Le ministre de l’Énergie et des Mines prévoit une rapide amélioration, mais partielle, du réseau électrique cubain.
La priorité est donnée à la réparation des centrales thermoélectriques, à l’accélération de l’intégration des sources d’énergie renouvelables et à un changement culturel des modes de consommation, avec pour objectif stratégique la réalisation de la souveraineté et de l’autonomie énergétiques.

Apagon, vocable bien connu hélas, de chaque cubaine, de chaque cubain. Les incidents électriques se succèdent et s’amplifient depuis de trop nombreux mois. Chaque heure sans électricité équivaut à une perte de production, des aliments avariés, des études interrompues, des services de santé limités et une vie quotidienne soumise à un stress constant.
Derrière ces pannes trop fréquentes se cachent des facteurs structurels, un blocus inhumain et une stratégie de relance complexe qui n’a pas encore totalement inversé les effets sur la vie des gens.
Le ministre de l’Énergie et des Mines, Vicente de la O Levy a détaillé les progrès, les défis et les perspectives du Système électrique national. Ce plan privilégie la réparation des centrales thermoélectriques, l’intégration accélérée des sources d’énergie renouvelables et un changement culturel dans les modes de consommation, avec pour objectif stratégique la réalisation de la souveraineté et de l’autonomie énergétiques.
DL
Il répondait aux questions de journalistes il y a quelques jours.
La production d’énergie thermique constitue un enjeu crucial. Quel est le solde des travaux de maintenance des infrastructures réalisés en 2025 et quel impact auront-ils l’année prochaine ?
Dans le cadre du Programme gouvernemental visant à récupérer jusqu’à 1 400 mégawatts (MW) de production thermique, la maintenance du capital de 5 centrales thermo-électriques (…) devait être terminée d’ici l’été mais leur achèvement a été retardé. Lorsque nous les avons ouvertes, nous avons constaté un volume de travail plus important que prévu. Il n’était pas judicieux de les relancer en laissant des choses inachevées, car elles allaient alors constamment échouer. (...) Dès janvier 2026, toutes ces unités seront en production. Il s’agira d’une puissance supplémentaire par rapport à celle que nous avons progressivement acquise en 2025.
Parallèlement, des progrès sont réalisés dans le domaine des énergies renouvelables…
En 2025, nous avons achevé environ mille mégawatts du programme d’installation d’énergies renouvelables dans des parcs solaires photovoltaïques. (...) Le premier projet – l’école d’infirmières de La Havane – a été synchronisé en mars. (...) En 2026, une capacité importante sera également intégrée tout au long de l’année, ce qui permettra une production d’énergie renouvelable plus élevée. En 2025, il y a eu des moments où, à un moment donné de la journée, 30 % de la production a été réalisée grâce aux énergies renouvelables, ce qui représente une part importante. L’énergie solaire photovoltaïque a atténué les coupures de courant pendant la journée ; par exemple, sans cette source de production, les effets pendant la journée seraient similaires à ceux qui se produisent pendant les heures de pointe de la demande. Outre les économies de carburant, qui constituent notre principal objectif, nous avons découvert de nouveaux atouts, comme lors de l’ouragan Melissa ; des provinces comme Guantánamo et Granma sont devenues des îlots énergétiques grâce à la production décentralisée et aux parcs solaires. Cela nous a amenés à repenser la conception du système par région, afin de protéger les secteurs vitaux de l’économie et de la défense.
Le programme d’énergies renouvelables ne se limite pas à l’énergie solaire ; des travaux sont également en cours pour le combiner avec des parcs éoliens.
Quel rôle joue la production décentralisée dans la stratégie actuelle ?
En 2021, nous ne disposions que de 30 % de la capacité de production décentralisée. Si l’ouragan Melissa nous avait alors frappés (…) nous n’aurions pas pu réaliser ce que nous avons accompli. Grâce aux générateurs de secours, nous maintenons désormais une disponibilité supérieure à 80 %. Grâce à cela, les centres vitaux tels que les hôpitaux dans les zones touchées n’ont pas interrompu leurs activités pendant plus d’un mois de perturbations. Certaines provinces, opérant de manière isolée, disposaient même de plus d’énergie qu’avec le système interconnecté. Cela nous a amenés à analyser et à revoir notre programme de développement.
Malgré ces progrès, les pannes de courant persistent. Quelle en est la cause profonde ?
