Un festival symbole de résistance culturelle

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« Que le festival reste un événement fort en matière de réflexion et de créativité, qu’il continue à vivre, qu’il reste en phase avec la réalité latino-américaine... », tel est le souhait de Tania Delgado Fernández, qui est devenue en 2023 la première directrice du Festival international du nouveau cinéma latino-américain.

La 46ème édition de ce rendez-vous incontournable des cinémas d’Amérique Latine s’est tenue à La Havane du 3 au 13 décembre avec la présentation de 336 œuvres et la présence de 31 900 spectateurs, malgré les circonstances difficiles.

Après 45 ans d’existence, le Festival entame en quelque sorte une nouvelle étape. Pour sa directrice, il s’agit de consolider plusieurs projets : par exemple le Forum de l’animation latino-américaine et caribéenne Juan Padrón In Memoriam, lancé il y a trois ans ; la collaboration avec le Fonds des Nations unies pour la population et le projet Palomas, qui a ouvert cette année la bourse aux réalisatrices de plus de 50 ans ; ou encore, en l’adaptant aux circonstances actuelles, le marché du cinéma latino-américain (Mecla-Isla Abierta) qui existait il y a plusieurs décennies au Festival. La présence de producteurs venus de Russie de Chine, d’Indonésie et d’Amérique Latine était annoncée pour ce marché du cinéma.

Tania Delgado Fernández a souligné, dans une interview au quotidien Granma, que la présence de 34 œuvres cubaines au Festival et leur qualité témoignaient du travail accompli ces dernières années en termes de créativité : « En 2018, une politique visant à développer le cinéma et l’audiovisuel cubains a été approuvée ; en 2019, de nouvelles réglementations ont été promulguées, qui ont abouti à la création d’un fonds de promotion, d’un bureau d’aide à la production, ainsi qu’à de nouvelles dynamiques. Nous commençons maintenant à voir une augmentation des productions qui peuvent être présentées dans un festival international comme celui-ci ; et pas seulement à La Havane, il y a des œuvres réalisées dans différentes régions du pays ».

Parmi ces réalisations cubaines, on peut citer « Nora » dirigé par Roly Peña qui raconte l’histoire d’une agente secrète cubaine qui, sous une fausse identité, avait réussi à infiltrer les cercles les plus fermés d’organisations violentes basées à Miami et responsables de la planification et de l’exécution d’actes terroristes contre Cuba pendant des décennies. Également présentés « Neurótica anónima » de Jorge Perugorría, d’après un scénario du réalisateur et de l’actrice Mirtha Ibarra. et les documentaires « Lorca en La Habana », qui aborde une période méconnue de la vie du poète et dramaturge espagnol lors de son séjour à Cuba en 1930 et « Mijain » de Rolando Almirante, Ángel Alderete et Héctor Villar sur le quintuple champion olympique de lutte.

À l’issue des 10 jours de festival, le palmarès a notamment mis en avant deux films (un colombien et un brésilien) projetés actuellement sur les écrans français :« Un poète » du réalisateur Simón Mesa, qui a remporté le Prix Coral du meilleur long métrage de fiction, ainsi que le Prix Coral du meilleur acteur pour Ubeimar Ríos ; et « L’agent secret » réalisé par Kleber Mendonça Filho qui a reçu les prix de la mise en scène, du scénario, de la direction artistique, de la musique originale et du montage.

Le Prix Coral de la meilleure actrice est revenu à Helen Mrugalski pour son rôle dans « Cuerpo Celeste  » (Chili/Italie) et Denise Weinberg, protagoniste de « El sendero azul » (Brésil).

Malgré un contexte difficile, le festival a une fois de plus permis d’apprécier la diversité et la vitalité du cinéma latino-américain. Il s’est de nouveau affirmé comme un festival à part, pas un simple événement mais un projet culturel et politique. Depuis 1979 il poursuit son objectif principal, contrer le monopole de la distribution, défier le récit unique imposé par les métropoles culturelles et, surtout, définir et défendre une cinématographie propre, à même d’interroger la réalité, de donner la parole à ceux qui ont été historiquement réduits au silence par le pouvoir.

Dans un monde audiovisuel de plus en plus concentré, cette manifestation défend un cinéma qui est témoignage, mémoire, dénonciation et poésie. Un cinéma qui, fidèle à ses principes fondateurs, refuse d’être un simple produit de divertissement pour s’assumer comme un instrument de souveraineté culturelle, de mémoire collective et de transformation sociale.

Comme l’a affirmé la directrice du festival, c’est l’espace pour le cinéma « qui n’a pas peur de la vérité et qui croit fermement au pouvoir émancipateur des images ».

Source : Cubadebate, Granma, Juventud Rebelde, OnCubaNews, Cubasi