Modernisation de la gestion publique : stations de libre-service numériques

Au cœur de la Vieille Havane, un projet pilote porté par la vision de l’éternel historien de la ville de La Havane, Eusebio Leal Spengler, sème une graine de transformation numérique qui pourrait radicalement changer la relation du citoyen cubain avec l’administration de l’État.
Source : Journal 5 de septiembre
Ce sont des stations de libre-service numériques, des modules ou des kiosques technologiques où les personnes peuvent réaliser, de manière autonome et guidée, diverses procédures qui nécessitaient auparavant des files d’attente sans fin, une paperasse complexe et un investissement considérable de temps et de patience. Bien que sa mise en œuvre initiale soit modeste et encore limitée à quelques provinces, l’importance de cette initiative dépasse son ampleur actuelle, se présentant comme un modèle dont l’extension possible à l’ensemble du pays représenterait un bénéfice concret pour la population et une avancée dans la modernisation de la gestion publique.
L’importance de ces stations réside, avant tout, dans leur capacité à alléger l’un des fardeaux les plus lourds de la vie quotidienne : la gestion bureaucratique. Des demandes de certificats, des procédures liées au logement, des consultations sur les amendes ou des procédures liées aux services communautaires, ces procédures ont historiquement été synonymes d’usure.
Les stations numériques, opérationnelles 24h/24 et avec des interfaces conçues pour être intuitives, offrent une alternative efficace. Non seulement ils décentralisent le service, mais ils le dépersonnalisent de manière positive, éliminant les intermédiaires et réduisant la marge de discrétion et de gestion informelle.
Dans un contexte où la connectivité internet se développe, bien que toujours avec des limites, ces points offrent un accès concentré et stable aux portails gouvernementaux, étendant l’accès à la gestion numérique pour ceux qui n’ont pas de connexion ni d’appareils adéquats chez eux.
Au-delà du confort immédiat, le projet incarne un principe fondamental de l’administration contemporaine : l’orientation citoyenne.
En mettant la technologie au service de la simplification procédurale, l’État envoie un message de respect du temps et des besoins du peuple.
Cette réorientation, qui était constante dans le travail de Leal lors de la modernisation de La Havane sans en perdre l’essence, désormais appliquée à la gestion, humanise l’appareil d’État. La réduction des files d’attente et des temps d’attente n’est pas un détail mineur dans une société qui cherche à optimiser sa productivité et à améliorer la qualité de vie de ses habitants. Chaque heure libérée d’une file d’attente est une heure qui peut être consacrée au travail, à l’étude ou aux loisirs, ayant un impact positif sur le bien-être collectif.
La question cruciale est maintenant de savoir si ce modèle est faisable pour s’étendre à l’ensemble du pays.
La réponse, avec des nuances, est affirmative. La faisabilité technique existe. L’infrastructure requise — ordinateurs, écrans tactiles, logiciels de gestion et imprimantes — ne repose pas sur des technologies inaccessibles.
Le plus grand défi n’est pas le matériel, mais « l’infrastructure douce » : l’interopérabilité des systèmes numériques des différentes agences et la formation du personnel pour la maintenance et l’assistance à distance.
L’extension nationale nécessiterait une stratégie progressive, en donnant d’abord la priorité aux principales municipalités et aux plus grandes villes, où le volume des procédures justifie l’investissement et où il pourrait y avoir un soutien technique plus important. Parallèlement, un programme agressif d’alphabétisation numérique ciblant tous les segments de la population serait impératif, afin de garantir que ce service ne crée pas un nouveau fossé entre les connectés et les déconnectés.
L’extension dépendra également de la volonté politique de surmonter l’immobilité bureaucratique.
Amener ces bornes dans chaque province implique un travail coordonné et une standardisation des procédures au niveau national, ce à quoi de nombreuses institutions résistent encore. Cependant, les avantages opérationnels pour l’État lui-même constituent un argument puissant : la numérisation des procédures réduit les coûts papier, optimise l’utilisation des ressources humaines dans des tâches à plus grande valeur ajoutée et génère des données précieuses pour la planification et l’amélioration continue des services.
La faisabilité économique doit donc être mesurée non seulement dans les dépenses initiales, mais aussi dans les économies futures et l’impact social positif.
À Cienfuegos, la mise en place d’une station d’auto-service numérique est prévue — du moins dans la capitale provinciale — en coordination avec le Bureau de facilitation (OFA) de la Vieille Havane, le Centre d’Innovation et de Gestion du Développement Local (CIGEDEL), l’UIC, l’ETECSA, la direction provinciale du Club Jeunesse d’Informatique et d’Électronique et les Projets de Développement Local (PDL), et, grâce à leur profil de gestion, ils pouvaient être intégrés à ce projet important sous la direction du gouvernement. Il est essentiel que ces espaces fonctionnent de manière stable et soient situés dans des lieux facilement accessibles à la population et avec une stabilité énergétique, un problème qui a jusqu’à présent limité leur apparition.
Étendre les stations d’auto-service numérique à travers Cuba serait, en somme, honorer l’héritage innovant d’Eusébio Leal, qui comprenait que préserver l’identité n’est pas incompatible avec l’acceptation du progrès.
Ce serait une victoire pratique pour le citoyen ordinaire, qui verrait des procédures simplifiées qui compliquent aujourd’hui sa vie. Mais, plus profondément, ce serait une démonstration que l’État cubain est capable d’évoluer, d’adopter les outils du XXIe siècle pour mieux servir son peuple.
Aujourd’hui, face à des défis économiques complexes, une gestion publique agile, transparente et centrée sur l’utilisateur n’est pas un luxe, mais un besoin urgent. Ces petites stations peuvent être les premiers phares d’un réseau national qui éclaire la voie vers une administration plus efficace et, en fin de compte, plus équitable, au service de tous.