Los déambulantes (1)

La rue pour exister

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Lorsque l’on se rend à Cuba, un grand nombre d’entre nous partage la vie quotidienne de la population : transport, commerces, bars etc... Et pourtant "ils" sont là, à nos côtés, proches de nous et souvent non identifiables. Comment les appeler ? Ce ne sont pas tous des SDF, certains ont un domicile mais passent leurs journées, et souvent leurs nuits, à déambuler dans les rues. Alors appelons-les des « déambulants ». Ce phénomène social en augmentation et la façon dont est conçue la prise en charge de ces personnes sont analysés dans un long article ici résumé et adapté.
MCD

Yurisdaisy Bustamente Pérez travaille dans le Centre pour les personnes « déambulantes » de La Havane depuis son ouverture en 2015. On y trouve des centaines d’histoires aussi différentes qu’incroyables, des vies qui ont en commun la bataille que mènent les institutions pour guérir les blessures et effacer la stigmatisation qui accompagne tous ceux qui rentrent dans ce centre. Sous-directrice chargée du travail social depuis 2016, elle connaît comme personne les particularités d’un lieu qui accueille actuellement 225 personnes, jusqu’à 400 à d’autres périodes. Depuis 2015, plus de 900 personnes sont passées ici.

« Nous avons constaté ces derniers mois une augmentation. Le déracinement familial, les problèmes sociaux, l’émigration de jeunes et le vieillissement démographique expliquent cette augmentation. Nombre de personnes actuellement accueillies ont vu leur logement vendu par des membres de leur famille désirant partir à l’étranger ou ont eux-mêmes vendu, n’ont pas pu partir et se sont retrouvées démunies. » Ce sont majoritairement des hommes, plutôt âgés qui souffrent souvent de troubles psychiatriques ou de problèmes liés à l’alcoolisme. On trouve moins souvent des problèmes de toxicodépendance.

« Nous n’avons actuellement que 37 femmes. La majorité sont dans ce centre depuis longtemps à cause de problèmes d’alcoolisme, certaines souffrent de troubles mentaux ou ont vendu leur logement et aucun de leurs proches ne veut les prendre en charge. » (…)

Yurisdaisy précise que la déambulation n’est pas un délit mais une conduite sociale et la présence dans le centre est fondée sur le volontariat. Ceux qui ne veulent pas rester dans l’institution peuvent partir, ce qui peut induire l’impression que l’on ne fait rien pour eux. « On les accueille mais bon nombre d’entre eux ont un logement et exigent d’y retourner ».

D’où cette question : pourquoi déambulent-ils dans les rues s’ils ont un endroit où vivre ? « La situation actuelle a conduit de nombreuses personnes âgées à sortir dans les rues pour vendre quelque chose ou rechercher de la nourriture, d’où cette impression d’un nombre plus important de « déambulants ». Les aides de l’État pour les anciens isolés ne sont pas suffisantes ». (…)

[Une assistante sociale souligne] « Nous avons des gens qui ont pris une mauvaise décision à un moment donné et se retrouvent ici. Nous les considérons comme des nôtres, mais hors d’ici beaucoup ne les perçoivent pas ainsi. Pour la société, ils représentent des pestiférés (…) » regrette-t-elle.

(…) Au-delà des premiers soins, un groupe multidisciplinaire composé de gériatres, de podologues, de psychiatres et d’ophtalmo est présent chaque vendredi pour répondre aux besoins de chaque patient. (…) La qualité des soins est assurée mais le véritable problème est de trouver du personnel à temps complet. (…) Face à ces difficultés, il faut souligner que 34 des 74 employés par le centre sont d’anciens patients qui n’ont pas de point de chute et vivent dans l’institution, travaillant à la cuisine, la blanchisserie, au nettoyage ou comme assistants sociaux.

Bien que l’objectif ne soit pas de garder longtemps les patients, il n’est pas toujours possible de permettre leur réinsertion dans la société. « En général, nos patients restent de 3 à 6 mois, les autorités municipales recherchent les membres de leurs familles. S’ils n’ont nulle part où aller, ils restent plus longtemps ». Pour ceux de plus de 60 ans sans famille, l’institution fait les démarches pour qu’elles trouvent une place dans un foyer pour personnes âgées.

Quant aux plus jeunes, nombreux sont ceux qui ont vendu leur logement et n’ont pas les moyens de payer un loyer. Impossible d’envisager une réinsertion si on ne peut leur procurer au moins un logement propre ou une place dans un foyer, par exemple un de ceux prévus pour les sinistrés suite aux ouragans ou autres phénomènes climatiques.

La solution est souvent de les garder dans le centre. Il fallut alors obtenir les ressources indispensables pour une institution qui n’était pas au départ conçue pour de longs séjours. Leur fournir nourriture, soins, vêtements, etc. gratuitement nécessite de faire appel au financement des autorités locales et à l’implication de toutes les parties prenantes car « de nombreuses personnes abandonnent leurs parents ou leurs grands-parents car ils savent que personne ne restera démuni malgré toutes les difficultés économiques ». (…)

La solution n’est pas uniquement de la responsabilité du gouvernement et, même si les liens familiaux sont distendus, il existe des dispositions juridiques sur les responsabilités de chacun au sein des familles.

A suivre...