Tourisme, une reprise difficile

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23,2 % de touristes en moins à la fin juillet 2025 par rapport à la même période de 2024, la reprise du tourisme tant attendue s’annonce toujours difficile.

Cuba a reçu jusqu’en juillet de cette année 1 123 987 visiteurs internationaux, 338 922 de moins que durant la même période en 2024, suivant les données du Bureau national des statistiques et de l’information. Les voyageurs venant du Canada restent les plus nombreux suivis des membres de la communauté cubaine vivant à l’étranger, mais leur nombre a diminué. Tout comme celui de visiteurs venant d’Europe, moins 39,9 % pour l’Allemagne, moins 25,5 % pour la France et moins 28 % pour l’Espagne alors que les arrivées de touristes venant de Russie restaient faibles par rapport aux attentes (moins 41,8 %).

Le taux d’occupation des hôtels par les touristes internationaux pendant le premier semestre n’était que de 21,5 % suivant la même source, un taux extrêmement faible qui conforte les interrogations de plusieurs économistes quant à l’opportunité des importants investissements destinés au secteur touristique (plus de 35 % de l’ensemble des investissements en 2024) pour la construction d’hôtels de luxe, notamment à La Havane. Et ce au détriment d’activités économiques telles que l’agriculture et l’industrie manufacturière, et de secteurs ayant un impact social plus important tels que la santé et l’éducation.

L’hôtel Torre K-23 à La Havane, 42 étages 500 chambres
L’hôtel est situé dans le Vedado, non loin du Habana Libre

Un constat partagé

Au-delà de cette question de construction de nouveaux complexes, le secteur touristique souffre, comme l’ensemble de l’économie cubaine, des conséquences du blocus avec une production agricole insuffisante et des problèmes récurrents de transport et d’approvisionnement en pièces pour la maintenance des installations. Le constat est largement partagé, les hôtels rencontrent des problèmes d’approvisionnement en nourriture et boissons, de manque d’entretien et le secteur est impacté par la situation générale du pays en ce qui concerne les coupures d’électricité, le manque de transport public, la pénurie de carburant pour les véhicules de location, l’état du réseau extra-hôtelier. S’y ajoutent souvent des critiques sur la qualité du service.

Cela a été abordé notamment lors de la dernière session de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire en juillet. Le Premier ministre est revenu sur l’importance stratégique du tourisme dans la transformation de la vie économique et sociale du pays. « Un tourisme prospère génère des revenus, des emplois et contribue à la diversification de l’économie », a-t-il déclaré devant les députés des commissions des services et de l’agroalimentaire.

Il est bien sûr revenu sur les freins imposé par le blocus étasunien, qui interdit légalement aux citoyens de ce pays de se rendre à Cuba et décourage les voyages en provenance d’autres marchés internationaux. On peut sur ce point rappeler par exemple que la compagnie United Airlines a annoncé la suspension à partir de septembre de ses vols directs (sept vols hebdomadaires) entre Houston et La Havane. Il s’agissait de la seule liaison régulière vers Cuba depuis un État autre que la Floride et cette suspension coïncide avec le durcissement des politiques de voyage vers Cuba sous l’administration Trump, qui a renforcé en juin l’interdiction des voyages touristiques et réimposé des restrictions de visa pour les fonctionnaires cubains.

Le Premier ministre a également devant les députés pointé les difficultés financières et logistiques, telles que la disponibilité limitée des intrants et des devises, qui nuisent à la compétitivité du secteur. Pendant la discussion, plusieurs députés sont revenus sur la nécessité d’assurer des liens étroits entre producteurs et installations touristiques et de garantir le paiement des produits sans délai pour améliorer l’approvisionnement, certains plaidant pour une amélioration de la participation des autorités locales afin d’assurer un ajustement de l’offre à la demande réelle et de garantir la disponibilité des produits essentiels dans toutes les installations.

Enfin les députés ont analysé les résultats d’une inspection parlementaire menée dans 19 des 22 aéroports civils de l’île qui a révélé les lacunes qui affectent la qualité du service dans bon nombre d’entre aux. Si les aéroports internationaux, comme celui de La Havane, ont amélioré la maintenance, pour plusieurs terminaux nationaux de gros progrès restent à faire pour améliorer l’état des pistes et les services aux passagers.

Place d’armes dans la Vieille Havane, une sculpture de Daniel Hourdé,
« l’arbre aux milles voix »

Quelques signes encourageants cependant

Malgré cette situation complexe, certains signes d’encouragement. Cuba reste un marche intéressant pour les grandes chaînes d’hôtels, notamment pour l’espagnole Meliá. Cette dernière a annoncé en juillet qu’elle assurerait la gestion de l’hôtel Gran Bristol, situé près du Capitole et auparavant détenu par Lempinski, présenté comme leader mondial des établissements de luxe. Meliá a réaffirmé ainsi son engagement envers le marché touristique de l’île, elle a récemment obtenu l’autorisation d’exploiter une société d’importation pour l’approvisionnement direct des ses établissements. Si elle qualifie la situation de difficile, principalement en raison de la crise énergétique et des difficultés pour importer les fournitures essentielles pour ce secteur d’activité, elle souligne aussi le rôle que jouent les campagnes visant à asphyxier l’économie cubaine et qui pointent la pénurie de produits et les risques supposés de sécurité.

Autre signe positif, la compagnie aérienne canadienne WestJet a annoncé l’ajout de La Havane comme destination à partir du 18 décembre 2025, avec deux vols hebdomadaires qui relieront Toronto à la capitale cubaine jusqu’en avril 2026. Elle augmentera également le nombre de vols entre Toronto et Varadero, Montréal et Cayo Coco et Montréal et Santa Clara (soit au total une augmentation de 25 % par rapport aux saisons précédentes.

Comme le notait un récent article du site Cubadebate, pour le tourisme, Cuba « dispose de ressources humaines qualifiées, d’un patrimoine inestimable, de plages d’une beauté unique et d’un prestige international [qui devraient lui permettre de] surmonter cette conjoncture, mais il aura besoin d’une vision innovante qui combine son plus grand trésor – l’authenticité du peuple cubain – avec les exigences d’un marché mondial en constante évolution ».