Le poumon vert de La Havane

Le poumon vert de La Havane : pourquoi la biodiversité du Jardin botanique national est-elle essentielle à la ville ?
À première vue, le Jardin botanique national (JBN) de Cuba pourrait sembler être un lieu de loisirs où l’on peut admirer des plantes indigènes et exotiques. Cependant, ses près de 500 hectares entre les municipalités de Boyeros et Arroyo Naranjo abritent un écosystème vital qui transcende ses murs. Ce n’est pas seulement un musée vivant de la flore : c’est un laboratoire naturel, un refuge pour des espèces menacées et un acteur silencieux mais fondamental dans la santé de la ville et du bassin hydrographique de la rivière Almendares.
Source : Cubadebate - Auteur : Abel Padrón Padilla, MsC. Aleli Morales Martínez
Collections vivantes et banque génétique
Le JBN abrite environ 3 500 espèces de plantes, avec un herbier qui conserve environ 250 000 spécimens d’une valeur documentaire incalculable. Ces chiffres en font un centre de référence pour la recherche botanique dans les Caraïbes. Leur mission n’est pas seulement d’exposer ; l’institution travaille activement à la classification et à la conservation des espèces cubaines, dont beaucoup sont endémiques et en danger, dans le cadre de la Stratégie cubaine pour la conservation des plantes. Pour les jeunes professionnels, le JBN représente une salle de classe vivante, étant également le seul lieu de formation de master en botanique dans le pays et la National School of Horticulture and Landscape.
Un sanctuaire pour la faune cubaine et migratrice
Au-delà des plantes, le JBN est un lieu prisé pour l’observation des oiseaux. 130 espèces ont été recensées, dont 60 % sont migratrices, reliant Cuba à l’Amérique du Nord et du Sud. Cela lui confère une importance régionale majeure.
À l’intérieur de ses limites vivent neuf espèces endémiques de Cuba, dont le pic vert et le cartacuba, ainsi que le faucon à longue queue en voie de disparition (espèce de disparition), qui a établi des nids dans la forêt de pins du jardin. La présence de la bijirite de pins, auparavant seulement décrite dans les zones montagneuses de Pinar del Río, démontre comment la gestion du jardin crée des microhabitats adaptés. L’apparition récente de la cartacuba dans le ruisseau saisonnier Pancho Simón montre la capacité de la faune à s’adapter aux conditions offertes par le jardin.
Refuge clé pour les papillons cubains
Le Jardin botanique national de Cuba abrite une grande diversité de papillons, représentant 42 % des espèces rapportées dans le pays et comprenant 25 % des taxons endémiques, ce qui en fait un refuge potentiel pour leur conservation. Son importance réside dans le fait que, bien qu’étant une zone suburbaine avec une influence humaine intermédiaire, elle fonctionne comme un réservoir de biodiversité, comparable aux espaces naturels, et offre des opportunités d’écotourisme et d’éducation environnementale.
Lien écologique du bassin des Almendares
Peut-être que le rôle le plus stratégique du JBN, et souvent le moins visible, est sa relation avec la rivière Almendares. La végétation du JBN protège les bassins versants des cours d’eau affluents, contribue à la régulation de l’eau et sert de filtre naturel contre la pollution. Les améliorations des niveaux d’oxygène de la rivière, qui soutiennent désormais des poissons comme le tilapia, sont une conséquence directe de ces politiques de conservation. La protection des écosystèmes du jardin lui-même a permis d’augmenter les précipitations du lieu et de maintenir propre toute la zone d’infiltration du bassin qui lui correspond.
La science citoyenne et l’avenir
Le JBN publie son propre Journal of the National Botanical Garden, fondé en 1980, qui contient plus de 700 articles scientifiques, dont beaucoup sont disponibles en libre accès. Ces études vont de la taxonomie des papillons aux variations spectrales de la végétation ou aux schémas d’émergence des libellules. Pour les praticiens, la combinaison de recherches rigoureuses, d’éducation environnementale et de conservation active fait du JBN un modèle de la manière dont la science peut être intégrée au développement urbain durable.
Le Jardin botanique national de Cuba n’est pas un espace isolé : c’est un articulateur écologique qui soutient la biodiversité de La Havane et protège l’une de ses sources d’eau les plus importantes. Sa conservation n’est pas un luxe académique, mais une nécessité stratégique pour la qualité de vie dans la capitale. Le savoir est la première étape pour le valoriser et le défendre.