Karin et Karina : toute une histoire derrière les thérapies avec des dauphins à Ciego de Ávila

Partager cet article facebook linkedin email

Difficile d’imaginer que le contact prolongé avec des dauphins d’enfants souffrant de troubles du neurodéveloppement ou de problèmes d’interaction sociale puisse contribuer à leur guérison. C’est pourtant ce que l’on peut découvrir dans une île de la province de Ciego de Ávila
NB

CubaDebate – 27 juillet 2025
Thalía Fuentes Puebla, Yovanis Rodríguez Díaz, Abel Padrón Padilla

Delfinarium de Cayo Guillermo. Photo : Abel Padrón Padilla/Cubadebate

Il y a environ quatre mois, le delphinarium de Cayo Guillermo, à Ciego de Ávila, a célébré la naissance d’un nouveau spécimen. À l’origine, les dresseurs espéraient que ce soit une femelle afin de l’appeler Karina, en l’honneur d’une petite fille qui fréquente régulièrement les lieux depuis quatre ans. Cependant, comme il s’agissait d’un mâle, le nom a été adapté à son genre, et Karin partage désormais les eaux d’un des bassins du complexe avec sa mère.

Cette jeune visiteuse, Karina, participe activement aux thérapies médicales innovantes avec les dauphins proposées par le centre – pionnier dans ce domaine – destinées aux patients depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte (de 4 à 50 ans) qui présentent des pathologies telles que des troubles du neurodéveloppement, un TDAH* ou des problèmes d’interaction sociale.

« Actuellement, nous développons cette initiative nationale en collaboration avec les Services médicaux cubains. Notre contribution spécifique dans le cadre de ce programme consiste en des interventions assistées par des dauphins, destinées aux enfants et aux adultes ayant des besoins particuliers. »

Annyx Sánchez Montes, Directrice de l’établissement Delphinarium de Cayo Guillermo, l’a ainsi expliqué à CubaDebate : « Nous avons été témoins de cas remarquables parmi nos participants, des enfants qui, après avoir terminé le traitement, ont montré des progrès qui ont surpris y compris leur propre famille ».

« Nos cétacés, a-t-elle ajouté, dûment formés grâce à un entraînement rigoureux, exécutent cette modalité thérapeutique avec précision. Son efficacité repose notamment sur l’utilisation du sonar biologique, mécanisme par lequel ils transmettent des impulsions neuronales bénéfiques aux patients atteints de diverses pathologies ».

« L’histoire de Karin, a expliqué Annyx Sánchez Montes, symbolise un hommage émouvant à l’une de nos petites utilisatrices les plus assidues . Cette petite fille, toujours accompagnée de sa mère, a connu une transformation significative depuis qu’elle a commencé les séances il y a plus de quatre ans. Karina, qui présentait initialement de graves difficultés de communication, a fait des progrès extraordinaires qui remplissent sa famille d’espoir ».

Qu’est-ce que la thérapie avec des dauphins ?

Delphinarium de Cayo Guillermo. Photo : Abel Padrón Padilla/Cubadebate

Ces prises en charge thérapeutiques nécessitent toujours un encadrement spécialisé et complètent, sans les remplacer, les approches pharmacologiques conventionnelles. Leur objectif principal est d’améliorer le bien-être des participants, en tirant parti à la fois des propriétés thérapeutiques de l’environnement aquatique et de l’interaction synergique avec les dauphins.
Le choix de ces cétacés comme co-thérapeutes repose sur des bases scientifiques.

Leur nature curieuse et leur système d’écholocalisation – grâce auquel ils émettent des ondes sonores pour communiquer entre eux et se diriger – leur permettent de détecter des objets et de s’orienter dans leur environnement.

