« Notre chère Cuba traverse les heures les plus difficiles de ce siècle et nous avons la responsabilité historique de la sauver »
Discours prononcé par Miguel Mario Díaz-Canel Bermúdez, premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba et président de la République, lors de la clôture de la troisième session extraordinaire de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire, dans le cadre de sa Xe législature, au Palais des congrès, le 18 juin 2026, « Année du centenaire du commandant en chef Fidel Castro Ruz ».
(Transcriptions sténographiques – Présidence de la République)

« Notre chère Cuba traverse les heures les plus difficiles de ce siècle et nous avons la responsabilité historique de la sauver »
Cher général d’armée Raúl Castro Ruz, chef de la Révolution cubaine ;
Chères députées et chers députés ;
Camarade Lazo, président de l’Assemblée nationale ;
Chers compatriotes :
Les idées que je vais exprimer, en guise de conclusions de cette session extraordinaire de notre Parlement, s’adressent avant tout au peuple cubain héroïque, dont nous sommes issus et que nous tous, ici présents, avons le devoir et l’honneur de représenter.
Cuba, notre chère Cuba, traverse les heures les plus difficiles de ce siècle et nous avons la responsabilité historique de la sauver.
Le concept de Révolution que le Commandant en chef nous a légué, selon ses propres mots, continue de nous interpeller vingt-six ans plus tard : « Il est temps de changer tout ce qui doit être changé. »
Il ne s’agit pas seulement de briser le blocus de ceux qui s’acharnent à nous étouffer et l’avouent sans aucun scrupule, tout en nous accusant cyniquement de la crise que ce même blocus provoque.
Il s’agit d’affronter les conséquences du chaos colossal généré à l’échelle mondiale par des guerres de conquête absurdes, l’effondrement du multilatéralisme et du droit international, ainsi que la gestion frauduleuse et arbitraire du système financier international utilisé comme arme politique.
Pleinement conscients de la période que nous traversons et avec le respect que mérite chaque Cubaine et chaque Cubain qui se surpasse en ces temps complexes, nous ne pouvons pas penser et agir comme en temps normal, car ce ne sont pas des temps normaux.
Nous ne pouvons pas non plus croire qu’en faisant la même chose et de la même manière, nous pourrons surmonter cette période difficile.
Cuba résiste de manière héroïque et créative à une punition barbare, imméritée et insupportable, à laquelle s’ajoute désormais la menace d’une agression militaire et, comme toujours, le mensonge, le tout formant un ensemble qui fonctionne comme une arme stratégique contre la résistance collective.
La dure réalité que nous impose ce châtiment collectif sur l’économie, la société et la famille cubaine découle d’une persécution financière réelle et quotidienne, qui entrave et renchérit au maximum chaque goutte de carburant, chaque médicament, chaque produit alimentaire, chaque pièce et chaque technologie dont le pays a besoin.
Et lorsque la vie du peuple devient si difficile, le premier devoir du Parti, du gouvernement révolutionnaire et de ce Parlement né du peuple, par le peuple et pour le peuple, est de changer tout ce qu’il faut changer pour aller de l’avant.
Nous sommes aujourd’hui réunis en session extraordinaire pour des raisons de force majeure. La réalité nous impose des changements urgents et nécessaires, mais aucun ne sera mis en œuvre sans l’approbation de cette grande représentation du peuple cubain : la digne Assemblée nationale du pouvoir populaire, avec ses ouvriers, ses paysans, ses scientifiques, ses intellectuels, ses artistes, ses sportifs et ses étudiants, tout simplement en tant que peuple et avec notre identité cubaine.
Il y a quelques jours, j’ai déclaré à la presse que nous discuterions de ces changements au sein du Comité central de notre Parti et à l’Assemblée nationale, et certains ont laissé des commentaires sur les réseaux sociaux concernant le risque que nous diluions l’urgence qu’exige la situation dans de nouveaux processus de consultation et de discussion.
