Cuba, d’un 24 février à l’autre

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Cuba vient de commémorer l’héroïque sursaut des patriotes, qu’ont appelait les ‘mambis’, pour se débarrasser de la tutelle coloniale et assurer leur pleine souveraineté sur leur territoire. C’était en 1895. Mais ces légitimes combats sont les mêmes aujourd’hui… il suffit de changer quelques noms propres !
PH

Histoire

A Cuba, des générations de “mambis” se sont battues pour une République avec tous et pour le bien de tous.

Article d’Aixa ALFONSO, 24 février 2024, Tribuna de La Habana

Le 24 février 1895 a marqué le début de la Guerre Nécessaire contre le colonialisme espagnol

Nous étions en 1895 et les vétérans, les “mambis” de l’épopée émancipatrice de 1868 qui n’avaient pas pu obtenir l’indépendance à cause de l’ignominie qu’a représenté le Pacte du Zanjón*, avaient gardé la ferme intention de poursuivre ce combat. Pour ce faire, ils n’avaient pas cessé de planifier des escarmouches et de se préparer, avec une meilleure stratégie et une meilleure organisation, pour parvenir à l’indispensable unité des forces insurgées.

Photo issue des Réseaux Sociaux

Nous étions en 1895 et les vétérans, les “mambis” de l’épopée émancipatrice de 1868 qui n’avaient pas pu obtenir l’indépendance à cause de l’ignominie qu’a représenté le Pacte du Zanjón*, avaient gardé la ferme intention de poursuivre ce combat. Pour ce faire, ils n’avaient pas cessé de planifier des escarmouches et de se préparer, avec une meilleure stratégie et une meilleure organisation, pour parvenir à l’indispensable unité des forces insurgées.

L’Apôtre José Martí a joué un rôle éminent dans cette détermination. Au cours de l’année 1892, il avait consacré tous ses efforts et son intelligence à rechercher l’unité de tous les Cubains. Depuis l’étranger, il avait réalisé un important travail de cohésion et il avait fondé le Parti Révolutionnaire Cubain, lequel avait pour but de créer un groupe politique avec une ligne programmatique, des bases et une direction efficace, capable de contribuer à la nouvelle épopée, bien connue sous le nom de Guerre Nécessaire.

Et dans cette détermination indépendantiste, Martí s’est appuyé sur des généraux et des officiers éminents de l’épopée précédente de 1868, tels que Gómez et Maceo. Ceux-ci ont soutenu les plans du Maître qui pariaient sur la cohérence et l’union entre les combattants d’hier et les nouvelles recrues** qui les avaient rejoints.

L’œuvre novatrice qu’a bâtie le Héros National a pris en compte les intérêts des groupes d’émigrés attachés à la souveraineté de l’Île et ceux du peuple cubain, et son objectif était de forger une République ‘avec tous et pour le bien de tous’**, de caractère populaire et sans maîtres ni seigneurs.

A cette époque-là, la Métropole imposait ses diktats aux créoles. Ceux-ci ne disposaient pas de droits politiques et en même temps on leur interdisait d’occuper des fonctions au gouvernement et l’économie du pays, tributaire de l’Espagne, traversait une profonde crise. A cela s’ajoutait le fait que les ressources et les budgets de la nation faisaient l’objet de malversations, tandis que les colonialistes imposaient de lourdes taxations et que les États-Unis étaient alors en train de devenir la métropole économique en développement.

Dans ce contexte politique, économique et social, l’effervescence patriotique allait croissant ainsi que la nécessité de se débarrasser du joug colonial. Le 24 février 1895 marque le début de la Guerre qui se propagerait de l’Est vers l’ Ouest. Et malgré la mort prématurée de Martí à Dos Ríos le 19 mai, trois mois après, les troupes mambis, commandées par les généraux expérimentés de 1868, continuèrent d’infliger aux envahisseurs d’importantes défaites.

Gómez, chef de l’Armée de Libération, grâce à sa tactique militaire et à son prestige au milieu des troupes, fut, tout comme Maceo, Calixto García et d’autres chefs mambis, un personnage décisif dans la propagation du conflit à l’ensemble du pays.

Malgré les durs combats dans la brousse rédemptrice, malgré le courage et le sacrifice des insurgés face aux troupes ennemies, l’indépendance définitive n’a pas été possible, alors même que l’Espagne était durement frappée et en plein déclin.

L’intromission des U.S.A. dans le conflit, démontrant leur soif d’hégémonie et laissant apparaître leurs griffes en prenant prétexte de l’explosion du Cuirassé Maine, a fait obstacle à la pleine souveraineté de l’Île et a provoqué la Guerre Hispano-Cubano-Nord-américaine. Celle-ci a freiné la victoire annoncée des Mambis auxquels ils n’ont même pas permis d’entrer dans Santiago, ce qui constituait un affront infâme aux dignes héros et martyrs de l’épopée de 1895.

Washington, avec sa toute-puissance traditionnelle, a alors fait échouer les rêves de liberté et la création d’une République indépendante. A la place, il a mis en place une république sous tutelle qui répondrait à ses intérêts et grâce aux serviles gouvernements qui se sont succédés, il a subordonné la souveraineté de la Plus Grande des Antilles à une soumission politique et économique.

Cependant, les aspirations et la fermeté du peuple cubain à ne pas renoncer dans sa détermination à être libre ou bien martyr se sont maintenues. Des décennies de lutte populaire viendraient. Les étudiants et les ouvriers ont poursuivi leurs combats contre les administrations corrompues et contre les laquais des États-Unis.

Mais l’expérience et la force des Cubains, inspirés par l’idéal de Martí ont permis de soutenir jusqu’à la victoire la lutte contre la tyrannie et le néo-colonialisme imposé. Et après des décennies de sang versé pour conquérir l’indépendance définitive, le peuple de Cuba l’obtient le Premier Janvier 1959 grâce aux nouvelles générations de Mambis, l’Armée Rebelle, commandée par Fidel Castro et le Mouvement du 26 Juillet.

*NdT : Accord qui établit la capitulation de l’Armée Indépendantiste devant les troupes espagnoles le 10/02/1878 mettant fin à la Guerre des Dix Ans (1868-1878). Le Général Maceo l’a dénoncé aussitôt.
** NdT : La métaphore « nuevos pinos » est intraduisible. C’est une allusion à la fin d’un célèbre discours de Martí prononcé à Tampa, USA, le 27/11/1891. Il y compare les futurs volontaires à de jeunes pins qui repoussent dans une forêt dévastée. Sa formule « con todos y para el bien de todos » est également très célèbre.