Le Quartier Chinois de La Havane : couleur et traditions

Par Deyanira Herrera Coll & Otmaro Rodriguez
Photos : Otmaro Rodriguez
Publié dans OnCubaNews le 6 juin 2021

Les immigrés chinois se sont surtout installés dans les zones urbaines de Cuba, principalement dans la zone que l’on appelle « Barrio Chino » (N.d.T. : Quartier Chinois) à La Havane.
La culture millénaire chinoise, emplie de secrets et de coutumes, a laissé sa trace dans la capitale cubaine. Aujourd’hui, grâce aux travaux de restauration, l’héritage du pays oriental resurgit dans La Havane. Ses principaux promoteurs ont été les associations chinoises, les autorités gouvernementales, le projet « Ciudad amarilla » (N.D.T. : « Cité jaune »), le Groupe Promoteur du Quartier Chinois et la diaspora chinoise à Cuba.

Portail d’entrée dans le Barrio Chino

L’émigration chinoise vers Cuba a commencé vers 1847. Des centaines de milliers de migrants sont venus de Hong Kong, Macao et Taiwan, les "coolíes". À l’époque, ils étaient engagés pour travailler aux côtés d’esclaves africains dans les plantations de café et de canne à sucre de l’île. Ils travaillaient dans des conditions de semi-esclavage, avec un maigre salaire pour une journée de huit heures. Leurs contrats étaient d’une durée de huit ans, au terme desquels beaucoup pensaient à un rapatriement, tandis que d’autres rêvaient d’atteindre leur indépendance personnelle et que certains s’installaient définitivement à Cuba. Au cours du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, des milliers d’autres immigrés chinois sont arrivés sur l’île en provenance des États-Unis, fuyant la discrimination de l’époque et avec l’idée d’établir des marchés et des entreprises.

Le mannequin Ángel prend la pose face à une restaurant chinois dans La Havane

Les immigrés chinois se sont concentrés principalement dans les zones urbaines de Cuba, notamment dans la zone du "Barrio Chino" de La Havane, l’un des plus anciens et des plus grands d’Amérique latine, situé dans la municipalité de Centro Habana dans la capitale cubaine.

D’un point de vue commercial, la zone est devenue un lieu de commerces actifs et prospères. Tout d’abord, des maisons d’alimentation chinoise (fondas), des étals vendant des aliments frits, des couennes de porc, des sucreries et des fruits ont été créés. Puis les quincalleries et les blanchisseries ont été ajoutées. Des services de réparation de chaussures et de montres étaient proposés. Peu à peu, les commerces deviennent plus notables et diversifiés, des entrepôts sont construits pour vendre des produits d’épicerie, de la volaille, du poisson séché, des sodas et des pharmacies, celles-ci proposant des produits exclusifs importés de la riche et millénaire médecine traditionnelle chinoise.

Barbier dans le Barrio Chino de La Havane}

La population chinoise était organisée en sociétés dites "d’instruction et de loisir", regroupées par nom de famille et région d’origine ; mais elles servaient aussi de soutien aux migrants qui n’avaient pas de parents à Cuba. Il existait également des associations à caractère commercial, comme la Chambre de Commerce Chinoise (située dans la rue Reina, entre les rues Manrique et San Nicolás). Ils avaient la Banque de Chine - qui parvint à gérer une grande quantité d’argent liquide - ainsi qu’un centre de consultation médicale et un laboratoire qui étaient situés dans le quartier.

Cet édifice fut la Chambre de Commerce Chinoise à La Havane

La culture chinoise était présente dans la communauté et sa population. Des sociétés culturelles et sportives ont été créées, comme celles d’arts martiaux. Il y avait quatre cinémas, dont l’Aigle d’or, qui proposait également des représentations d’opéra chinois.
Aujourd’hui, ce quartier compte plusieurs restaurants proposant une cuisine traditionnelle chinoise et internationale, un jardin de bonsaïs et un nouveau salon de thé. Plusieurs rues sont pavées et on y trouve une pharmacie de médecine traditionnelle chinoise.

Parmi les personnalités qui ont soutenu la récupération et l’entretien de ce site emblématique, on peut citer : Roberto Vargas Lee, fondateur de l’École cubaine de Wushu et Flora Fong, artiste plasticienne d’origine asiatique. Aujourd’hui, la plupart des établissements et des sociétés se concentrent entre les rues Zanja et Dragones puis entre les rues Escobar et Amistad, où le Portique chinois, également appelé "Pórtico de la Amistad" (NdT : « Portique de l’Amitié »), œuvre architecturale unique en Amérique latine, délimite le centre historique de la ville.

Le Barrio Chino de La Havane

Dragón dans le Barrio Chino de La Havane

Se promener dans les rues du Barrio Chino, contempler sa beauté, ressentir sa culture, apprécier ses saveurs et ses odeurs orientales, est une expérience unique pour quiconque visite le quartier des dragons et des lanternes.

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