Infoxication et désinformation, les enjeux de l’écosystème numérique

Les réseaux sociaux ont transformé la façon dont nous nous informons, mais ils ont aussi ouvert la porte à l’infoxication (info-intoxication), aux fake news (fausses nouvelles) et à la manipulation émotionnelle.
Source : Cubahora Auteur : Sheila Moten Le 11/11/2025
Actuellement, les médias et les réseaux sociaux sont des espaces fondamentaux où les gens se rendent pour s’informer. Le trafic sur ces plateformes augmente significativement face à des événements exceptionnels, comme l’arrivée d’un phénomène météorologique à potentiel catastrophique.
Cependant, cette augmentation de la demande d’information entraîne également une prolifération d’informations fausses et sensationnalistes, utilisées pour façonner les états d’opinion, générer de la peur ou simplement augmenter la circulation sur ces plateformes, ce qui se traduit par des revenus pour ceux qui les gèrent.
Les réseaux sociaux, en particulier, fonctionnent sous l’aide d’algorithmes qui récompensent les contenus ayant la plus grande capacité à générer des controverses ou des scandales. Cette logique de conception, établie par les programmateurs, favorise et booste la visibilité des publications qui font appel à l’émotionnel et à l’impactant, sans garantir leur véracité.
En période de stress collectif, comme l’alerte préalable d’une catastrophe naturelle, les utilisateurs se tournent vers ces plateformes pour se préparer, mais l’anxiété du moment peut être amplifiée par des informations alarmistes, des chiffres exagérés ou de faux rapports qui circulent de manière incontrôlable.
Dans cet environnement numérique, les comptes médiatiques officiels avec des années d’expérience coexistent avec des profils créés par des individus ou des groupes sans soutien institutionnel clair. Bien que les médias traditionnels ne soient pas dépourvus d’intérêts cachés, le risque de désinformation est généralement plus faible que celui des comptes anonymes ou sans informations d’identification vérifiables.
Des applications telles qu’Instagram, par exemple, permettent aux utilisateurs de consommer des contenus des deux types sans distinction, et la conception de ces plateformes – basée sur un défilement continu et rapide – favorise la réception passive d’informations. Ainsi, les utilisateurs absorbent des données sans les analyser, les répètent sans les vérifier et contribuent à la propagation de récits erronés.
Les témoignages personnels qui abondent sur les réseaux sociaux et sont aussi des sources d’information représentent des opinions filtrées par des expériences individuelles, qui, bien qu’elles ne soient pas fausses, ne reflètent parfois pas la réalité générale ou celle de la majorité des individus dans un contexte donné.
Cette distorsion doit être prise en compte lors de la consommation continue de publications telles que des bobines ou des posts, qui peuvent influencer la perception collective sans offrir suffisamment de contexte.
L’infoxication, phénomène dérivé du développement des technologies de l’information et de la communication (TIC), est définie comme une surexposition à des informations provenant de sources multiples.
Selon l’Institut européen de la santé et du bien-être social, cette saturation de l’information peut affecter la santé mentale, et il n’est pas rare de trouver des personnes qui limitent leur consommation de contenu quotidien pour éviter les états de dépression ou de désillusion face à la réalité.
La désinformation, quant à elle, est devenue de plus en plus difficile à détecter. Des recherches telles que l’article Les fausses nouvelles et leur impact sur la société : une revue de la littérature de l’Université ESIC d’Espagne avertit que faire la distinction entre le vrai, le partiellement vrai et le complètement faux est une tâche de plus en plus complexe.
Les fausses nouvelles alimentent la polarisation sociale et ont un impact direct sur la prise de décision individuelle.
À ce panorama s’ajoutent les risques dérivés de l’utilisation de l’intelligence artificielle, tels que les deepfakes, les images ou les vidéos générées avec un tel réalisme qu’elles peuvent tromper même les utilisateurs les plus attentifs. Ces technologies amplifient le potentiel de manipulation sur les réseaux sociaux, rendant encore plus difficile la distinction entre le réel et le fabriqué.
Dans ce scénario, les utilisateurs doivent assumer un rôle actif et critique.
Il est essentiel de développer des compétences analytiques, de toujours vérifier les sources et d’éviter la surexposition à l’information. Privilégier des contenus pertinents et fiables, fixer des limites de temps pour la consommation de l’information et utiliser des outils qui rassemblent des informations de qualité sont des étapes essentielles. De plus, il est conseillé de se concentrer sur un sujet et une source à la fois, de faire des pauses pour réfléchir à ce qui est consommé et à son impact sur l’environnement personnel.
Avant de partager un contenu, son authenticité doit être vérifiée dans diverses sources. D’autres mesures de protection consistent à se méfier des gros titres sensationnalistes, à vérifier les dates de publication et à s’informer sur l’éducation aux médias.
Les réseaux sociaux ont tendance à renforcer nos croyances par le biais d’algorithmes personnalisés, il est donc sain de briser de temps en temps cette bulle d’information et d’explorer des perspectives différentes des siennes.
Il est important de rappeler que le vivre ensemble dans l’écosystème de l’information d’aujourd’hui – que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les médias – passe par la responsabilité, les critères et la sensibilisation. Il ne suffit pas d’être des consommateurs passifs.
Nous devons nous interroger sur ce qui nous est présenté, enquêter au-delà de l’évidence et construire un regard critique qui nous permet de naviguer plus en sécurité dans cet océan de données qui nous entoure. Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de faire face à l’infoxication et à la désinformation avec des outils qui renforcent les citoyens et les maintiennent informés et en bonne santé mentale.