Cuba, plongé une fois de plus dans le noir

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Notre ami Alain Sabatier est actuellement en mission à La Havane.
Il vit ce que les Cubains vivent chaque jour, coupures d’électricité, coupures d’eau, plus d’essence . . . Et pour les habitants c’est "la débrouille", mais toujours avec confiance et résistance.
Il nous envoie ce témoignage.

Cuba plongé une fois de plus dans le noir

Comme La Havane, à la tombée de la nuit au son de quelques groupes électrogènes

La coupure générale d’électricité s’est produite ce mercredi 4 Mars peu après 12 H30. En cause la défaillance de la centrale thermique Antonio Guiteras située non loin de La Havane.
Les deux tiers du pays sont concernés selon les autorités.
Les Cubains ont l’habitude des « Apagones » mais là, l’incident parait plus grave.
Le quartier du centre de la capitale autour du Prado est lui aussi concerné.
Habituellement, il ne connait aucun délestage. Paraît-il que cela est dû au fait que les lignes électriques seraient souterraines dans ce secteur !

À l’heure où j’écris, La Havane s’éveille après déjà presque 20 heures sans électricité. Dans certaines maisons, les groupes électrogènes reprennent du service. Il ne faut pas perdre le contenu des congélateurs. Et c’est ce qui risque de se passer pour beaucoup de familles cubaines.
Dans la rue Consulado parallèle au Prado, des mères s’inquiètent.
« Je vais devoir cuisiner tout le poulet que nous avions acheté en gros car cela était un peu moins cher à la livre… Ce sont nos petites économies qui fondent » regrette Yancy en balayant la rue devant sa porte.
Sans parler des autres conséquences. « Il nous reste encore un peu d’eau dans notre réservoir situé sur la terrasse de la maison. Mais sans courant on ne peut pas pomper l’eau distribuée par les tuyaux au niveau de la rue pour remplir les citernes » confie Ernesto.

Les citernes, en bleu, sur chaque toit. Elles servent de réserves d’eau.

L’inquiétude est bien là. Et cela ne concerne pas seulement les quartiers populaires de Centro Habana.
Le Vedado considéré comme plus chic est à la même enseigne.
Lourdes vit dans un appartement. Elle se souvient du scénario d’un « apagon total » l’an dernier qu’elle avait dû subir pendant deux jours. Mais celui-ci parait la goutte d’eau. « C’est de la folie. On a l’habitude des coupures mais pas sur de longues durées. Heureusement qu’il n’y a pas de grosses chaleur car sans ventilateur ou clim cela serait intenable. »
Même si dans la rue la vie continue. On y joue toujours allègrement aux dominos.
Les enfants qui de facto ne sont pas allés à l’école jouent au ballon même déchiré…
On parle de deux ou trois jours de coupure non stop. Le temps de réparer la centrale obsolète. (NdR. Néanmoins le courant est revenu 24 h après mais pas dans tous les secteurs).

Les choses ont changé depuis que le président Trump a en ligne de mire Cuba.
Pénurie de combustible donc très peu de transports en commun.
L’essence est distribuée au compte gouttes. Pas plus de 20 litres par jour que l’on peut acheter. Et en plus il faut prendre rendez-vous, sans parler les heures interminables d’attente. Alors les plus aisés emploient une personne pour se taper la queue !!!
Aussi le marché informel se développe à vitesse grand V. 4000 pesos voire plus le litre d’essence. L’équivalent de presque 8 euros. De quoi enrager un gilet jaune en France !!! Mais ici si l’on veut rouler il n’y a pas le choix…. Enfin à Cuba c’est toujours la débrouille.
Mais pour l’heure les Cubains sont plus résilients que jamais.

Alain Sabatier, La Havane le 5 mars 2026 à 9 H heure locale