L’ouverture énergétique renforce le rôle du secteur privé à Cuba.
Les importations de carburant sont désormais ouvertes au secteur non étatique, élargissant ainsi leur champ d’application au-delà de la simple réponse aux pénuries sur l’île.

La décision du gouvernement cubain d’autoriser les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) à gérer les importations de carburant marque un tournant dans la participation du secteur privé à l’économie nationale, dans un contexte de crise énergétique qui affecte directement la vie quotidienne du pays.
Cette mesure autorise les acteurs non étatiques à acquérir des carburants sur le marché international, à condition qu’ils respectent les exigences techniques et réglementaires établies. Cette situation survient dans un contexte de pannes de courant prolongées, de pénuries de diesel et d’essence, et de perturbations systématiques des services essentiels.
Les experts soulignent que l’autorisation constitue une étape importante, mais que le véritable obstacle sera d’ordre économique et financier. Les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) évoluent dans un contexte de liquidités limitées en devises étrangères, de restrictions bancaires et de coûts de transactions internationales élevés. L’importation de carburant implique de négocier des volumes importants et d’assumer les risques liés au transport et au stockage.
Au-delà de sa dimension économique, cette ouverture témoigne d’une reconnaissance explicite du rôle croissant du secteur privé comme rouage fonctionnel dans un contexte de contraintes financières et de limitations structurelles.
Lors d’une intervention télévisée, le ministre du Commerce extérieur et des Investissements étrangers, Óscar Pérez-Oliva, a expliqué que toute entreprise ayant la capacité d’importer du carburant pourra le faire, ce qui élargit les pouvoirs commerciaux des PME au-delà des biens de consommation ou des matières premières. En ce sens, plusieurs spécialistes s’accordent à dire que cette mesure témoigne d’une flexibilisation progressive du modèle économique, dans lequel les PME ont assumé des fonctions complémentaires face à la contraction productive du secteur public.
La possibilité d’importer du carburant élargit son champ d’action et consolide son rôle d’acteur économique majeur. Cela renforce également la tendance à une économie plus diversifiée, où la coexistence entre l’État et le secteur privé devient plus interdépendante.
Procédures opérationnelles et défis
Le processus n’est pas simple. Les entreprises intéressées doivent satisfaire à un ensemble d’exigences techniques, notamment : une autorisation de microlocalisation délivrée par l’ Institut national de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme pour certifier l’emplacement exact de l’installation de stockage de carburant.
Une certification de sécurité délivrée par l’Agence de protection contre l’incendie est également requise ; ainsi que l’agrément métrologique garantissant que les réservoirs ou installations sont conformes aux normes techniques de stockage. De plus, la gestion des importations doit être assurée par des importateurs d’État tels que QUIMIMPORT ou MAPRINTER, et le carburant doit être stocké dans des installations agréées par les autorités, qu’elles appartiennent à l’entreprise, soient louées ou situées dans des entrepôts d’État. Ce réseau d’autorisations et la nécessité d’une intermédiation étatique témoignent du haut niveau de complexité bureaucratique auquel sont confrontées les PME, notamment lorsqu’il s’agit d’un apport stratégique dans un contexte de pénurie chronique. Les ventes d’essence sur le marché informel ont déjà atteint quatre mille pesos le litre.
Impact social
Les pénuries de carburant à Cuba ne sont plus un problème sectoriel, mais un facteur qui affecte la vitalité de l’île. Elle conditionne le quotidien de la population, limite la mobilité des citoyens, augmente le coût et retarde la production de biens, entrave le transport et la distribution des denrées alimentaires et compromet la stabilité des services essentiels tels que les transports publics, la santé et l’éducation.
Dans ce contexte, la participation du secteur privé peut devenir un tampon social. Si les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) peuvent garantir des approvisionnements stables pour leurs opérations, et même pour des tiers, elles pourraient contribuer à stimuler les activités productives et à apaiser les tensions dans les communautés locales.
Cependant, les économistes préviennent que l’ouverture du marché à elle seule ne résoudra pas les problèmes structurels du système énergétique national. Les importations privées pourraient certes atténuer certains problèmes de niche, mais elles ne remplaceront pas les volumes traditionnellement gérés par l’État.