Des recherches démontrent que ces émissions acoustiques ont des effets bénéfiques sur l’organisme humain, similaires à ceux obtenus avec les ultrasons médicaux. Ces ondes peuvent stimuler des fonctions physiologiques clés telles que l’activité métabolique et la circulation sanguine, contribuant ainsi à l’amélioration clinique.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Delphinarium de Cayo Guillermo. Photo : Abel Padrón Padilla/Cubadebate

« Dans notre centre, nous avons développé une méthodologie innovante qui utilise les ultrasons émis par les dauphins sur des zones stratégiques du corps, en particulier la colonne vertébrale et les zones affectées, selon les prescriptions médicales. Cette approche pionnière a démontré des progrès continus dans de nombreux cas pédiatriques », a expliqué Yandy Hernández Vázquez, l’un des dresseurs du delphinarium.

Le traitement est conçu en coordination avec l’équipe médicale, en établissant des objectifs thérapeutiques spécifiques pour chaque patient afin d’améliorer sa qualité de vie.

« Le processus est progressif : nous présentons d’abord les dauphins à l’enfant – souvent son premier contact avec ces animaux – en lui permettant de les observer et d’établir un contact physique depuis la plate-forme, tout en évaluant ses réactions ».

Au cours de séances sous contrôle, les participants entrent progressivement dans l’eau, toujours accompagnés d’un spécialiste. « Nos dresseurs encadrent l’interaction, guidant à la fois le dauphin et l’enfant afin de favoriser un lien de confiance mutuelle. Les activités commencent par des exercices simples, tels que des caresses ou des gestes affectueux, qui permettent à l’enfant de se familiariser avec la texture de la peau de l’animal et de percevoir son écholocalisation à distance ».

Ensuite, les émissions sonores leur sont appliquées dans des zones spécifiques du cerveau. L’expérience est si relaxante qu’elle profite même aux personnes qui ne souffrent d’aucun trouble médical.

Yandy Hernández Vázquez précise que « le programme atteint son objectif maximal lorsque le patient est capable d’interagir de manière autonome dans le milieu aquatique ».

Comment cela fonctionne-t-il ? Ce sont des ondes comprises entre 8 et 13 mégahertz qui produisent un effet relaxant sur le cerveau, celui-ci étant capable de le produire lui-même dès qu’il les reçoit de la part du dauphin. Les ondes stimulent l’hypothalamus et produisent des endorphines qui activent l’hypophyse. Ainsi, le cerveau se détend, la pression artérielle se régule, le taux de sucre dans le sang diminue et les sensations de stress ou d’anxiété s’atténuent.

La thérapie avec les dauphins est, par conséquent, également utile pour augmenter la capacité d’apprentissage, de mémorisation, de concentration et de perception de l’environnement. Elle améliore l’énergie vitale et élimine l’anxiété et le stress. Elle agit sur la motricité et sur le plan cognitif, et est donc idéale pour les personnes souffrant de troubles moteurs ou psycho-cognitifs.

Derrière chaque séance thérapeutique palpite un lien unique, fait de patience et de dévouement de la part des dresseurs, qui non seulement guident techniquement les interactions, mais cultivent une relation affective entre les dauphins et leurs petits patients. Ils connaissent en profondeur les besoins des enfants ainsi que les particularités de chaque cétacé, adaptant chaque mouvement, chaque exercice et chaque émission sonore aux réponses individuelles.

C’est ce lien émotionnel, ce langage partagé de confiance et d’encouragement, qui transforment le protocole scientifique en une méthode de soin. Les dresseurs ne font pas qu’enseigner aux dauphins ; ils apprennent d’eux, interprètent leurs signaux et, surtout, transmettent cet apprentissage sous forme d’assurance pour les patients.

Chaque progrès – ce premier contact, un rire spontané ou un geste de communication – est le fruit d’un triangle où l’amour pour ces animaux et la vocation d’aider se fondent dans un même objectif : redonner la lumière et le sourire à ceux qui en ont le plus besoin.

Delphinarium de Cayo Guillermo. Photos : Abel Padrón Padilla/Cubadebate

* Trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité [NDT].

Portfolio