminrex le 27 janvier 2026 - La Havane.
Selon Cubaminrex - site web du Ministère des Affaires Etrangères, des organisations de la société civile cubaine ont demandé au Secrétaire Général de l’ONU, António Guterres, d’exhorter le Président américain Donald Trump de renoncer à la menace ou à l’usage de la force contre l’intégrité territoriale et l’indépendance de Cuba.
La demande a été transmise par courrier signé de Norma Goicochea Estenoz, Présidente de l’Association Cubaine des Nations Unies (ACNU), dans lequel sont dénoncées les récentes déclarations de l’Administration américaine, qui enfreignent le Droit international et violent la responsabilité primordiale du Conseil de Sécurité de maintenir la paix et la sécurité internationales.
Le document rappelait que Cuba est un membre fondateur de l’ONU et soulignait que les menaces « d’asphyxier Cuba » constituent un acte de mépris pour la vie et la sécurité de millions de personnes, aggravé par l’impact du blocus économique, commercial, financier et technologique imposé par Washington depuis plus de six décennies.
La lettre témoignait également du soutien de la société civile à l’égard des autorités nationales engagées pour le bien-être de la population, qui se traduit au niveau des politiques publiques dans lesquelles l’ACNU participe tant pour leur conception que pour leur mise en œuvre.
Le texte soulignait que Cuba est une nation pacifique respectueuse du Droit international et appelait à la réciprocité de tous les États signataires de la Charte des Nations Unies afin de préserver les générations futures du fléau de la guerre.
Le document a été publié sur les comptes officiels de l’ACNU et intervient dans un contexte de manifestations de masse aux États-Unis contre l’administration Trump, qui ont été réprimées, ce qui met en évidence la contradiction entre son discours et sa pratique en matière de démocratie et de droits humains.
Compte tenu de son importance, ACNU reproduit la missive dans son intégralité :
Lettre adressée au Secrétaire Général des Nations Unies, António Guterres
ASSOCIATION CUBAINE DES NATIONS UNIES La Havane, le 23 janvier 2026
Excellence,
Je m’adresse à vous au nom des organisations et autres entités de la société civile cubaine, personnes physiques, dirigeants communautaires et divers acteurs membres et/ou collaborateurs de l’Association Cubaine des Nations Unies (ACNU).
L’ACNU est une organisation de la société civile cubaine fondée en 1947, qui bénéficie du statut consultatif spécial auprès du Conseil Economique et Social européen (ECOSOC) depuis 1999 et est membre de la Confédération des Organisations pour les Nations Unies (CONGO) et de la Fédération Mondiale des Associations pour les Nations Unies (WFUNA).
Depuis sa création, elle promeut et défend activement les résolutions et principes inscrits dans la Charte des Nations Unies et le multilatéralisme. Dans le même temps, elle joue un rôle de médiateur entre les Nations Unies et la société civile cubaine.
Je me permets de vous écrire en urgence, profondément indignée et inquiète par les menaces croissantes et éhontées du Président des États-Unis Donald Trump, qui compromettent la paix dans la région et dans le monde et qui reflètent son mépris total et son irrespect du multilatéralisme et de l’ordre international actuel.
Les agissements de l’Administration américaine enfreignent gravement le Droit international et la Charte des Nations Unies, tout en portant atteinte au Conseil de Sécurité de l’ONU dont la responsabilité fondamentale est de maintenir la paix et la sécurité internationales.
Nous rejetons catégoriquement le mépris de l’Administration américaine quant à ses obligations statutaires en tant que membre permanent de cet organe principal des Nations Unies, ainsi que son recours sélectif au droit de veto pour masquer son comportement d’État paria au sein de la communauté internationale.
L’agression illégale, criminelle et injustifiée contre la République Bolivarienne du Venezuela le 3 janvier dernier, le massacre de plus de 100 personnes (dont 32 Cubains) et l’enlèvement du Président constitutionnel du pays, Nicolás Maduro et de son épouse, témoignent de la violation de l’ordre international par l’Administration américaine en place.
