Cuba, le bordel des États-Unis

Publié par Julio Martínez Molina – 13 octobre 2020 - dans 5 de septiembre (journal hebdomadaire en ligne de Cienfuegos, fondé en 1980).

Mars 1952, Fulgencio Batista prend le pouvoir par la force et instaure une dictature marquée par la corruption, une répression féroce des opposants, des tortures et des exécutions. Son pouvoir est reconnu par les États-Unis car il encourage les intérêts américains. Cuba devient alors l’une des destinations de vacances des Américains où règnent la prostitution, la vente d’armes, les casinos et le blanchiment d’argent. La révolution qui balaiera la dictature de Batista en janvier 1959 n’est pas un accident. Le pays est mûr pour le changement.

Nicole Bedez

Julio Martínez Molina

Fulgencio Batista instaura en 1952 la dictature la plus sanglante et la plus corrompue jamais connue à Cuba au cours de son histoire avec, pour seul précédent, celui du satrape Gerardo Machado et de son casier judiciaire criminel.

Batista est connu pour ses actions antérieures à la tête du pays, tant en raison de son passé de putschiste que de son zèle pro-Washington – avérés depuis sa collaboration avec l’ambassadeur Sumner Welles en 1933 – et le coup d’État de 1952 bénéficia du plein soutien du gouvernement des États-Unis.

Il fut un pion de Washington et mit en œuvre, pour la région, les politiques conseillées par ses mentors. Ses maîtres lui offrirent un solide appui matériel et une assistance militaire, un procédé semblable à celui qu’ils utilisèrent, bien des années plus tard, avec la gouvernance illicite de Pinochet, au Chili, après le coup d’État contre Allende.

Les investissements des États-Unis pourraient avoir atteint les mille millions de dollars. La visite du vice-président d’alors, Richard Nixon, au début de février 1955, et celle d’Alan Dulles, directeur de la CIA, deux mois plus tard, permirent de renforcer les programmes économiques et idéologiques de l’empire dans la Grande Île.

Le chef de la ténébreuse agence exposa au tyran l’inquiétude de son gouvernement quant à l’activité communiste à Cuba, et en conséquence le dictateur créa, en quelques semaines, le Bureau de répression des activités communistes (le terrible BRAC).

En accord avec le non moins effrayant Service d’intelligence militaire (SIM), la Police nationale et l’Armée, la « créature » fit du pays un État policier dans le tourbillon duquel les gens vivaient dans une angoisse permanente et où les désaccords politiques étaient punis de mort.

Pendant ce temps, la mafia nord-américaine transformait le business de la nuit et des jeux en un autre empire à La Havane, sujet sur lequel de précieuses enquêtes littéraires ont été publiées.

Tout le monde étant content au nord, y compris la pègre, Batista avait open bar ici. C’est ainsi qu’il adopta de grands assassins de l’histoire de l’Amérique latine (Conrado Carratalá, Pilar García, les frères Salas Cañizares — Rafael, Juan et José María — et Esteban Ventura Novo) et des cohortes de criminels subalternes.

Tous étaient « des hommes de bas instincts, des criminels nés, des monstres porteurs de tous les atavismes ancestraux revêtus d’une forme humaine », pour le dire avec les mots de Fidel, qui maintinrent le pays dans la crainte et particulièrement la jeunesse, laquelle mourut les yeux arrachés, sans ongles, les testicules éclatés, ou violée dans des fossés, des terrains vagues, des rivières, des mers.

Dans son royaume « de sang et de pillage » - termes utilisés par le maître Enrique de la Osa – la corruption dépassa tous les standards historiques d’une nation experte dans ce domaine. Batista, de lui-même, augmenta ses émoluments présidentiels de 26 400 à 144 000 dollars, supérieurs notamment à ceux du président des États-Unis, Truman, qui avoisinaient les 100 000 dollars.

Pourtant, 35 % de la population cubaine étaient au chômage alors que presque 60 % des paysans vivaient dans des baraques au toit en guano et au sol en terre battue, dépourvues de sanitaires ou d’eau courante. Et 90 % d’entre eux n’avaient pas l’électricité.

Ainsi que l’indique l’enseignant français Salim Lamrani dans son indispensable essai « 50 vérités sur la dictature de Fulgencio Batista à Cuba », l’économiste anglais Dudley Seers affirme que la situation en 1958 était intolérable : « […] dans les campagnes, les conditions sociales étaient très mauvaises. Près d’un tiers du pays vivait dans la saleté […], habitant dans des baraques, généralement sans électricité ni latrines, victime de maladies parasitaires et sans aucun service de santé. L’instruction lui était refusée (ses enfants allaient une année au maximum à l’école). La situation des personnes précaires, installées dans des cabanes provisoires sur les terres collectives, était particulièrement difficile […]. Une proportion importante de la population urbaine était aussi très misérable. »

Arthur M. Schlesinger Jr., conseiller personnel du président John F. Kennedy, a écrit : « La Havane m’enchantait mais j’étais horrifié par la façon dont cette ville adorable s’était hélas transformée en un grand casino et un grand bordel pour les hommes d’affaires nord-américains […]. On se demandait comment les Cubains, en voyant cet état de fait, pouvaient considérer les États-Unis autrement qu’avec haine. »