Un documentaire cubain s’intéresse aux soins et à celles qui les dispensent

Par Sara More.

La valeur, qui n’est pas toujours reconnue, des soins et le vécu de ceux qui sont chargés de les donner , presque toujours des femmes, constitue l’axe central du documentaire « Elles...leurs soins et celles qui les dispensent » (« Ellas…sus cuidados y cuidadoras »), de Proyecto Palomas*, Maison de Production Audiovisuelle pour l’Activisme Social, qui sera présenté via internet le 25 mars prochain.

Avec un scénario et sous la direction de Lizette Vila et Ingrid Leon, le film recueille les témoignages de sept femmes et un homme qui, à un moment ou à un autre de leur vie, ont dû interrompre, reporter ou abandonner leurs projets personnels et professionnels pour s’occuper d’un parent ou d’un proche.

Leurs histoires permettent de pénétrer dans une réalité actuellement vécue par un nombre croissant de gens à Cuba, pays dont la population vieillit à un rythme constant et rapide.

« Que la vie, alors que j’étais institutrice, m’ait amenée à devenir aidante, a été bien difficile pour moi », reconnaît face à la caméra Teresa Lopez, enseignante retraitée de 89 ans.

A sa voix s’unissent celles de Daisy Pons, pharmacienne ; Soeur Susana Legra, licenciée en Droit et Fille de la Charité ; Mailiet Estrada, technicienne commerciale ; Juan Carlos Garcia, peintre ; Olga Alonso, secrétaire Angeli Bravo, artiste et activiste trans ; l’actrice Beatriz Viña et de la présentatrice de télévision Marta Araujo Cristobal.

«  Comme nous le faisons presque toujours, nous travaillons avec des gens qui arrivent à Palomas avec des conflits, des situations particulières, qui ont besoin d’être accompagnées ou nous ont été envoyées par des institutions amies », a expliqué à SEMlac** Sergio Cabrera, coordinateur général de Palomas.

Bien que les femmes restent majoritaires parmi ceux qui s’occupent de personnes qui exigent un accompagnement ou sont en situation de handicap, le documentaire reconnaît que de plus en plus d’hommes viennent assurer ces tâches en tant qu’acteurs principaux ou secondaires.

C’est pourquoi un des témoignages recueillis est celui du peintre Juan Carlos Garcia, conjoint, compagnon de vie et accompagnant inconditionnel de la journaliste Isabel Moya, décédée en 2018, à qui on rend aussi hommage « pour son attachement aux destins des femmes à Cuba et ce que sa propre oeuvre représente pour le féminisme cubain  », a ajouté Cabrera.

A partir des histoires de chaque personne, le film montre l’univers varié et complexe des soins dans un pays où de plus en plus de gens ont besoin qu’on s’occupe d’eux et où il y en a de de moins en moins pour le faire.

« L’oeuvre montre que la famille est le premier et le plus ancien refuge pour la production et la reproduction de la vie ; mais dire que la famille prend soin de nous, c’est dire, en réalité, que ce sont surtout ses femmes qui le font », a précisé Cabrera.

Du point de vue de celui qui est aussi l’assistant réalisateur, il s’agit d’un film d’où n’est pas absent le regard pénétrant et critique envers la réalité, en même temps qu’il s’érige en hymne à la résilience, à partir du désir de rêver et de construire et de l’engagement à le faire.

« Le documentaire en appelle aussi à la co-responsabilité, au fait de permettre la reproduction quotidienne de la vie grâce à la participation des familles, de l’Etat, de la communauté, de la gestion économique, des organisations sociales, religieuses et de tous les citoyens.

D’une durée de 34 minutes, « Elles... leurs soins et celles qui les dispensent » est agrémenté d’images d’un groupe de professionnels reconnus de la photographie, conduit par Humberto Mayol ; d’une oeuvre de la peintre Isabel Gimeno et de la chanson de fin de la chanteuse et compositrice cubaine Liuba Maria Hevia.

Il a été réalisé en temps de pandémie, entre octobre 2020 et janvier 2021, ce qui a représenté un défi pour la production et également pour le traitement du sujet qui, dans ce contexte, a été central dans la vie des personnes dispensatrices de soins.

« Ce fut un moment où les inégalités se sont accentuées, ce qui est aussi reflété dans l’oeuvre », a reconnu Cabrera.

Il s’agit de circonstances dans lesquelles se mêlent et s’aggravent les besoins de soin, les peurs et les charges qui pèsent sur celles qui soignent. « La Covid a aussi perturbé la vie des malades dont je m’occupe, parce qu’elle les a beaucoup désorientés », assure au cours de l’interview la présentatrice de télévision Marta Araujo.

En plein dans une situation épidémiologique difficile, face à un rebond de la maladie, « Elles... leurs soins et celles qui les dispensent » sera présenté en ligne à la presse le 25 mars prochain.

Ce jour-là, à 9h du matin, se tiendra une table ronde sur les soins et celles qui les dispensent, avec les sociologues Dayma Echevarria Leon et Magela Romero Almodovar ; l’économiste Teresa Lara Junco ; le juriste Leonardo B. Perez Gallardo, président de la Société Cubaine de Droit Civil et de la Famille ; et médecin gériatre Jesús Menendez.

Elle sera retransmise par le canal WhatsApp Acontecer de Palomas, auquel on accède par le numéro 52969396. La présentation spéciale pour les réseaux sociaux se fera à travers la chaîne YouTube de l’Institut Cubain des Arts et de l’Industrie Cinématographiques (ICAIC) et, sur la page Facebook de Proyecto Palomas, on pourra de plus voir une exposition reprenant des images tirées du documentaire et réalisées par Laura Capote, Jessica Betancourt, Lissette Solosano, Nuria Lopez, Carlos Mayol, Humberto Isada, Javier Rodriguez, Yandry Fernáandez y Humberto Mayol, sous la responsabilité de ce dernier.

« Ellas…sus cuidados y cuidadoras » a reçu le soutien du Centre Felix Varela, du Fonds d’Initiatives Locales Cuba-Canada, lde l’Agence Suisse para pour le Développement et la Coopération Internationale (Cosude), CARE International et l’Institut Cubain des Arts et de l’Industrie Cinématographiques (Icaic), ente autres institutions et personnes que ont collaboré à sa réalisation.

Dès que les conditions épidémiologiques seront meilleures, le documentaire sera présenté en présentiel et projeté dans le circuit de salles de cinéma du pays.

* Proyecto Palomas- (« Projet Colombes ») Maison de production à caractère social et culturel créée en 2002 à La Havane par la réalisatrice Lizette Vila Espina pour promouvoir l’égalité entre les sexes et l’inclusion sociale dans la diversité. Elle organise aussi des ateliers sur ces thèmes. (Ndt)

**SEMlac-(Agencia Servicio de Noticias de la Mujer de Latinoamérica y el Caribe). Association créée en 1978 sous le patronnage de plusieurs organisations internationales afin de permettre aux femmes d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine de s’exprimer et d’être entendues. Elle est devenue indépendante en 1990 et porte son nom actuel depuis 2006. La branche latino-américaine, basée à Mexico, possède un réseau de correspondantes dans de nombreux pays, dontCuba. (Ndt)

Tiré de : Cubainformación/ Source : Réseau Semlac/ Photo de couverture : Réseau Semlac.

https://www.cubaenresumen.org/2021/03/documental-cubano-se-adentra-en-los-cuidados-y-las-cuidadoras/