Message de Raul Torres à la jeunesse cubaine

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Raul Torres, musicien cubain populaire, auteur et interprète de nombreuses chansons remarquables et engagées, s’adresse, dans un message paru sur Facebook, à la jeunesse de Cuba.

Dans ce message d’une grande force il demande aux jeunes cubains qui se questionnent de résister à la propagande diffusée sur les réseaux sociaux et de comprendre que la guerre qui est menée contre leur pays par Trump pourrait tout anéantir, leur présent, leurs espoirs et leur avenir.

Il ne faut pas douter et, leur dit-il, la certitude est que seul ce que l’on défend perdure.

LE FEU NE POSE PAS DE QUESTIONS

À ceux qui ont grandi avec la « Période spéciale » (ou après) dans les os, le reggaeton et le partage dans les écouteurs, à ceux qui n’ont pas connu la Sierra mais qui ressentent le Malecón comme leur propre battement de cœur.

Je viens vous parler depuis un endroit inconfortable, depuis l’humidité de la terre quand la tempête approche, je viens vous dire une vérité que j’aimerais ne pas avoir à prononcer : les bombes ne lisent pas les cartes d’identité, les bombes ne vérifient pas si vous êtes militant, apathique, rockeur, changeur de dollars, croyant ou athée.

Ceux qui convoitent cette île, ce « fruit mûr » dont rêvait Adams, ne lancent pas de missiles intelligents contre des idées, ils les lancent contre des fenêtres, contre le manguier dans la cour où est assise grand-mère, contre le banc du parc où tu as donné ton premier baiser au goût de sucette, contre la résidence universitaire où, aujourd’hui même, tu discutes avec passion pour savoir si Silvio ou Cimafunk, si le blocus est le seul coupable ou si le blocus interne et la bureaucratie nous étouffent.

L’impérialisme, quand il décide d’être cruel — et il décide toujours de l’être —, est le grand égalisateur dans la mort, ce sera le bruit qui étouffera la dernière chanson de Bola de Nieve, des taches et des petites taches rouges recouvrant l’uniforme fraîchement repassé du pionnier. C’est le silence du téléphone après l’explosion.

Vous, les jeunes, avez le droit légitime à la critique, à rêver d’autres mondes possibles, à l’irrévérence. La Révolution n’a pas été faite par de vieux fatigués ; elle a été faite par une poignée de jeunes imberbes à la caserne de Moncada, des étudiants qui ont troqué le livre contre le fusil sur le perron, des enseignants qui ont alphabétisé d’une main et brandi un M-52 de l’autre. C’est là le paradoxe : pour avoir le droit de changer ce qui nous fait mal, nous devons d’abord nous assurer qu’il reste quelque chose à changer.

Pourquoi la défendre ?

Un fou a dit un jour que la guerre est la mère de toutes choses, mais la guerre impérialiste n’est pas une mère ; elle est orpheline d’âme. Elle ne crée pas, elle anéantit seulement. Face à cet anéantissement, la défense de la Patrie devient l’acte philosophique suprême du jeune : choisir la vie face au néant, choisir de vivre face à la seule option du chaos de l’acier et du feu du voisin enragé.

À ces patriotes de la vie qui écoutent et obéissent aux haineux nés à Cuba mais qui sont aujourd’hui plus trumpistes que Trump, je ne leur demande qu’une chose : imaginez un instant l’alternative. Imaginez que le bruit des avions ne soit pas celui de la Foire du livre survolant La Cabaña, mais celui des éclats d’obus sur La Rampa. Imaginez que la file d’attente ne soit pas pour le pain de la bodega, mais pour identifier des corps.

Là est la clé : les bombes ne font pas de distinction. Elles tuent le juste et le pécheur. Elles tuent la chanson et la boisson. Elles tuent les commérages du quartier et la thèse de fin d’études.

C’est pourquoi nous comptons sur ton courage, mon ami. Car c’est en réalité le courage lucide de celui qui aime profondément. Le courage du jeune qui comprend que la meilleure œuvre d’art est un avenir possible, que la meilleure philosophie est l’action de préserver la vie digne de ton peuple.

Défendre la Patrie aujourd’hui, pour vous, c’est savoir que si la mort rôde, qu’elle nous trouve debout. Qu’elle nous trouve l’outil à la main, que ce soit un fusil, un scalpel, une pelle ou un micro. Car si cette île s’éteint sous les bombes de ceux qui ne l’ont jamais comprise, s’éteindra aussi le murmure de l’amour dans la nuit havanaise, le marchandage au marché, la fierté de la mère, les quatre coins , le football dans la rue, la fête, la soirée, la plage, le daiquiri et l’espoir de celui qui croit que, malgré tout, on peut encore être meilleur.

Ne laissez pas la peur vous convaincre que l’abandon est une option. Abandonner, c’est livrer votre poésie aux rats et votre philosophie au bourreau, c’est laisser le dernier son de Cuba être le cri et non la chanson.

Nous sommes là, avec la même peur que vous, mais avec la certitude que seul ce que l’on défend perdure.

Mettez la main sur votre cœur, ressentez ce tambour, ce son est l’écho de tous ceux qui sont tombés pour que vous ayez aujourd’hui le luxe de douter.

Maintenant, transformez ce doute en veille, et cette veille en tranchée.

Car la Patrie, au final, n’est pas seulement la carte de notre cher crocodile dans le livre d’histoire.

La Patrie, c’est le garçon et la fille qui lisent ceci en ce moment même, et l’air qu’ils peuvent encore respirer sans demander la permission à aucun empire.

Car si un jour il fallait demander la permission à l’empire… Eh bien, ce jour-là

NOUS N’AURIONS PLUS DE PATRIE !! OU LA MORT

NOUS VAINCRONS !!!