Le Camilo que j’ai pu voir

Article de Marta O. Carreras Rivery, Cubadebate, 29 octobre 2020. Traduit par Pascale Hébert.

61 ans après sa tragique disparition dans un accident d’avion, le souvenir de Camilo Cienfuegos, l’un des grands leaders de la Révolution Cubaine, ne s’est pas effacé des mémoires, comme en témoigne la diplomate et journaliste Marta O. Carreras Rivery qui conserve des souvenirs d’enfance précis et très marquants. Et surtout, sa figure emblématique continue d’inspirer pour ses nombreuses qualités non seulement ceux qui l’ont connu mais aussi les plus jeunes générations.
Pascale Hébert

Le Camilo que j’ai pu voir

Source : Bureau des Affaires Historiques/ Site Fidel Soldat des Idées

Comme c’est le cas pour les gens de ma génération, lorsque j’entends prononcer le nom de Camilo Cienfuegos, je l’imagine sur cette photo mythique aux côtés de Fidel, mitraillette en main, assis ensemble sur le tank. Cependant, moi j’ai eu l’occasion de voir Camilo pour de vrai.

Du haut de mes quatre ans, je me rappelle son sourire, sa longue barbe et ses cheveux courts sans chapeau. Mon père, pilote militaire, était venu nous chercher à l’école, ma cousine Maru et moi. Camilo nous invitait à faire un petit tour en hélicoptère, qui a tourné court à cause des cris de ma cousine lorsque l’appareil a décollé de la piste de ce qui est devenu par la suite la DAAFAR*. En souriant, il a passé sa main sur ma tête et a proposé de nous inviter une autre fois. Ça ne s’est pas produit.

Comme souvenir matériel de ce jour-là, il ne reste dans ma famille que la petite feuille de papier sur laquelle il avait écrit une dédicace pour ma sœur aînée, âgée de 12 ans, qui à cette heure-là assistait au lycée de Marianao à la fondation de l’organisation de base des jeunes rebelles. Le message dit « A Jackie de la part de Camilo ».

Des années après en réexaminant les images de cette époque-là, j’ai pu constater que la Révolution Cubaine a été emblématique de par ses idées et ses actes de rénovation sociale si proche des rêves séculaires de l’immense majorité des Cubains tout comme de ceux de tant d’hommes et de femmes d’Amérique Latine et du monde, et elle l’a été aussi de par la jeunesse, l’optimisme communicatif et la beauté de ses leaders.

J’ai toujours cru que la barbe et les longues chevelures qui sont devenues ensuite des étendards de la révolte de la jeunesse dans de nombreuses parties du monde, ont peut-être eu une part de leur origine dans l’image triomphante de la jeune Révolution Cubaine.

Sur la disparition de Camilo, le souvenir qui me revient est celui d’un ciel obstinément gris, de la tristesse qui inondait tout autour de moi, de l’image de tant de rubans que nous les petites filles de la famille avions attaché aux pieds des meubles en priant Saint Dimas, qui nous aidait à retrouver les jouets perdus, pour que cette fois il nous ramène Camilo. Ce fut alors aussi la première perception que j’ai eue que les dieux n’étaient pas aussi puissants qu’on me l’avait dit.

Six décennies et un an se sont écoulés et Camilo Cienfuegos continue de m’inspirer. Il lui a été donné de vivre si peu de temps dans la victoire mais si immense est le souvenir qu’il a laissé gravé en nous, son peuple, qu’il parvient jusqu’à ceux qui ne l’ont jamais connu, jusqu’à mes enfants, jusqu’à mes petits-enfants.

C’est parce que le courage, la simplicité, l’exemple personnel et la joie qui émane de l’acte sincère de se consacrer sans réserves à la construction de ce qu’il y a de nouveau et de meilleur pour le bonheur de tous seront toujours la condition indispensable pour un leadership capable de vaincre le temps et une source d’inspiration et de foi dans les heures difficiles pour parvenir à la victoire.

*DAAFAR : Defensa Antiaérea de las Fuerzas Armadas Revolucionarias.

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