Habaneridad

Identifier, reconnaître, défendre le patrimoine !
mercredi 4 septembre 2019
par  Graziella Pogolotti, traduit par Christine Druel

Cet article de Gabriella Pogolotti est suivi du soutien que lui apporte le Président Cubaine Miguel Diaz-Canel Bermúdez :
« Gabriella Pogolotti nous lance un appel à la raison : la révolution a également fondé le patrimoine. Nous devons l’identifier, le reconnaitre et le défendre ! »

Auteure : Graziella pogolotti

Sur la façade de l’HôtelHabana Libre, de la rue L, s’affichent les couleurs

Inimitablesd’Amelia Peláezune des célèbres auteures classiques de notre

Première avant-garde

J’allais avoir huit ans quand je suis arrivée sur l’île sans connaitre un mot d’espagnol. Depuis lors, nous avons vécu12 ans dans une petite rue de troispâtés de maisonsappelée Peña Pobre. Son nomappartenait àune lignée qui trouve son origine dansl’Amadis de Gaule, un des romans de chevalerie qui a nourri l’imagination bouillonnantede Don Quichotte.Elle faisait partie dunoyaufondateur de la ville, bien que ses modestesconstructionsn’avaient pas grand-chose à voir avec le cadre colonial, détruit par le temps, les attaques pirates et par les fréquents incendies.

Là, dans ce quartier je suis devenue cubaine et j’ai appris à décrypter quelques composantes de notre société.Je connaissais chacun des voisins. Le charpentier d’en face, qui sans prétention d’ébéniste, a réalisé une corniche qui conserve, 80 ans plus tard, son éclat d’origine ; les voisins immédiats, vendeurs chez le tailleur J.Vallés et à la pharmacie Johnson.Les voisines d’en bas, l’une d’elle agent politique,{{}}avec qui j’ai découvert les secrets{{}}du « pigeon voyageur », moyennant{{}}la remise{{}}d’un bulletin{{}}écrit,{{}}et le paiement de 10 pesos en échange d’un bulletin vierge. Les autres, prostituées à leur compte armaient un scandale{{}}chaquefoisqu’elles n’étaient pas satisfaites de leur rémunération.

La situation m’obligeait à me réfugier à la Bibliothèque Nationale, au Château de La Fuerza, pour y trouver un peu de tranquillité. J’y avais ma place réservée et de la fenêtre je contemplais les bateaux qui entraient, sortaient et chargeaient du carburant. Ma mère considérait que la prostituée de service était une victime de la société, jusqu’à ce que je puisse découvrir un mot merveilleux : sous–prolétariat.C’est ainsi qu’à la suite d’une plainte venant d’elle, collaboratrice des sbires de Ventura, ma mère a été soumise à un interrogatoire au BRAC. Harcelés nous avons dû quitter le quartier.

Avec la République néocoloniale, La Vieille Havane était devenue le petit Wall Street cubain. C’était le centre bancaire, celui des{{}}cabinets d’avocatsdes grandes entreprises, d’importants ministères, du transfert de marchandises au port. Les rues étroites la rendaient impraticable.

La spéculation sur la valeur du sol est une des caractéristiques du capitalisme. La Vieille Havane était affectée par la présence d‘une population paupérisée et par la prostitution ambiante qui de surcroît, étendait ses réseaux à travers toute la ville. Dans un lieu attirant tourné vers l’expansion,environné de larges avenues, il existait une zone délaissée.

La construction de l’actuel cinéma Yara et des studios de radio et télévision a contribué à la hausse rapide de la valeur des terrains. L’architecture urbaine avait atteint l’épanouissement du mouvement moderne qui tendaità prendre en compte les arts dès la conception des projets. Plus d’un édifice de l’époque en porte la marque.

Les classiques de l’avant-garde picturale étaient liés à une période de maturité créative particulière en architecture. C’était la naissance de La Rampa avec la représentation d’agences automobiles, de filiales de banques, d’édifices conçus pour associer boutiques et parkings, un cinéma complété par une galerie d’art et un stand de vente de livres et de magazines. Cette atmosphère de modernité raffinée laissait peu de place à la note funèbre de l’entreprise des pompes funèbres la plus luxueuse de la Havane.Pour clore le cycle, à la fin de la décennie, l’hôtel Hilton de La Havane a été construit et rapidement transformé avec le triomphe désormais imminent de la Révolution à La Havane Libre. Le changement de nom était la représentation symbolique du nouveau pouvoir, caractérisé pour toujours par les images des barbus.

