Ici aussi, nous sommes un peu français !

Un article publié dans CUBARTE

Et notre association a décidé, lors de son Conseil d’Administration du 2 avril dernier, de s’investir dans la coopération avec cette grande ville. Elle étudie plusieurs projets qui pourraient être rapidement lancés.

Santiago a eu une population ayant une cinquième partie de francophones.

Quand ils sont arrivés, ils ont tout transfiguré, pour le bien. Ils ont révolutionné l’agriculture, avec des cultures aussi exotique que le coing, et ils ont généralisé le café, qui était alors qu’un médicament.

Ils ont introduit de nouvelles façons de cuisiner, de danser, de faire du théâtre, de se divertir. Et on dit - je ne sais pas si ce sont des sources bien informées, ou des mauvaises langues – qu’ils ont même institué des façons, jusqu’alors inédites, de faire l’amour.

Les tambours de la guerre résonnaient en Haïti. Depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’à l’aube du XIXe, des dizaines de milliers de fugitifs ont franchi, comme ils ont pu, les quarante milles nautiques du Canal du Vent qui séparent Cuba de l’île voisine.

Une Santiago française

À un moment, dans la juridiction de Santiago de Cuba, il y avait un habitant sur cinq ayant le français comme langue maternelle.

Dans le vocabulaire, ceci a eu un impact énorme, une influence colossale, toujours présente après une si longue période. Même dans les mots les plus intimes et attachantes : les noms de famille. Si l’on consulte l’annuaire téléphonique de Santiago et de Guantanamo, on verra de nombreux Ribeau, Laffite, Laferté, Crombet ou Cascaret, avec de nombreuses orthographes, au point d’avoir l’idée illusoire que ce sont ceux de Paris ou de Marseille.

Dans la Sierra Maestra, cette cordillère paradisiaque, on rencontre les producteurs de café. Ces agriculteurs ne mesurent pas leur zone de culture en caballerías, rozas ou cordeles - comme c’est le cas dans tout le pays -, ni même avec l’utilisation de l’hectare adoptée au niveau international, leur unité de mesure est la « caró », du français carreau, carré.

Cuba, un carrefour universel

Dans la région sud orientale cubaine, la mecedora (rocking-chair) porte un nom tout à fait unique : « balance », du français balancier.

Pour cette région, « carota » n’est pas une grosse tête, comme on pourrait l’espérer selon les règles de l’espagnol. Non, si vous entendez quelqu’un dire, dans les rues de Santiago, qu’il aime la « carota », cette personne communique sa prédilection pour la zanahoria, en français carotte.

Les Nord-américains affirment que leur nation est un melting pot, un creuset, et nous ne doutons pas qu’il y a de nombreuses raisons pour cette affirmation. Mais on dit que Cuba, un carrefour de la planète, La clé du Nouveau Monde, Le rempart des Indes, est un mélange colossal où les fugitifs français sont intervenus, comme un ingrédient savoureux dans la formule magique, ayant traversés le Canal du Vent il y a deux siècles.