Lutte contre les pertes dans les réseaux d’eau potable à Cuba

L’expérience menée à Santa Clara avec Cuba Coopération France

Depuis de nombreuses années Cuba Coopération France développe d’importants projets à Cuba, dans plusieurs secteurs, en liaison, d’une part, avec les autorités cubaines et leurs services spécifiques, d’autre part avec des entités françaises, telles que le SIAAP*, ou, comme ici, la société Eau de Paris.
Ces actions sont menées par nos « collectifs », créés au sein de CCF, et nous vous proposons ci-dessous l’un des comptes rendus de notre collectif « Eau et Assainissement », présent dans plusieurs régions de Cuba, là à Santa Clara, capitale de la province de Villa Clara, située au centre de Cuba.
(*SIAAP : Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne)
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L’eau est indispensable à la vie. Les besoins en eau de consommation ont considérablement progressé dans le monde alors que les quantités disponibles accessibles se raréfient.
Ce phénomène est mondial et Cuba n’échappe pas à cette problématique. Bien au contraire, sa situation géographique et sa nature insulaire conduisent à des phénomènes pluvieux très irréguliers, dans le temps et en intensité.
Sa constitution géologique fait que les réserves souterraines sont limitées et peu profondes et donc vulnérables. Elles ne permettent pas à elles seules de satisfaire les besoins en eau nécessaires à l’alimentation, l’irrigation et l’industrie.
La création de barrages permet de pallier ce manque de réserves naturelles en retenant une partie des eaux de pluie. Néanmoins les quantités disponibles restent limitées et inégalement réparties, leur gestion doit être économe.

Les réseaux urbains de distribution de l’eau potable sont anciens, 60 ans et plus.
Ils n’ont pas pu être rénovés ni entretenus par manque de moyens. Ils présentent des fuites nombreuses et importantes qui font que leur rendement est faible.
Les quantités d’eau disponibles restant limitées, la distribution de l’eau se fait la plupart du temps de façon alternée par quartiers et pendant deux ou trois heures.

L’INRH* qui a en charge l’alimentation en eau de la population, met en place un vaste programme visant à améliorer la qualité de la distribution tout en préservant la ressource.
La lutte contre les fuites est devenue une priorité.
Un service en charge de cet objectif a été créé au sein de l’INRH, et Cuba Coopération a organisé pour sa responsable Caridad LANIER Diaz de Villegas, « Especialista Principal de Ingenieria » au sein du GEAAL*, des journées de formation et d’échanges en octobre 2016 avec les responsables de la direction de la distribution de l’eau à Paris.

Caridad Lannier (au centre) au réservoir de Montsouris dans le 14ème

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La même à droite . . . bien équipée ! . . . lors de sa visite à l’usine d’eau potable de Joinville-sur-Marne qui appartient à Eau de Paris et qui alimente Paris

Cuba Coopération a également participé aux conférences internationales de Cubagua à La Havane en mars 2017 sur ce thème de la lutte contre les fuites.

L’amélioration du rendement d’un réseau de distribution est un projet d’envergure, long et qui demande de la rigueur. Les étapes pour y parvenir sont clairement établies. Elles sont intangibles.
Il faut tout d’abord établir les plans ou les mettre à jour s’ils n’existent pas, réaliser l’inventaire des réseaux, tronçon par tronçon, grâce à des recherches visuelles ou par détection, mettre en place des comptages d’exploitation pour connaître précisément les volumes entrant et sortant, et traiter les données d’exploitation ainsi recueillies afin de quantifier les pertes.

Ce calcul donne une valeur globale des volumes perdus et donc un état du réseau mais il ne permettra pas de situer les fuites individuelles ni de les quantifier.
Pour être efficace, la réparation des fuites doit commencer prioritairement par les plus importantes.
Pour cela on sectorise le réseau en le divisant en plusieurs sous-réseaux appelés secteurs.
Un secteur est délimité par des vannes fermées, des extrémités d’antennes et des comptages.

Pour chaque secteur, les volumes entrants et sortants sont mesurés, ce qui permet de suivre les volumes mis en distribution en permanence ou de façon temporaire et donc estimer les volumes perdus.
Pour les réseaux alimentés en permanence, les suivis des débits nocturnes permettent également de repérer rapidement les fuites.
Plus les secteurs sont petits et plus la recherche des fuites est facilitée.

Lors de leur venue en France en février 2019, Fermin, directeur des relations internationales de l’INRH et Antonio Monzón Sánchez, spécialiste principal de la EIPH-VC* à Santa Clara nous avaient fait part du grand intérêt qu’ils portaient à la sectorisation des réseaux d’eau potable, et de l’étude que menait à Santa Clara Antonio Monzón.

1ère photo Fermin (avec le casque), 2ème photo Monzon (à droite), lors de leur visite du chantier Eiffage. Il s’agissait du percement d’un tunnelier pour l’installation de canalisations eau entre Cassis et La Ciotat.

Lors d’une mission en mai 2019 nous avons pris connaissance de l’état d’avancement de cette étude sur le réseau de Santa Clara qui devrait constituer un modèle d’expérience pour les autres réseaux cubains.
Les premières étapes de plans et d’inventaire ont été réalisées et la base de données est disponible sur SIG (Système d’Information Géographique).
Cet outil informatique permet de situer sur un relevé photo (de type Google Earth) l’ensemble des ouvrages hydrauliques.
Le tracé filaire est réalisé sur le logiciel autocad, avec les mailles du réseau.
Un modèle mathématique hydraulique destiné à simuler les débits et pressions dans un secteur de réseau a été construit.
Ce modèle permettra de corréler la réalité aux prévisions mathématiques et conduire ainsi à la détection des fuites.

L’étape suivante consiste à mettre en place les appareils de mesure, débitmètres sur les canalisations d’alimentation et compteurs individuels pour la distribution des consommateurs.
Un secteur test a été choisi.
La canalisation d’alimentation du secteur est en très mauvais état et doit être préalablement remplacée.
La fabrication des tuyaux se fera à Cuba et Cuba Coopération a déjà acheminé en décembre 2020 le matériau nécessaire (granulés de PEHD (Poly Éthylène de Haute Densité).
Nous allons également faire parvenir en 2012 à l’INRH pour Santa Clara les compteurs et le débitmètre ainsi que des pièces de réparation pour le réseau.

Ainsi lorsque les divers éléments auront été installés, les techniciens de Antonio Monzón pourront commencer à engranger l’expérience qui permettra plus tard à l’INRH de reproduire ce modèle sur les autres secteurs et réseaux.

Jean-Pierre Bourrillon, membre du collectif « Eau-Assainissement » de Cuba Coopération France.

*INRH : Instituto Nacional de Recursos Hidráulicos : Institut national de ressources hydrauliques.
*GEAAL : Grupo Empresarial de Acueducto y ALcantarillado : Groupe de travail sur les aqueducs et les égouts
*EIPH VC : Empresa de Investigaciones y Proyectos Hidraudraulicos de Villa Clara : Société de recherche et de projets hydrauliques de Villa Clara.