L’hôtel possédait des œuvres d’une valeur patrimoniale indiscutable. Une peinture murale de Cundo Bermudez, malheureusement perdue, se trouvait sur le côté de la rue 23. Il existe, à l’intérieur, une œuvre de René ¨Portocarrero. Définitivement intégrées au profil de la ville, sur la façade de la rue L, s’affichent les couleurs inimitables d’Amélia Peláez, l’une des auteures classiques de notre première avant-garde. La peintre avait découvert la valeur artistique de la céramique dans le très modeste atelier de Rodriguez de la Cruz, à Santiago de Las Vegas, un véritable lieu de production où étaient produits des cruches, et des cendriers à caractère commercial. Cet endroit oublié fait partie de l’histoire des arts visuels.Il existe sur le thème deux travaux importants de Maria Elena Jubrias. L’un d’eux recueille l’histoire de l’atelier, où se sont initiés aussi des artistes de premier plan de l’avant-garde, et l’autre de l’artiste elle-même sur la céramique d’AmeliaPeláez. La peintre travaillait sur des objets artisanaux. Elle décorait la pièce qui, après avoir été soumise à la cuisson, restait intégrée à la matière.

Il y a quelques années un malheureux accident a exigé une première restauration. Le Conseil du patrimoine était alors dirigé par Marta Arjona, une éminente céramiste qui a étudié les techniques les plus modernes à Paris. Elle a abandonné l’art au profit du service public. On a soigneusement sauvegardé les pièces originales de l’œuvre murale d’Amélia. Le problème c’était la différence de cuisson entre le béton et la céramique.La mise en place d’un maillage protecteur qui atténue ce contraste a été la solution trouvée la plus efficace pour sauver un symbole, de valeur patrimoniale incontestable, associé à l’image de la ville.

On dit qu’aucune pièce originale n’a survécu. On dit aussi que l’on essaiera de retrouver la couleur de l’artiste sur du granit et que l’on risque de ne pas pouvoir recouvrir la totalité de la façade.Bien que mutilée, la Victoire de de Samothrace continue à voler en haut{{}}l’escalier du Louvre.

Je suis devenue cubaine dans le quartier.Avec le triomphe de la Révolution, la Rampa est faite de nous tous.{{}}La présence des barbus symbolisait une nouvelle ère. Les dalles de granit avec des reproductions d’œuvres d’artistes cubains donnaient au peuple ce qui avait été confiné dans les musées. Les valeurs patrimoniales ne se réduisent pas à l’héritage des temps anciens. La Révolution aussi a fondé le patrimoine. Il fautl’identifier,le reconnaitre et le défendre.

Il existe une importante bibliographie sur l’histoire de la capitale.Il y a de modestes chercheurs dévoués au travail, comme Carlos Vegas, qui laissent des œuvres fondamentales. Sur l’architecture et l’urbanisme, Joaquin Weiss a laissé un travail précurseur toujours valable. Lilian Yánez a abordé le thème des maitres d’œuvre et la formation des architectes.Le président Diaz- Canel insiste sur le lien avec les universités. Nous pourrions y ajouter les centres de recherche et toutes les sources de connaissances utiles pour penser de manière globale.


Diaz-Canel appelle à identifier, reconnaitre et défendre le patrimoine

Le président des conseils d’Etat et des ministres de Cuba Miguel Díaz-Canel Bermúdeza manifesté son soutien à la demande de Graziella Pogolotti, également essayiste,qui diffuse{{}}le journal JuventudRebelde, à travers la publication sur twitter d’une phase de l’article d’opinion « Habaneridad »

« Graziella Pogolotti nouslance un appel à raison :La révolution a également fondé le patrimoine. Nous devons l’identifier, le reconnaitre, et le défendre », a écrit le président sur le réseau social susmentionné. (…)

En se remémorant des passages importants de sa vie à l’époque du triomphe de la Révolution, la célèbre intellectuelle caribéenne aborde l’histoire de la céramique murale de la sculptrice Amelia Peláez,installéeà l’Hôtel Habana Libre, qui se trouve dans un nouveau processus de restauration. (…)

Graziella Pogolotti est actuellement présidente du Conseil Consultatif du ministre de la culture ; Vice-présidente de l’Union des écrivains et artistes de Cuba (UNEAC) et membre de l’Académie cubaine des langues.

D’après http://www.radiocubana.cu/149-destacados/26044-convoca-diaz-canel-a-identificar-reconocer-y-defender-el-patrimonio


[http://www.cubadebate.cu/opinion/2...

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