Politique pour l’agro-écologie à Cuba : une contribution de la science

La proposition d’une politique pour l’agro-écologie à Cuba a été présentée lors d’un nouvel échange entre le Président de la République, Miguel Díaz-Canel Bermúdez, et un groupe de scientifiques et d’experts travaillant pour la souveraineté alimentaire et l’éducation nutritionnelle dans le pays.

  • Comment combiner l’agro-écologie avec le développement social ?
  • Comment combiner l’introduction de nouvelles technologies, la modernité, au sein de l’agroécologie ?
  • Comment concevoir la mécanisation des processus agro-écologiques ?

    L’agro-écologie", "n’est pas en contradiction avec la mécanisation, ni avec l’utilisation de nouvelles pratiques et méthodes qui émergent.

Telles ont été quelques-unes des questions "mises sur la table" par l’ingénieur Fernando Funes Monzote [1] lors d’un nouvel échange ente le président de la République, Miguel Díaz-Canel Bermúdez, et un groupe de scientifiques et d’experts travaillant pour la souveraineté alimentaire et l’éducation nutritionnelle dans le pays.

L’agro-écologie", a souligné M. Funes Monzote, "n’est pas en contradiction avec la mécanisation, ni avec l’utilisation de nouvelles pratiques et méthodes qui émergent, comme des systèmes plus efficaces d’utilisation de l’eau, mais elle l’est avec le mauvais usage de la technologie, avec la dégradation de l’environnement et avec les risques apportés par les nouvelles technologies qui imposent de nouveaux défis pour transformer le milieu rural".
Et comme pilier fondamental de son développement, elle tient compte, en premier lieu, de l’expérience traditionnelle paysanne, une source inépuisable de connaissances qui ne peut être ignorée dans le développement de notre agriculture, a-t-il précisé.
"La modernité va nous apporter beaucoup de choses, mais pas la capacité et la résilience de l’agriculteur, démontrées au fil des ans"

Une politique pour l’avenir de la nation

Précisément comment arriver à une politique d’agro-écologie à Cuba a été l’une des principales questions abordées il y a neuf mois, lorsque des experts et des scientifiques du secteur ont été convoqués pour la première fois à ce type de réunion afin de trouver des réponses de la science et de l’innovation aux problèmes de l’agriculture dans la production alimentaire.

Le document présenté lors de cette journée fructueuse, a reconnu le Président de la République en dialogue avec les participants, est le résultat de cette première rencontre. "Avec ce système de travail, nous donnons une continuité aux propositions et aucun élément n’est laissé de côté", a-t-il souligné.
"Il s’agit d’une contribution importante, c’est l’une des voies, bien que ce ne soit pas la seule, par laquelle nous pouvons atteindre un état différent dans la production alimentaire pour notre population", fut la réflexion du chef de l’État lors de l’échange qui était dirigé par la vice-première ministre Inés María Chapman Waugh.
Bien que la proposition doive encore être soumise à un large processus de débat au sein du secteur, M. Díaz-Canel a reconnu le travail accompli pour parvenir à cette première version, orientée, entre autres, vers l’innovation au sein de l’agro-écologie, une manière de contribuer également à la résolution du problème complexe de la production alimentaire dans le pays.
Selon le Dr Giraldo Martín Martín, de la station expérimentale de pâturages et de fourrages « Indien Hatuey », la proposition de politique d’agro-écologique a parmi ses principaux objectifs de contribuer à la promotion d’une agriculture durable en harmonie avec l’environnement.
Le travail à partir de l’agro-écologie n’est pas nouveau à Cuba, a-t-il dit, c’est quelque chose qui avance depuis longtemps en consolidant les actions pour répondre au problème de l’accès aux intrants qui sont importants pour la production agricole.
Le premier grand pas dans cette direction, a-t-il rappelé, a été l’initiative de Fidel Castro Ruz, qui a encouragé le développement de programmes biologiques et de biofertilisants et d’autres, comme l’agriculture urbaine, suburbaine et familiale, dont s’est occupé directement Raúl Castro Ruz. 
Quatre questions stratégiques ont été classées comme prioritaires dans le plan national de souveraineté alimentaire en termes d’agro-écologie :

  • réduire la dépendance à l’égard des importations de denrées alimentaires et d’intrants ;
  • garantir la qualité et la sécurité et réduire les pertes et gaspillages alimentaires ;
  • consolider les systèmes alimentaires territoriaux et
  • mobiliser les systèmes éducatifs, culturels et de communication pour renforcer l’éducation nutritionnelle.