La rapidité avec laquelle les propositions ont été discutées et approuvées en à peine deux jours, dans les deux instances, a sans doute dissipé ces doutes légitimes.
Tout d’abord parce que nous ne sommes pas partis de zéro. Tout ce qui a été approuvé aujourd’hui s’appuie sur une succession d’analyses, de débats, d’accords, de lignes directrices, de conceptualisations, de congrès du Parti et de programmes gouvernementaux. Ce que nous faisons, c’est honorer nos propres décisions antérieures, qui restaient à mettre en œuvre, ainsi que certaines nouvelles décisions qui, comme nous l’avons vu, ne contredisent en rien la lettre et l’esprit de la Constitution.
Dès la clôture de la XIe session plénière, il est apparu clairement que le report du Congrès ne signifiait pas un retard dans les changements, les modifications et les avancées nécessaires, dans la mesure où cela relève des compétences des sessions plénières du Comité central lorsqu’il s’agit d’accords adoptés par les congrès du Parti, ainsi que de ce Parlement lorsqu’il s’agit d’accords concernant la nation.
Dans le même esprit, et comme nous l’a rappelé le camarade José Luis Toledo, secrétaire de l’Assemblée nationale et l’un des députés les plus expérimentés dans l’activité législative du pays, grâce à ses nombreuses années à la tête de la Commission des affaires constitutionnelles et juridiques, le général d’armée et leader de la Révolution cubaine, Raúl Castro Ruz, a été le gardien et le guide zélé de l’intense processus qui a abouti à la Constitution adoptée en 2019, veillant constamment à ce que notre « Loi des lois » soit suffisamment souple pour permettre les modifications nécessaires qui s’imposeraient au fil du temps.
Aujourd’hui, l’importance de cette orientation visionnaire s’est
confirmée.
Lors de la séance plénière extraordinaire qui a précédé cette session de l’Assemblée nationale, il a été unanimement reconnu que, si le peuple connaît les causes objectives des difficultés que nous traversons, il aura toujours besoin et exigera, en vertu de son droit souverain, des réponses concrètes, des décisions opportunes et des résultats qui commencent à apporter un soulagement à la dureté de la vie quotidienne, marquée par les longues coupures d’électricité provoquées par le blocus énergétique et dont découlent de nombreuses autres difficultés et privations.
Aucune personne un tant soit peu informée ignore le plan d’asphyxie conçu à l’encontre de Cuba et qui est appliqué régulièrement et avec acharnement par les ennemis historiques de la Révolution afin de provoquer l’éclatement du pays de l’intérieur. C’est une réalité qu’il faut rappeler chaque fois que l’on évoque les coupures de courant, car derrière la production toujours insuffisante que l’on parvient à assurer, sans qu’aucun navire transportant du carburant n’entre dans le pays, se cache l’effort colossal, la contribution héroïque des cadres et des travailleurs du secteur de l’énergie électrique (Applaudissements).
Pour en revenir à l’objet de cette réunion extraordinaire, je m’abstiendrai de répéter ce que nous avons dit hier lors de la séance plénière du Comité central, qui a été largement relayé par les médias et les réseaux sociaux ces dernières heures, et au cours de laquelle nous avons développé de manière plus exhaustive une série de critères concernant chacun des aspects visés par les transformations.
Je me limiterai désormais à insister sur certains objectifs centraux des mesures adoptées, car il est nécessaire que chacun d’entre nous se les approprie, que nous, en tant que peuple, les fassions nôtres, car ce sont des transformations visant à rectifier le tir, mais toujours dans la défense du socialisme, afin de préserver et d’étendre la justice sociale acquise, de créer de la richesse économique et de la répartir équitablement.
Tout d’abord, les mesures qui ne peuvent attendre :
Des actions seront mises en œuvre pour empêcher l’aggravation des inégalités, grâce à l’application de politiques sociales favorisant l’équité et soutenant les personnes en situation de vulnérabilité, avec une répartition équitable des recettes fiscales afin de développer des programmes sociaux.
