La Havane d’Alejo

mardi 15 janvier 2019
par  Graziella Pogolotti, traduit par Christine Druel

Alejo Carpentier est un romancier, essayiste et musicologue cubain. Il est né à Lausanne le 26 décembre 1904 mais, attiré par l’Amérique, son père décide d’émigrer à Cuba et c’est à La Havane qu’Alejo Carpentier va grandir ; puis il a 12 ans quand sa famille s’installe à Paris où il étudie la musicologie. Il meurt à Paris le 24 avril 1980. Il est considéré comme le maître de ce que l’on a appelé le réalisme magique et il a influencé la littérature latino-américaine pendant son fameux Boom.


D’après
https://www.babelio.com/auteur/Alejo-Carpentier/3339
http://www.americas-fr.com/litterature/carpentier.html

Abandonné par son père avant même sa majorité Alejo Carpentier s’est vu contraint de subvenir à ses besoins. Après avoir surmonté de nombreux obstacles, il a obtenu dans le journal La Discusión une chronique consacrée à l’étude de chefs d’œuvres. Plus tard, à l’occasion d’un remplacement une rubrique consacrée aux spectacles lui a été confiée. Il fallait qu’il assiste aux représentations et que, tard dans la nuit, il rédige des commentaires dans le local désert de ce journal, situé Place de la Cathédrale. Une fois le travail terminé, il rentrait à pied chez lui. Sur le chemin, il découvrait peu à peu parmi les ombres de la ville, la singularité de La Havane coloniale.

Les objets restent autour de nous jusqu’à ce que le regard de l’observateur en révèle les contours, établisse un dialogue qui lui permette d’échapper à l’indifférence et à l’anonymat. Ainsi, longtemps après sa fondation, La Havane a été redécouverte par des visiteurs et ses habitants.

Un imaginaire s’est peu à peu créé à partir des carnets des écrivains spécialisés dans la peinture de mœurs, des paroles des longs recueils de chansons populaires, des chroniques des journalistes et des œuvres picturales. La ville a gagné une auréole mythique.

Lors de sa marche imposée dans la nuit havanaise Carpentier a commencé à trouver les clefs de la vielle ville. Elles lui présentaient peu à peu les caractéristiques d’une architecture qui, dans un processus d’adaptation au climat, aux ressources disponibles et au savoir- faire de ses artisans, avait créé un style singulier avec ses vitraux colorés pour filtrer l’intensité de la lumière solaire, avec ses grilles de séparation entre les balcons, avec ses bornes et le baroque modéré de sa cathédrale.

Il a récupéré les légendes qui entourent le Couvent de Santa Clara, d’où s’est enfuie, un siècle plus tôt, Maria de las Mercedes Santa Cruz y Montalvo, comtesse de Merlin. Il a compris que les rues étroites formaient une ombre protectrice se prolongeant à l’intérieur des maisons avec des volets et des garde- corps, facteur d’échanges permanents entre l’espace public et le privé.

Carpentier a affirmé un jour qu’il y avait en lui un musicien. De cette passion est née une étroite relation de travail avec les compositeurs Amadeo Roldán et Alejandro Garcia Caturla. La loi interdisait les rituels d’origine africaine. De temps à autre avait lieu une confiscation de tambours.

Malgré la répression latente, les roulements de tambours traversaient la ville. Carpentier, Roldan et Caturla se sont impliqués dans l’étude de ces expressions de la culture populaire avec l’intention de l’intégrer à la musique de concert. Ce chemin les a menés jusqu’à Regla, à l’autre bout de la baie, lieu qui allait marquer à jamais l’auteur cubain. Il avait trouvé là des sources pour pénétrer dans le monde secret des croyances, il est entré en contact avec de prodigieux instrumentistes et avec l’imagerie déployée dans les autels.

Il avait appris à regarder la ville. Il a appréhendé peu à peu cette singulière fusion entre le patrimoine monumental et le quotidien, l’existence souterraine d’une culture populaire. Il a perçu les annonces et la clameur des gens, l’interconnexion entre le domicile et la rue, la présence vivante de l’histoire, les sensations olfactives, l’équilibre entre la lumière et l’ombre. Et c’est ce qui formait la diversité des contextes, concept qu’il allait définir longtemps après, arrivé à un certain âge.

Le promeneur a franchi les limites du centre-ville avec ce nouveau regard. Il est tombé sur « La charrette d’Oquendo », haut-relief d’un artiste anonyme situé dans la rue du même nom. Il a valorisé les différents styles des colonnes qui soutiennent les portiques, et des édifices qui occupent une bonne partie de la ville moderne.

Avec cette croissance anarchique La Havane s’apparentait à une Amérique latine à l’expansion urbaine rapide. Il a compris que l’époque de « la novela de la tierra » était révolue et que maintenant il incombait aux écrivains d’aborder la réalité complexe de nos immenses villes sans style, de reconnaitre et légitimer leurs atouts.

Selon Alejo Carpentier, La Havane était le cadre privilégié du réel merveilleux, ce qui signifiait pour lui un espace d’émerveillement, condition enracinée dans la présence naturelle de l’insolite, de la singularité, du surprenant. L’écrivain était né le 26 décembre 1904. Il a passé son enfance dans l’environnement encore rural de Loma de Tierra. Il a connu le cœur du tissu urbain. Il a voyagé. Il est resté pendant des années à Paris et à Caracas. Chaque retour favorisait de nouvelles découvertes qui ont laissé des traces dans nombre d’articles de presse, comme dans son essai de référence La Ville aux colonnes.

La Havane est en filigrane dans quelques-uns de ces romans. On peut trouver quelque chose de La Havane dans la ville sans nom d’Ecué- Yamba-Ó. C’est la demeure des protagonistes du roman Le siècle des lumières. El camino de Santiago a gardé encore les traits d’un village. En route vers l’Europe, l’indiano de Concert baroque rencontre à Regla celui qui deviendra son compagnon d’aventures, descendant de Salvador Golomón, le personnage de Miroir de patience. On retrouve quelque chose de la construction du Capitole dans Le discours de la méthode. A travers la voix de l’architecte Enrique, La Havane occupe une bonne partie de La Consécration du printemps.

Le demi-millénaire et l’anniversaire de la naissance d’Alejo Carpentier nous invitent à renouer avec les œuvres des écrivains et artistes qui ont contribué à la construction du mythe de La Havane.


Article de Granma du 23 décembre 2018 ici

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