Un document profond en phase avec "les temps qui courent" donne vie à cette proposition politique qui, selon le docteur en sciences Sergio Rodríguez Morales, directeur général de l’Institut de recherche sur les légumes tropicaux, est d’une valeur inestimable.
En présentant les résolutions du texte, il a souligné, entre autres aspects, la pertinence d’inclure la nécessité de lier toutes les alternatives et technologies existantes pour la production alimentaire, avec une approche agro-écologique et durable, sans nuire à l’environnement.
S’il est important de reconnaître les résultats obtenus grâce à l’utilisation de l’agro-écologie en tant qu’alternative technologique, a-t-il déclaré, doit cependant rester clairement définie sa coexistence avec les alternatives de production conventionnelles, chacune étant adaptée aux différents scénarios de production et écosystèmes du pays.

Fermes où l’agro-écologie est pratiquée

Pendant près de deux heures ont été discutés en profondeur les meilleures façons de faire en agriculture, les avantages que l’utilisation de cette technologie signifie pour la production alimentaire, l’utilisation des sols, l’urgence d’accroître la culture agro-écologique dans la société cubaine ainsi que bien d’autres sujets.
Fernando Donis Infante, un producteur de Matanzas, a partagé l’expérience de son exploitation "Cayo Piedra", dont les sols ont été consacrés pendant plus de 50 ans à la culture de la canne à sucre. Cette pratique a entraîné l’existence de terres totalement dégradées, dont la productivité s’est révélée très faible lorsqu’ils ont commencé à planter diverses cultures.

Il rappelle que l’agro-écologie a été fondamentale pour changer cette réalité, et nous avons énormément appris d’elle précise-t-il. Aujourd’hui, les résultats sont phénoménaux, sans utilisation de produits chimiques" assure-t-il.
Il ne s’agit pas d’une agriculture de subsistance, a-t-il souligné, "mais d’une agriculture à fort potentiel productif, à partir de laquelle nous pouvons obtenir des rendements élevés, améliorer nos sols et approvisionner le pays en nourriture.
Dans la ferme La Luisa, située à Batabanó, dans la province de Mayabeque, où il y a quelques années il n’y avait que des sols pierreux, Pedro Romero Estévez dispose aujourd’hui de sols productifs qu’il a mieux conditionnés grâce aux connaissances acquises par le lien avec différents centres scientifiques.
L’un des plus grands défis aujourd’hui est de pouvoir transmettre aux producteurs la confiance qu’avec des techniques agro-écologiques il est possible de produire des aliments à Cuba ; cette ferme en est un exemple.
Il considère que la stratégie, nécessairement, est de continuer à faire de l’agro-écologie dans notre pays.
A ce sujet, le Premier ministre, Manuel Marrero Cruz, a déclaré que ces pratiques doivent être considérées comme quelque chose de "super nécessaire", qui soutiendra la production et la souveraineté alimentaires que nous défendons, pour ce qu’elles signifient en termes économiques et sociaux pour le pays.
Réussir à mettre en pratique les idées et les actions qui ont été définies dans le cadre de la politique proposée pour l’agro-écologie à Cuba, est l’un des grands défis que ce document laisse à partir de maintenant.
Comme l’a déclaré Fernando Funes Monzote à un moment de la journée, l’objectif principal est de s’assurer que ce qui est conçu contribue réellement au bénéfice du pays, de la population cubaine et en général au développement de notre système agricole.
Faire à partir de la science est également un défi pour l’agro-écologie à Cuba.

[1Fernando Funes Monzote : Ingénieur agronome et docteur en écologie de la production et conservation des ressources, après s’être consacré pendant plus de 20 ans à la recherche et à l’enseignement, il a décidé d’entreprendre, en pratique, la voie de l’agro-écologie et, depuis 2011, il dirige le projet agro écologique familial "Finca Marta"(ndt : une finca est une ferme), un espace dans lequel il contribue à la transformation du système agroalimentaire cubain à partir d’une expérience locale.
Ses connaissances ne sont pas seulement fondées sur une base scientifique solide , mais aussi sur la pratique. D’où l’importance des réflexions qu’il a partagées avec les participants à l’échange, après la présentation de la proposition de politique d’agro-écologie à Cuba.