L’alimentation du peuple cubain sera traitée comme une question de sécurité nationale, et nous devrons mettre fin aux terres en friche à Cuba.
Chaque parcelle de terre qui est aujourd’hui envahie par le marabou, alors qu’elle devrait produire de la nourriture, devra faire l’objet d’une réponse claire : soit elle est mise en culture, soit elle est cédée à quiconque est disposé à le faire.
Récupérer la capacité énergétique :
Des mesures concrètes sont prévues pour récupérer la capacité énergétique, réduire la dépendance vis-à-vis de l’étranger et accélérer la mise en place de solutions décentralisées, en favorisant l’intégration de l’énergie solaire et d’autres sources d’énergie renouvelables dans l’économie nationale. Pour y parvenir, nous faciliterons l’entrée directe d’entreprises étrangères fournissant des panneaux, des batteries, des onduleurs et des solutions associées, en réduisant le nombre d’intermédiaires qui alourdissent les coûts pour la population et pour le pays.
Les droits de douane sur l’importation de technologies solaires, de systèmes de stockage et d’équipements destinés aux économies d’énergie ont déjà été supprimés. Nous allons désormais également progresser vers la suppression des taxes sur leur vente et sur les services liés à leur installation et à leur entretien. De plus, nous mettrons en place des mécanismes de crédit et de financement afin que ces solutions ne soient pas réservées à une poignée de personnes, mais qu’elles puissent progressivement être mises à la disposition des ménages, des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), des écoles, des cabinets médicaux, des maisons de retraite et d’autres services essentiels.
Mieux organiser l’accès aux carburants :
Nous avons autorisé la commercialisation des carburants par des acteurs non étatiques, sous la réglementation et le contrôle de l’État, et avec des marges bénéficiaires raisonnables et transparentes. Il existe déjà des premières expériences de points de vente de gaz liquéfié et de carburants, ainsi que de paiements via des plateformes numériques, que nous évaluerons et étendrons là où elles feront preuve d’efficacité, de transparence et d’avantages pour la population.
L’objectif n’est pas de retirer l’État d’un secteur stratégique, mais d’y ajouter des capacités, d’organiser la distribution et d’améliorer l’accès. Et je tiens à le dire clairement : cette décision répond à un besoin concret lié à la situation actuelle du pays, mais ceux qui investissent, travaillent avec sérieux et respectent les règles bénéficieront de sécurité et de stabilité. Lorsque le pays aura retrouvé davantage de capacités, nous respecterons les investissements réalisés et les projets qui se seront avérés utiles pour Cuba et son peuple.
Subventionner les personnes, pas les produits :
Nous allons concentrer chaque peso dont nous disposons sur ceux qui en ont véritablement besoin. Aux personnes dont la vulnérabilité est avérée, une aide directe versée directement dans leur poche, sans intermédiaires.
Moderniser le système bancaire et financier :
Nous avons besoin de banques plus agiles, plus numériques, plus proches des citoyens et plus utiles à ceux qui produisent, exportent, importent, investissent ou créent des entreprises, en ouvrant la voie, sous une réglementation stricte, aux institutions financières publiques, privées et étrangères.
L’objectif est que percevoir une pension, recevoir un virement de l’étranger, payer un service, demander un crédit, financer une récolte, acheter du matériel ou transférer de l’argent pour produire ne soit pas un parcours du combattant.
Autonomie des entreprises d’État :
Pour que l’entreprise d’État socialiste reste le pilier fondamental de notre économie, elle doit disposer d’une réelle capacité à gérer, à innover et à rendre compte de ses résultats. Une plus grande autonomie réelle des entreprises exige une gestion plus professionnelle des actifs de l’État, qui sera assurée par l’Institut national des actifs d’entreprise, chargé de représenter le propriétaire des moyens de production, d’évaluer les résultats, d’exiger l’efficacité et de mieux séparer la fonction entrepreneuriale de la fonction réglementaire des ministères.
