Le pouvoir révolutionnaire, entre ce qui émerge et ce qui perdure.

Par Ricardo Ronquillo Bello
Publié dans Juventud Rebelde le 31 octobre 2020

Ce qui émerge et ce qui perdure n’ont jamais formé un couple bien assorti à Cuba. Soumis à la tyrannie des circonstances, entre les harcèlements et obsessions mesquines, le projet politique de la Révolution s’est vu entraîné par des épisodes durs et continus vers un état d’urgence permanent.

Le son des sirènes s’éteint peu souvent et lorsqu’il le fait c’est pour nous donner un calme tendu. Ce qui précède fait partie du miracle soulevé depuis 1959. Ce type de situation a donné forme à l’image d’un pays érigé depuis une tranchée, avec toutes les conséquences que cela implique, tant du côté des réussites extraordinaires comme du côté des déformations ordinaires.

Nous ne pouvons pas oublier que plus de 20 ans de crise continue, entre tant de besoins à satisfaire et de problèmes à résoudre, a fait germer parmi nous une psychologie de l’urgence avec sa difficile séquelle de démotivations.

C’est pourquoi nous apprécions tant que non seulement le pays cherche à imposer son rythme mais aussi qu’il conduise, comme nous n’y sommes jamais parvenus jusqu’à ce jour, le temps de notre transformation par-dessus les interminables escarmouches.

Aujourd’hui même, pendant que la grave situation sanitaire et la crise totale débouchent sur une étrange « normalité », à la fin de la crise nous apercevons comment diminuent les justifications qui alimentent les courants politiques retardataires, ouvrant les contours d’une nouvelle mentalité et institutionnalité. Ceci finit de donner foi à la dernière session de la 5e période ordinaire des sessions de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire lors de la 9e législature avec l’approbation des lois du Service Extérieur de l’organisation et du fonctionnement du Conseil des Ministres, de la révocation des élus aux organes du Pouvoir Populaire et du Président et VicePrésident de la République.

Pas même les secousses de la covid-19 n’ont retenu l’élan pour donner une forme juridique à la Constitution récemment approuvée dans la continuité du calendrier législatif. Résultat de tout ceci, tous les organes supérieurs de l’Etat cubain comptent à présent avec leurs règles de fonctionnement, chose essentielle, non seulement comme chemin vers la construction de l’institutionnalité inscrite dans la Constitution mais aussi en direction de la consolidation de l’Etat Socialiste de Droit.

Le repositionnement radical dans la 2e Constitution de la période socialiste achève de prendre sa forme légale, approuvée par référendum avec un large consensus populaire.

La relecture minutieuse de ces dispositions permet d’apprécier une meilleure définition des pouvoirs qui, comme je l’ai indiqué à d’autres moments, accentue les contrepoids politiques dans une période où s’approfondit la substitution progressive des figures historiques dans le leadership et que prennent les rênes des personnalités plus jeunes qui n’ont pas bénéficié de l’autorité que conféra la lutte contre Batista.

Cet équilibre et diversité de pouvoirs, bien administrés, peuvent favoriser une meilleure proportionnalité, impartialité, harmonie et équilibre dans la prise de décisions et à la longue cimenter la robustesse et l’irréversibilité du système socialiste.

Ce qui distingue spécialement ces normes, c’est le poids du rendre des comptes et du contrôle populaire sur les élus dans les principaux postes de direction, ainsi que les très larges possibilités de révocation, qui permettent de le faire autant pour les élus que pour des mesures qui contreviennent à l’esprit de la loi.

En ce sens, le Parlement a offert un signal éclairant lorsque, après avoir présenté le rapport sur l’exécution du budget 2019 de l’Etat, on a réalisé une analyse critique des lacunes, souvent graves, qui compromettent sa mise en œuvre. Cela fut rappelé avec insistance, le budget de l’Etat à rang de loi et les lois doivent être appliquées. Cette structure étatique suprême, bien entendu, doit être soumise à un contrôle rigoureux.

Non moins significatif fut d’apprécier l’intensité de l’engagement pour cesser d’administrer la crise et s’occuper du développement. Ce fut évident dans les interventions du Vice Premier Ministre en charge de l’Economie et la Planification, Alejandro Gil Fernandez et du Président de la République Miguel Diaz-Canel Bermudez. Ce dernier, après avoir insisté sur l’urgence d’accélérer le rythme des transformations profondes que nous devons à nous-mêmes, souligna la volonté du gouvernement d’avancer avec détermination pendant les deux mois restants de l’année pour parvenir au plus haut niveau de mise en œuvre.

C’est alors que vint à nouveau à la mémoire la façon avec laquelle la Révérente Miriam Ofelia Ortégo Suarez, qui fut députée à l’Assemblée Nationale, rappelait toujours Fidel : « Il écoutait, essayait de comprendre et opérait des actions rapides, surprenantes et uniques ». Il semble que seulement ainsi, nous pourrons dans l’avenir équilibrer ce qui émerge et ce qui perdure.