Nous condamnons fermement le terrorisme d’État pratiqué par les États-Unis contre le Venezuela, qui constitue un abus de pouvoir et un acte d’arrogance impérialiste, de barbarie et de mépris envers l’humanité.
De plus, dans une nouvelle marque d’irrespect envers le principe d’égalité souveraine des États, de l’autodétermination des peuples et du règlement pacifique des différends, le Président américain a menacé, de manière grossière et explicite, « d’asphyxier Cuba », Etat fondateur des Nations Unies, défenseur du multilatéralisme, de la Charte des Nations Unies et du Droit international.
M. Trump et son administration restent indifférents aux conséquences d’une intervention militaire contre l’île. La conscience des gens honnêtes ne peut qu’être profondément heurtée par leur mépris pour la vie et la sécurité de millions d’enfants, de jeunes, de femmes, de personnes âgées et plus généralement du peuple travailleur, solidaire et joyeux, qui souffre de grandes privations dues au blocus économique, commercial, financier et technologique imposé depuis plus de soixante ans à notre pays par les États-Unis, en violation flagrante des droits humains de la population cubaine, notamment de son droit à la vie.
Les actions du gouvernement américain enfreignent la Proclamation de l’Amérique Latine et des Caraïbes comme Zone de Paix, approuvée en 2014, qui a notre plein soutien et celui de tous les Latino-américains et Caribéens défenseurs, promoteurs et amoureux de la paix.
Excellence,
Au nom des personnes physiques et morales, des réseaux, des mouvements et autres acteurs associés et/ou partenaires de l’ACNU, nous vous demandons, conformément à l’article 2.4 de la Charte, d’exhorter sans équivoque et sans délai le Président Donald Trump et son administration de ne pas recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de l’État cubain.
Par votre intermédiaire, nous adressons cette demande à toutes les structures de l’Organisation, ainsi qu’aux agences, fonds et programmes du Système (des Nations Unies). Nous savons tous que les actions et l’engagement des entités onusiennes en faveur du peuple cubain, du développement durable du pays et de la mise en œuvre du Programme 2030 seraient gravement compromis par une agression militaire américaine.
La société civile cubaine que je représente soutient l’engagement des autorités nationales et leurs actions en faveur du bien-être de l’ensemble de la population, qui se reflète dans les politiques publiques adoptées, où nous jouons un rôle fondamental dans la conception, la mise en œuvre et le suivi.
Excellence,
Je réaffirme notre engagement à œuvrer sans relâche pour la paix et la sécurité internationales, à développer davantage la coopération internationale et à promouvoir le développement durable, notamment par la réalisation des buts et objectifs de l’Agenda 2030. De même, nous maintiendrons également notre engagement en faveur de la défense et de la promotion de tous les droits humains pour tous. Je peux vous assurer que ce sentiment est largement partagé par l’ensemble de la population cubaine.
Cuba est une nation pacifique, résiliente et résistante qui respecte le Droit international et la Charte des Nations Unies. Nous exigeons donc la réciprocité de la part de tous les États signataires de la Charte des Nations Unies. Nous espérons pouvoir compter sur votre soutien indéfectible pour garantir que, comme le stipule le préambule de la Charte, les générations futures – en l’occurrence, notre population – soient épargnées par le fléau de la guerre.
Tout en vous faisant part de notre espoir quant à vos efforts déterminés en faveur de la paix à Cuba, ainsi que de la renonciation de l’Administration américaine de recourir à la force contre l’intégrité territoriale et l’indépendance de notre Patrie, je profite de l’occasion pour vous réitérer, Monsieur le Secrétaire Général, l’assurance de notre plus haute considération et de notre plus grand respect.
Norma Goicochea Estenoz -Présidente
A Son Excellence Monsieur António Guterres
Secrétaire Général des Nations Unies - New York