Investissement étranger direct dans le secteur privé cubain :
Tout citoyen cubain résidant à Cuba ou à l’étranger qui souhaite investir, faire un don, apporter une technologie, ouvrir un marché ou lancer un projet dans le pays bénéficiera d’un cadre clair, stable et respectueux, au même titre que les investisseurs étrangers.
Je répète ce que j’ai dit en séance plénière : à ceux qui souhaitent construire avec Cuba, sans chercher à lui imposer quoi que ce soit, nous disons ce soir, le cœur sur la main : voici votre foyer et voici la porte qui vous est ouverte (Applaudissements), car cette patrie, en ce moment, ne peut se passer d’aucun Cubain, nous avons besoin de vous tous ! (Applaudissements.)
Garantir des projets de vie à Cuba :
Nous ne pouvons pas considérer comme normale la forte émigration des jeunes. L’avenir de Cuba dépend de notre capacité à créer les opportunités que les jeunes recherchent aujourd’hui hors de leur patrie. Toute activité licite qui apporte une contribution au pays, paie des impôts, crée des emplois et aide à résoudre les problèmes de la population doit disposer d’un cadre juridique lui permettant de se développer dans notre pays.
Protection des femmes :
Je réponds ainsi à l’intervention de la secrétaire générale de la Fédération hier en séance plénière.
En ce jour où nous nous souvenons avec une émotion et une nostalgie particulières de notre chère Vilma, une femme qui fut combattante clandestine et guérillera, ingénieure innovante, fondatrice d’initiatives et de politiques visant à promouvoir et à défendre les droits des femmes à Cuba et dans le reste du monde, à la demande de la camarade Teresa, secrétaire de la Fédération des femmes cubaines, et d’autres femmes qui ont attiré notre attention sur la nécessité de protéger et de faire progresser leurs acquis, au nom du Parti et du Gouvernement, je vous confirme notre engagement à veiller tout particulièrement à ce qu’il n’y ait jamais de recul dans les politiques en faveur de l’avancement des femmes cubaines lors de la mise en œuvre des nouvelles mesures économiques et sociales (Applaudissements). En réalité, nous comptons tout particulièrement sur elles, sur leur résilience emblématique, sur leur créativité et leur sensibilité.
À la suite des débats d’hier et d’aujourd’hui, des exposés des dirigeants et des responsables locaux, ainsi que de tout ce que nous avons vu et touché de nos propres mains lors de nos déplacements à travers le pays ou lors d’échanges avec des experts de divers domaines, je suis animé de la conviction la plus profonde que nous pourrons effectivement surmonter ces moments difficiles, ces heures semées de menaces et de difficultés.
Tout ce dont nous avons besoin, c’est de confiance en nous-mêmes, de coopération, d’alliances, de créativité, de sensibilité, de solidarité et de maîtrise, beaucoup de maîtrise, et tout cela, c’est l’unité.
Nous débarrasser de nos préjugés et de nos idées préconçues, innover, enchaîner les actions, produire et créer.
Il est vrai que tout nous manque ; mais nous avons du talent, de la fierté, du courage, de l’audace et de l’esprit cubain à revendre (Applaudissements).
C’est sur ces forces indéniables de l’identité nationale que le Commandant en chef a misé au cours d’années aussi difficiles que celles-ci, et nous sommes nous-mêmes surpris aujourd’hui de la place qu’occupent désormais, à l’échelle mondiale, le nom de Cuba et celui de milliers de Cubains, dispersés à travers le monde, qui ont été formés dans nos salles de classe, nos centres scientifiques et nos écoles d’art et de sport, entre autres.
