Cuba et la guerre d’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert, la chute du dernier empire colonial d’Afrique
Moins connu peut être que la participation des Cubains en Angola, la présence d’une mission militaire internationaliste de Cuba en Guinée Bissau a joué un rôle important dans la lutte pour l’indépendance de ce territoire gagnée en septembre 1974. Les éditions Pathfinder publient un ouvrage essentiel sur cette histoire.

On y trouve en premier lieu le témoignage d’un acteur direct, Victor Dreke Cruz, ainsi que d’autres combattants cubains qui l’ont accompagné. Outre une introduction de Mary-Alice Waters qui revient sur le contexte historique, il offre également des éléments biographiques, une chronologie, de nombreux extraits de discours de Amilcar Cabral, le fondateur et dirigeant du PAIGC, et une riche iconographie.
Victor Dreke
Né en 1937 dans la ville de Sagua la Grande dans la province centrale de Villa Clara, Victor Dreke s’est associé très jeune à la lutte contre la dictature de Fulgencio Batista, dès 1952 où il a participé aux manifestations contre le coup d’État militaire de ce dernier. Il a rejoint début 1958 dans les montagnes de l’Escambray un front de guérilla créé par le Directoire révolutionnaire qui passera en octobre sous le commandement de l’Armée rebelle dirigée par Ernesto Che Guevara. Après le triomphe de la Révolution il a notamment participé à la « lutte contre les bandits » dans l’Escambray.
Il sera d’avril à novembre 1965 commandant en second sous les ordres de Guevara au Congo, puis responsable en 1967-1968 du premier groupe d’instructeurs militaires cubains en appui aux combattants du Parti africain pour l’indépendant de la Guinée et du Cap vert (PAIGC). Il retournera en Guinée Bissau entre 1986 et 1989 comme conseiller des forces armée du pays.
L’ouvrage
Victor Dreke revient dans l’interview qui est au cœur du livre sur la genèse de la participation cubaine, les premières années de la mission internationaliste, insiste sur les liens forgés avec les Guinéens, les relations de profond respect. Il rappelle également que Cuba n’a pas seulement envoyé des combattants mais également des instructeurs et des médecins. Il souligne enfin le rôle essentiel de Amilcar Cabral assassiné en1973 quelques mois avant l’indépendance.
Lors d’une présentation organisée en mai dernier par les éditions Pathfinder, l’universitaire et chercheuse cubaine de l’université de Camagüey, María Isabel Bardina Torres, soulignait le double intérêt à ses yeux de cet ouvrage : en premier lieu il « nous offre le souvenir vivant d’un chapitre du processus de décolonisation et de libération nationale qui a transformé l’histoire de l’Afrique au XXe siècle. Le deuxième aspect qui ressort du récit de Dreke est la personnalité historique d’Amílcar Cabral en tant que principal dirigeant de la lutte pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert. Un leader qui s’est distingué par son éthique révolutionnaire, la clarté de son programme et sa capacité de dirigeant ».
Elle revenait sur les « trois leçons fondamentales qu’elle tire de cet ouvrage :
- la lutte pour la liberté n’est jamais locale, elle concerne toujours l’humanité tout entière,
- la libération nationale se défend non seulement par les armes, mais aussi par l’alphabétisation, les écoles, les hôpitaux et surtout par l’organisation politique populaire,
- la mémoire de ces événements est indispensable pour comprendre notre présent et envisager un avenir émancipateur ».
Une lecture conseillée pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire internationaliste de Cuba, dans une période où son peuple a plus que jamais besoin de la solidarité qu’il a si largement offert à tant de pays dans leurs luttes pour l’indépendance et pour le bien être de leurs populations.
Victor Dreke, commandant « Moja », Cuba et la guerre d’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert, la chute du dernier empire colonial d’Afrique, Pathfinder Press, 2026.

