El Andar De La Lealtad

" En guise de clin d’œil complice du début de printemps - et pour railler le confinement prolongé par le Président Macron -, les vents qui ont précédé le carême ont apporté à ma porte cette nouvelle : à Paris, on vient d’imprimer ′′ La loyauté ", premier hommage posthume à qui a contribué à faire de moi l’homme que je suis.

Je préviens que ce n’est pas une biographie, mais l’ensemble de flashs mémoriaux qui visent une approche intimiste du déjà mythique historien de La Havane.

En surfilant son profil sans le corset qui suppose de maintenir un rythme chronologique et érudit, je n’ai pas l’intention de me libérer d’une responsabilité ; il se trouve que, suivant la dictée de l’intuition, je considère que sa mort est encore trop récente et que certaines émotions ont besoin de décanter. D’un autre côté, je suppose qu’il approuverait cette vision légère surtout parce qu’elle jaillit de la sincérité, de l’affection et de l’admiration.

Comme ceux qui m’ont lu ici se souviendront, les textes qui composent mon troisième livre sont nés sans les forcer, presque spontanément, à l’accomplissement d’un mois du fatidique 31 juillet 2020. Comme il n’y a pas pire ennemi que le silence, verrouillé par cette pandémie maudite avec laquelle il semble que nous devions apprendre à cohabiter, j’ai ressenti le besoin de partager le vécu, les anecdotes et les images en gage de gratitude.

De sorte que, jour après jour, j’ai écrit dans la quiétude du petit matin et l’ai publié dans la matinée. L’immédiateté et la portée des réseaux sociaux n’ont pas tardé à établir l’interaction avec les lecteurs, lesquels m’ont même suggéré d’autres thèmes pour de futures publications, ce qui a constitué une forte motivation pour ne pas relâcher les efforts.

Maintenant, grâce à la générosité de Cuba Coopération France - et en particulier de son président, l’ami Victor Fernandez - il a été possible de faire le saut de l’éphémère à l’impérissable, qu’est l’édition papier, avec la valeur ajoutée qu’elle est publiée en langues espagnole et française.
J’ai la chance d’avoir quelques mots ′′ Au lecteur ′′ de la légendaire communicatrice dominicaine Socorro Castellanos et d’un ′′ Prologue ′′ du docteur Federico Mayor Zaragoza, remarquable intellectuel et humaniste espagnol, ancien directeur général de l’UNESCO. Dans le cas de la version française, elle contient en outre une note d’introduction signée par l’hispaniste et le professeur Paul Estrade. Tous les trois, attachants pour Eusebio Leal et grands amis de Cuba.

De même, alors que nous concevions cet hommage à mon mentor, il me semblait pertinent d’incorporer d’autres textes de moi qui sont apparus au cours du dernier lustre dans les journaux cubains : deux interviews, deux nécrologies et deux portraits.

Je partage aussi une anecdote personnelle. À la veille de mon anniversaire, en septembre dernier, ma fille m’a demandé de lui raconter en détails ce projet dont je m’occupais, en lui volant une partie de la chose la plus précieuse que j’ai pu lui offrir pendant près d’un an : tout mon temps. Je me souviens que nous étions juste tous les deux et je me suis étendu en lui expliquant même chacun des sujets abordés. La petite fille semblait me comprendre et elle était satisfaite. Le lendemain matin, elle m’a réveillé avec un bisou, puis un sourire et immédiatement un dessin à la main et cette réclamation : ′′ Papa, je veux que tu inclues dans ton livre ce dessin et d’autres dessins que je ferai pour toi. Ce sera mon cadeau d’anniversaire. Laisse-moi t’aider..."

Voici comment en un peu plus de 300 pages, le livre est structuré en six chapitres avec des illustrations inspirées des chroniques initiales de chacun réalisées par Camila Cremata, ma petite bénévole et bien-aimée.

Même si la liste de remerciements peut devenir infinie, il serait impardonnable de ne pas laisser de suite à certains noms, dirigés par Claudia Hernández Cabrera, ma fidèle créatrice, amie et compagne de multiples aventures intellectuelles. Elle et David Vázquez Abella ont enduré mes bagarres pendant de nombreuses journées, soirées, nuits et matinées, au détriment de Lucas.
L ’ étreinte virtuelle à tous les deux, je l’étendrai à ma chère Ana María Reyes, et aux photographes qui n’ont jamais cessé de m’accompagner : Alexis Rodríguez, Jorge Garcia, Nestor Martí et Joel Guerra.

En France, je suis débiteur de l’équipe de Cuba Coopération, de son fondateur Roger Grévoul, et des amis Eduardo Angarica et Pierre Lebret Bouchard de la Poterie, qui m’ont offert leur label éditorial Lettre D ’ Kambio.

Je suis absolument conscient qu’il reste encore beaucoup à dire de sa figure et surtout de son œuvre, celle qui rend l’homme en gris universel. Cependant, avec le privilège d’avoir pu l’accompagner de très près depuis mon adolescence et pendant presque deux décennies, je considère que ′′ La loyauté ′′ offre un portrait imparfait, mais aimant et honnête.

Lorsque les conditions sanitaires le permettront, le volume touchera tous les lecteurs qui seront prêts à le lire. Pendant ce temps, séduit par l’odeur de l’encre que je peux imaginer, je suis impatient de pouvoir le caresser et d’amener le premier exemplaire à l’endroit où j’ai laissé une lumière allumée et la porte ouverte parce que je sais que, d’un moment à l’autre, Leal reviendra ...".
Mario Cremata