Nous sommes une nation qui a su transformer la nécessité en opportunité, et qui, plus d’une fois, a su transformer des revers en victoires. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas en faire moins, nous n’avons qu’une seule option : vaincre ! (Applaudissements.)
Chers compatriotes :
Je n’ai mentionné que quelques-uns des nombreux problèmes que nous devons et pouvons résoudre dans les plus brefs délais. L’exposé du Premier ministre, M. Marrero, les analyses en commissions et les débats en séance plénière, associés aux interventions enrichissantes qui ont eu lieu lors de la séance plénière du Comité central, ainsi que la diffusion des orientations qui y ont été formulées, ont, à mon avis, suffi à clarifier l’objectif des mesures que vous avez approuvées aujourd’hui, au terme d’un processus rapide, mais non dépourvu d’analyse.
Au cours de ces deux réunions, la nécessité de ces mesures a été débattue à l’aide d’arguments solides, mais aussi leur importance primordiale : qu’elles soient mises en œuvre et que des responsables ainsi que des délais soient désignés pour leur application.
La lettre du général d’armée adressée à l’assemblée plénière l’a clairement exprimé en soulignant que la mise en œuvre adéquate et en temps opportun, avec des priorités bien définies et la participation consciente du peuple, sera tout aussi importante, voire plus, que l’adoption du document. Cela exige d’agir en restant les pieds et les oreilles sur le terrain, en tenant pleinement compte des opinions et des préoccupations de la population.
Chères camarades, chers camarades :
Une patrie qui souhaite changer doit également apprendre à mieux s’écouter. Cuba bouillonne de mécontentements et de critiques, pour la plupart justes et honnêtes. Il nous appartient de les écouter avec respect et d’y répondre comme on répond à un compatriote : par des arguments, des solutions et, dans la mesure du possible, par des actes.
Mais il serait naïf, c’est le moins qu’on puisse dire, de ne pas faire la distinction entre la critique juste et l’injure destinée à saper l’unité et l’engagement.
Une guerre économique, médiatique et psychologique est menée contre Cuba, encouragée et financée depuis l’étranger, qui vise à transformer la véritable souffrance du peuple en une arme contre lui-même.
Derrière de nombreuses campagnes de haine et de discrédit contre le gouvernement cubain, il n’y a parfois qu’un simple citoyen mécontent de la situation ; mais les tendances et les experts ont confirmé, grâce à des études sérieuses sur les médias et les audiences, que des sommes considérables circulent dans des laboratoires conçus comme des armes et qu’il existe une stratégie élaborée avec une cruauté stupéfiante pour nous pousser au désespoir.
C’est une chose de critiquer Cuba pour l’améliorer ; c’en est une autre, bien différente, d’œuvrer à sa destruction pour une poignée de dollars : cela s’appelle du mercantilisme. C’est une chose d’avoir une opinion différente ; c’en est une autre de promouvoir la haine, le chaos, la capitulation et l’annexion de la nation.
Confrontés chaque jour aux agissements des haineux sur les réseaux sociaux, de ces serviteurs zélés de l’empire qui mentent, manipulent, diabolisent, insultent sans la moindre éthique, sans vérifier ni leurs sources ni leurs informations, il est très facile de les distinguer de ceux qui, en toute honnêteté, ne partagent pas notre manière d’agir ni le rythme auquel nous agissons.
Le défi de cette nouvelle étape consiste à mieux concilier ces deux aspects : défendre la souveraineté sans faire taire qui que ce soit ; lutter contre l’ingérence sans confondre ceux qui ont des opinions différentes avec des traîtres.
Cuba a besoin de plus de débat, pas moins ; de plus de participation, pas moins ; de plus de responsabilité, pas moins.
Et j’en reviens à la lettre brève, mais très importante, que notre général d’armée a adressée hier à l’assemblée plénière du Comité central, dans laquelle il a déclaré : « Je suis convaincu que c’est toujours de l’analyse collective, et même des divergences, que naissent les meilleures idées ». C’est ce qu’il a dit, tout en appelant à forger le consensus nécessaire en cette période décisive, car « c’est ce qui convient le mieux aujourd’hui à la Révolution ».
