La Havane mise sur le développement local

Par Raquel Sierra Liriano,
Publié par Tribuna de La Habana le 14 juin 2023
C’est par un hommage au général Antonio Maceo (1) et au guérillero héroïque Ernesto Che Guevara qu’a débuté « l’Événement Théorique » de la IIe Foire du Développement Local La Havane 2023, au Parc Historique Militaire Morro-Cabaña, qui se tient les 14 et 15 juin (NdT : Année 2023).
La rencontre rassemble des chercheurs, des entrepreneurs, des professeurs, des étudiants de l’Université de La Havane et des représentants de ministères tels que ceux de l’Économie et de la Planification et du Commerce Intérieur.
Présidé par Maritza Romero Drake, membre du Bureau Provincial du Parti dans la capitale, Luis Carlos Góngora Domínguez, directeur des Relations Internationales et du Commerce Extérieur de la municipalité, entre autres autorités, cet événement rassemble des chercheurs, des entrepreneurs, des professeurs, des étudiants de l’Université de La Havane et des représentants de ministères tels que ceux de l’Économie et de la Planification et du Commerce Intérieur.
Comme l’a souligné Góngora Domínguez, « les sciences doivent articuler leur action avec les besoins locaux en matière de développement afin de pouvoir jouer leur rôle de véritables moteurs au niveau municipal, elles ne peuvent être absentes des processus d’innovation ».
À cet égard, il a ajouté : « Conformément à la politique expresse de l’État et du Parti, nous voulons inverser la pyramide du développement et concrétiser, par la loi, non seulement les pouvoirs, mais aussi les possibilités réelles de les exercer à partir d’une autonomie économique qui libère la force productive à ce niveau et permette aux territoires d’utiliser tout leur potentiel au service du progrès et du bien-être de leurs habitants ».
Il a souligné, sur ces questions, les problèmes diagnostiqués, les solutions proposées par les universitaires et les experts, les réflexions des responsables gouvernementaux, les acteurs économiques et les perspectives réelles dans les territoires, qui font l’objet des 96 inscriptions à cet événement.
Le programme de l’Événement Théorique comprend cinq ateliers et deux tables rondes qui aborderont ces thèmes pendant les deux jours que nous passerons dans cet excellent lieu, dont Góngora nous a encouragés à profiter au maximum lors de l’Événement et à repartir avec de nouvelles approches, expériences et résultats qui contrasteront ensuite avec les nôtres afin d’accroître nos capacités et de continuer à avancer ensemble sur cette voie, en franchissant de manière innovante les obstacles qui se dressent entre notre volonté et nos objectifs.
« Le contexte et les conditions sont idéaux pour nous consacrer aux vertus du dialogue, à l’acceptation sereine de la diversité des propositions qui peuvent être avancées pour atteindre des objectifs similaires en fonction du contexte local, territorial et municipal », a-t-il déclaré, en évoquant Maceo et le Che.
La rencontre comprendra cinq commissions : science et innovation pour le développement local ; chaînes de production ; acteurs locaux en tant que décideurs du développement territorial et rôle des jeunes et des femmes entrepreneurs.
La première partie de la rencontre, « Développement local (DL), Thèmes à débattre », comprenait des exposés de Hiram Marquetti Mofarse, Docteur en sciences, sur l’économie circulaire comme option de développement local et de Maelia Pérez Silveira, docteure en sciences, sur le développement local , espace d’interactions nécessaires et possibles pour tous les acteurs économiques.
Comme l’a souligné M. Marquetti en se penchant sur le cas de La Havane, il existe un lien très étroit, qualifié de décisif, le lien entre le développement local et l’économie circulaire. Il contribue à la réalisation effective des principaux objectifs. L’objectif d’optimiser la gestion de la plupart des ressources est à envisager dans un cadre géographique spécifique et doit intégrer la possibilité de tirer parti d’options peu utilisées.
Pour sa part, Pérez Silveira a évoqué des aspects généraux liés au contexte économique actuel, aux nouveaux acteurs et aux nouvelles formes de gestion, ainsi qu’à leurs relations avec le tissu entrepreneurial. Parmi ceux-ci, on peut citer un contexte nouveau et inconnu de beaucoup, les résistances qui se font jour pour admettre et accepter la création de relations d’échanges, d’interactions plus larges et plus ouvertes ; la méconnaissance des mécanismes, des outils et des solutions juridiques qui permettent de légitimer ces interactions et la création d’alliances stratégiques, ainsi que l’application de normes qui conditionnent la présence du secteur privé dans les relations commerciales extérieures, les réglementations bancaires, l’accès au financement et la détermination des marchés.
Lors des échanges avec le public, il a été question de la nécessité d’améliorer la formation et l’information, d’œuvrer à l’élimination des barrières mentales et des craintes grâce à la connaissance des réglementations par tous les acteurs, de la visualisation des bonnes pratiques, ainsi que des difficultés rencontrées pour introduire le modèle d’économie circulaire dans le pays.
De même, la nécessité d’actualiser et d’améliorer les normes existantes pour les projets de développement local (PDL), la pratique de la reconversion des PDL, qui ont vu le jour dans un but social, dans les très petites et moyennes entreprises (TPME) a été analysée.
Dans le cadre de cet Événement, une vente de livres de la librairie Alma Mater a été organisée, avec des titres liés à l’économie, aux sciences sociales, à la normalisation, à la gestion des ressources humaines, à l’atténuation du changement climatique et aux liens entre l’université et le secteur productif.
De même, les participants ont pu découvrir l’histoire du Parc Morro-Cabaña lors d’une visite guidée.
Le développement local nécessite des connaissances
Pour Hiram Marquetti, professeur au Centre d’Études de l’Administration Publique de l’Université de La Havane, le développement local d’une municipalité exige des connaissances, et il estime que les autorités municipales n’ont pas été suffisamment formées aux questions de développement.
« On ne peut pas parler de développement local quand on n’est pas capable de comprendre la dimension et l’ampleur des questions liées au développement. Le développement économique local est donc un sujet qui semble très limité au territoire, mais qui comporte un ensemble de complexités, où interviennent des facteurs politiques, techniques, organisationnels, sociaux, de participation, et qui nécessite une formation ».
Les municipalités, a-t-il commenté, ont élaboré leurs stratégies de développement, mais « quel est le niveau de socialisation des stratégies de développement ? Combien de citoyens connaissent les stratégies de leur municipalité ? » Il faut donc un minimum de préparation et d’outils, et davantage de prise en compte des territoires, a-t-il estimé.
(1) Antonio Maceo y Grajales (1845-1896) est un héros de la lutte pour l’indépendance de Cuba.