Dans cette situation difficile, entre production thermique, distribuée, solaire photovoltaïque et à gaz, notre système dispose techniquement de plus de 3 200 MW équivalents à la demande à cette période de l’année. (…) Mais il y a une pénurie de carburant très importante. Nous disposons d’un système de production décentralisée d’une capacité de plus de 1 000 MW, quasiment hors service en raison de cette pénurie. La cause fondamentale est financière. C’est pourquoi nous devons éliminer notre dépendance totale aux carburants importés. Le chemin est long, mais nous y travaillons, avec nos ressources très limitées (...)
Nous élaborons un programme national au-delà de l’investissement dans la génération d’énergie. (…) On parle de transition énergétique, et ce n’est pas qu’un slogan. Tous les acteurs économiques, publics ou privés, doivent y prendre part. D’ici trois ans, au moins 50 % de leur consommation d’énergie doit provenir de sources renouvelables. Des progrès ont déjà été réalisés (...) Un autre élément important est l’augmentation de la production nationale de pétrole et de gaz, qui était en baisse faute de financement. Grâce à nos propres ressources, nous avons progressé (…) et nous démarrerons 2026 avec une production encore plus élevée.
Des objectifs dès 2026.
(...) Nous devons continuer à entretenir nos centrales thermiques et nous devons prendre une décision complexe concernant les centrales de Guiteras et Felton [que nous devrons momentanément fermer ] Concernant la situation des carburants, un niveau d’allocation est prévu pour 2026, mais pas la croissance significative des volumes nécessaire. Nous continuerons de subir d’importantes pénuries de carburant. Cette année ne sera pas celle où nous atteindrons zéro panne de courant. Il y aura une diminution, mais le chemin à parcourir est encore long. (…) N’oublions pas que nous avons perdu la base de superpétroliers de Matanzas, une infrastructure logistique essentielle pour une distribution plus flexible. Aujourd’hui, les réservoirs sont entièrement construits (…) Des progrès sont réalisés en vue de leur achèvement avec tous les systèmes : protection incendie, paratonnerres, pipelines pour le transfert de carburant, services aux navires… La pénurie de carburant n’est pas seulement due à un manque de moyens financiers ; elle est aussi liée à la logistique : navires, remorqueurs, trains, réservoirs, stockage et distribution nationale. Nous nous attaquons à tous les problèmes, mais c’est un défi de taille qui exige d’importantes ressources.
(…) Il est essentiel de comprendre que les réseaux de transport, les sous-stations électriques, ont également besoin de ressources et d’un entretien constant.
Maintenir un réseau électrique national interconnecté, qui couvre la quasi-totalité de la population, représente un immense défi : il faut assurer la maintenance de nombreux transformateurs, de milliers de kilomètres de câbles, d’isolateurs, de sous-stations, de systèmes d’interconnexion et d’automatisation, ainsi que d’un personnel technique nombreux.
Cet effort a-t-il bénéficié d’un soutien international ?
Nous avons bénéficié d’une aide précieuse de pays amis. Par exemple, quatre centrales solaires photovoltaïques de 20 MW, offertes par la République socialiste du Vietnam, sortent de terre. C’est la même chose avec la Chine ; après l’ouragan Melissa, nous avons reçu un don de 5 000 systèmes solaires pour les maisons. Par ailleurs, sept parcs d’un projet de 120 MW ont été inaugurés ; les autres seront achevés au premier trimestre 2026. Il s’agit d’une aide considérable. Il convient de noter qu’après avoir étudié notre système, (…) ces pays se sont engagés, comme nous, à rendre Cuba indépendante des importations de combustibles.
Le ministre concluait en rappelant que « c’est le début de la transition énergétique, mais un pays ne se transforme pas en un an. Ce fut une année très difficile, marquée par la pire pénurie de carburant que nous ayons jamais connue. La situation était très tendue, avec de longues coupures de courant, certaines régions subissant des pannes de 24 heures. [2026] sera une année difficile, légèrement meilleure, car nous sommes mieux préparés. Nous aurons une production d’électricité plus importante, mais nous ne parviendrons pas à éliminer les coupures de courant. »
« Il y aura une baisse, mais le chemin est encore long. C’est (...) la voie vers l’autonomie et la souveraineté énergétique. Nous devrons continuer à lutter, à résister, à construire et à améliorer le Système électrique national »