Personne sur cette terre n’est persécuté pour avoir une opinion différente, mais cette nation ne permettra pas non plus que, sous le drapeau emprunté d’une liberté conçue de l’extérieur, nos propres enfants soient utilisés comme chair à canon contre l’indépendance de leur patrie (Applaudissements).
Un message au monde :
Enfin, depuis cette même tribune, avec le respect et la fermeté qui caractérisent depuis toujours la tradition digne de la diplomatie cubaine, je tiens à m’adresser à la communauté internationale, y compris au gouvernement des États-Unis :
Cuba conçoit et propose en toute souveraineté les changements qu’il est urgent de mettre en œuvre pour surmonter la crise imposée par l’agressivité extérieure et les insuffisances internes, sans autre autorisation que celle de son peuple.
La critique et l’autocritique honnête ne sont pas une nouveauté pour le gouvernement cubain ; elles font depuis toujours partie intégrante de la pratique révolutionnaire. Nous ne faisons pas d’expérimentation, nous appliquons un principe du concept de Révolution que Fidel nous a légué : « nous émanciper par nous-mêmes et par nos propres efforts ».
Dans notre volonté de corriger les erreurs et les insuffisances, tout en faisant face au blocus extérieur, nous avons décidé de nous lancer dans la mission toujours délicate d’ouvrir davantage l’économie, en accordant la priorité aux Cubains, qu’ils résident ou non dans le pays. Ces décisions ne sont pas liées à des négociations. Cuba reste disposée à dialoguer dans le respect sur tous les sujets possibles avec le gouvernement des États-Unis, et cette disposition n’est pas seulement exprimée, elle a été historiquement prouvée.
Les changements actuels et la conduite du dialogue avec notre voisin du Nord ne sont liés que par l’hostilité que les ennemis de tout rapprochement entre les deux pays veulent imposer à cette relation, ceux-là mêmes qui ne cessent de répandre des menaces d’attaques imminentes, qui « divulguent » des mensonges, s’opposent aux négociations et misent sur l’option perverse de l’asphyxie pour faire exploser Cuba.
Cuba dénonce ces pratiques infâmes qui vendent au monde l’idée d’un État défaillant, tandis qu’on serre la boucle autour du cou d’un peuple héroïque. Ce n’est pas ainsi que fonctionnent les relations entre nations souveraines et indépendantes, statut que nous revendiquerons toujours.
Il n’est pas honnête d’affirmer vouloir aider le peuple cubain tout en surveillant de près chaque opération bancaire, en multipliant par mille le coût de chaque importation, en bloquant l’achat ou l’arrivée de carburants, de denrées alimentaires et de médicaments, et en sanctionnant quiconque souhaite investir ou commercer avec le pays.
On ne peut pas parler de liberté tout en poussant délibérément tout un peuple au désespoir par manque de ressources qui sont aujourd’hui vitales pour l’existence.
Au gouvernement des États-Unis, nous disons, sans haine, mais sans crainte : si vous voulez vraiment aider le peuple cubain, laissez-nous vivre ! Laissez Cuba commercer ; laissez Cuba acheter ses médicaments ; laissez Cuba importer son carburant ; laissez Cuba recevoir des investissements, des crédits, des financements, et entretenir des relations normales avec ses émigrés et avec le monde. Laissez Cuba montrer à la planète de quoi ce peuple est capable lorsqu’aucun obstacle ne vient entraver ses efforts pour se relever ! (Applaudissements.) Ce serait là quelque chose de véritablement nouveau et édifiant de la part de l’adversaire.
