L’inflation qui nous frappe

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Aujourd’hui, dans n’importe quelle file d’attente ou dans un marché, il est courant d’entendre l’expression « à cause de l’inflation ». Ce terme, jusque-là réservé aux économistes et aux débats spécialisés, est devenu partie intégrante de la vie quotidienne, au même titre que les pannes d’électricité ou le report des mandats de base.

Auteur : Ecrit par Daniel Esquijarosa Ceiro - Journal : Venceremos

Inflation 5 1
Caricature : Archive

La vérité est, et ce n’est pas pour le moins, que ce phénomène représente le visage le plus cruel et le plus visible de la crise économique qui traverse le pays.

Mais qu’est-ce que l’inflation exactement et pourquoi frappe-t-elle si fort ?

En termes compréhensibles, il s’agit de l’augmentation soutenue et généralisée des prix des biens et services.

En d’autres termes, chaque jour, l’argent suffit pour moins. Bien qu’il puisse sembler abstrait, l’origine d’un événement aussi inquiétant est irréfutablement ancrée dans de profonds déséquilibres dans la gestion économique.

À Cuba, par exemple, plusieurs facteurs se combinent pour se répercuter sur ce processus, la rareté de l’offre de production nationale fait son chemin comme l’un des plus notables et perceptibles par la population, sans parler du blocus économique, commercial et financier des États-Unis contre notre pays, qui est présent et augmente tous les processus et problèmes du pays.

Un autre facteur qui fait écho dans notre économie est la dépendance majoritaire à l’égard des importations qui servent à couvrir les besoins de base tels que la nourriture, le carburant, les médicaments et les intrants agricoles et dont le prix varie en fonction de qui les importe.

Lorsqu’il n’y a pas d’offre de biens et de services qui correspondent à la demande, qui à son tour se maintient ou même augmente, les prix ont tendance à augmenter, et nous en faisons l’expérience avec le paquet de poulet, de riz, d’huile et d’autres produits essentiels pour la maison.

D’autre part, nous avons le facteur monétaire, le Tarea Ordenamiento, mis en œuvre en janvier 2021, qui avait parmi ses objectifs une augmentation des salaires et des pensions et qui s’est finalement terminée avec la pénurie de biens et de services, par une dévaluation officielle du peso cubain.

Bien que le but de cette mesure du gouvernement révolutionnaire ait été de réorganiser les finances, le résultat a été une injection de capital circulant dans une économie qui n’a pas augmenté sa production.

Comme me l’a dit à l’époque un professeur de mon université, lorsque trop d’argent recherche peu de biens, l’inflation suit derrière. Tout ce processus a généré un chaos de prix relatifs ; de multiples taux de change sont nés, où le marché officiel, la Banque, projetait sa valeur et le marché informel projetait la sienne.

De nombreuses entreprises ont pris comme référence le prix du dollar ou de l’euro sur le marché noir, où il dépasse aujourd’hui le chiffre de 390 pesos cubains pour un dollar, et ce n’est pas fini. Cette distorsion augmente l’inflation car les fournisseurs et les revendeurs fixent leurs prix en fonction du dollar selon le taux informel, même si cela est considéré comme illégal.

Un autre facteur supplémentaire qui alimente l’indice inflationniste est le déficit budgétaire. Chaque année, le budget de l’État dépense plus qu’il n’entre dans ses coffres, un excès de capital qui, sans soutien à la production, aggrave la dépréciation de la valeur réelle de notre monnaie locale.

Pour la population cubaine, l’inflation n’est plus un chiffre ou un phénomène économique, mais un chagrin quotidien, qui frappe surtout les retraités, les familles en situation de vulnérabilité et les travailleurs à revenus fixes, qui voient leur pouvoir d’achat diminuer.

Il suffit de sortir dans la rue pour voir comment les prix ont augmenté par rapport aux années précédentes. En fin de compte, c’est ce que fait l’inflation, elle nuit à ceux qui ont moins et finit par renforcer les différences économiques au sein de la population.

La hausse des prix génère une perte de confiance dans la valeur du travail, succombant ainsi, peu à peu, à la planification des dépenses familiales, voire au simple désir d’engendrer un enfant.

De nombreux jeunes ont tendance à voir d’un meilleur œil les emplois mieux rémunérés, même s’ils sont en dessous de leurs compétences professionnelles, un processus qui diminue la valeur de l’effort scolaire.

Ce phénomène finit par être indirectement lié à la fuite des cerveaux. De nombreux professionnels compétents migrent vers d’autres frontières pour voir leur travail mieux valorisé économiquement. Certains jeunes ne poursuivent même pas leur carrière en raison de la même question de paiement des salaires.

Il existe des mesures pour lutter contre l’inflation, mais le manque de cohérence et de durabilité dans l’application de ces politiques ne permet pas d’obtenir des résultats concrets.

Il faut trouver des moyens de motiver la production nationale, d’inciter les entreprises d’État socialistes et le secteur privé à se sentir motivés à produire de plus en plus efficacement, et de réduire les importations inutiles.

Enfin, ce combat ne doit pas tomber uniquement entre les mains du Gouvernement et des organisations compétentes, la population doit intervenir dans ce phénomène délicat ; Si vos droits en tant que consommateur sont violés de quelque manière que ce soit, que ce soit avec des produits qui ne sont pas équilibrés avec leur prix, soit lorsqu’ils nous vendent des produits à un prix bien supérieur au prix établi, la solution dans ces cas est de le signaler, car les deux constituent des crimes.

L’inflation nous nuit en tant que société, en tant que pays et en tant que consommateurs. Un bref rappel de ce phénomène ne rend malheureusement pas justice aux dommages qu’il cause, mais il nous place dans le moment historique dans lequel nous vivons, le moment d’agir.