Cuba ne demandera pas la permission d’exister et ne cédera pas sa souveraineté. Cuba est prête dès aujourd’hui, dès maintenant, à entretenir une relation civilisée et respectueuse qui profite aux deux peuples. La porte restera toujours ouverte à ceux qui sont disposés à la franchir avec le même respect que celui avec lequel nous l’ouvrons.
Chers compatriotes :
Nous ne sommes pas naïfs. Nous connaissons notre pays. Nous connaissons les obstacles, la corruption, la lenteur et l’impudence. Et vous avez tout à fait le droit de savoir, de poser des questions et d’exiger des réponses.
C’est pourquoi nous prenons un engagement, et je tiens à ce que vous vous en souveniez chaque fois que vous évaluerez ce gouvernement : chaque mesure que nous adoptons aujourd’hui aura des responsables, des délais et des indicateurs.
Je réitère un message central issu de la séance plénière du Parti : nous rendrons compte des progrès réalisés, des manquements constatés et des corrections à apporter. Il y aura des choses que, pour les protéger de ceux qui veulent les saboter, nous devrons traiter avec discrétion, comme nous l’a enseigné Martí ; mais la discrétion ne sera jamais un prétexte pour ne pas informer le peuple.
Dans le cadre de cette nouvelle étape, nous poursuivrons la restructuration de l’appareil gouvernemental, de l’État, du Parti et du système entrepreneurial. Nous allons fusionner ou intégrer des structures là où cela s’avère nécessaire ; examiner les doublons de fonctions, réduire les étapes superflues, optimiser en permanence la manière dont le pays est dirigé et servi.
Mais nous devons également rendre justice à une réalité : nos cadres et nos fonctionnaires méritent d’être reconnus. Sans eux, aucun gouvernement ne peut fonctionner ; la plupart d’entre eux sont des camarades sélectionnés pour leurs compétences, qui travaillent plus de deux journées par jour, sous d’énormes pressions et avec de lourdes responsabilités, et nous les voyons nuit après nuit lutter aux côtés du peuple contre les manœuvres de l’ennemi (Applaudissements).
Ce n’est pas le moment de demander une confiance aveugle ; je vous demande une confiance vigilante : Faites-nous confiance, mais exigez de nous. Accompagnez-nous, mais contrôlez-nous. Participez, et ne vous laissez jamais instrumentaliser par ceux qui veulent transformer la souffrance de Cuba en une arme contre son peuple.
L’appel :
Chers compatriotes, l’heure est difficile. Je ne vais pas édulcorer la réalité ni vous présenter une voie facile, car le peuple mérite toujours la vérité, aussi dure soit-elle. Mais Cuba n’est pas condamnée.
Nous avons la terre et le soleil ; des médecins et des enseignants ; des scientifiques et des agriculteurs ; des intellectuels et des sportifs de haut niveau ; des entrepreneurs compétents ; des travailleurs qui ne baissent pas les bras ; des femmes courageuses, des jeunes dont le talent émerveille le monde ; une diaspora qui souhaite apporter sa contribution, et un peuple qui a beaucoup résisté et qui, par-dessus tout, mérite de vivre mieux.
Nous n’allons pas simplement appeler ce peuple à résister ; nous l’appelons à créer, à produire, à décider, à transformer, à contrôler, à prospérer.
Cuba change pour se relever ! Cuba change pour vivre mieux ! Cuba change pour rester libre !
L’histoire nous a appris à résister. Notre époque exige que nous transformions les choses. Et nous allons transformer : avec le peuple, par le peuple et pour le peuple, comme Fidel nous l’a enseigné, comme Raúl nous l’a indiqué.
Vive Cuba Libre ! (Exclamations : « Vive ! »)
Vive le peuple cubain héroïque ! (Exclamations : « Vive ! »)
Vive la souveraineté de la nation cubaine ! (Exclamations : « Vive ! »)
Le socialisme ou la mort !
La patrie ou la mort !
Nous vaincrons ! (Exclamations : « Nous vaincrons ! »)
(Ovation.)