Un commentaire sur la stratégie de sortie de crise

23 juillet 2020 Dario Machado
samedi 8 août 2020
par  traduit par Chantal Costerousse

Dario Machado.
Titulaire d’une licence en sciences politiques et d’un doctorat en sciences philosophiques, il préside la chaire de journalisme d’investigation et est vice-président de la chaire de communication et de société de l’Institut international de journalisme José Marti.

Le gouvernement révolutionnaire a récemment rendu compte de nouvelles mesures économiques visant à accélérer les changements nécessaires, contenues dans la stratégie socio-économique pour stimuler l’économie et faire face à la crise mondiale causée par le COVID-19.

Dans leur ensemble, ces mesures sont prévues dans les projections discutées dans le cadre de larges processus du débat national, protégées par notre nouvelle Constitution ; elles ont pris du retard et se sont accélérées aujourd’hui avec la situation de crise. Sa validité se mesurera en années.

Nombreux sont ceux qui s’attendaient à une initiative gouvernementale plus large et plus solide face aux transformations imminentes pour faire face aux nouvelles complexités et défis qui ont mis le monde et la société cubaine en tension.

La stratégie est déjà esquissée et les actions ont commencé non seulement là où cela est le plus rapidement applicable, mais aussi là où c’est le plus urgent.

Le scénario du futur sera toujours une succession de situations, l’action consciente en faveur du scénario le plus favorable ne pourra être gérée avec une perspective claire que par une stratégie bien définie qui devra être flexible, ce qui signifie avoir la capacité, dans ses orientations générales, d’incorporer les changements que la réalité elle-même conseille.

Les réalités

La stratégie est basée sur le besoin urgent de partir des réalités en pleine conscience de ce qu’elles sont aujourd’hui afin de pouvoir influer sur elles pour avancer vers l’avenir prospère et durable que postule l’idéal socialiste cubain à partir de la situation actuelle.

Ne pas voir la réalité serait mortel.

Ce qui précède n’est pas une question mineure. Bien que cela puisse paraître une platitude, rappelez-vous qu’il est nécessaire de reconnaître que dans notre société d’aujourd’hui, s’entremêlent les réalités qui nous placent tous sur un plan de pleine égalité,comme d’autres nous différencient, dans une palette beaucoup plus large que celle que nous avons connu tout au long du processus révolutionnaire et qui a été installé dans la psychologie sociale. D’où la nécessité d’un changement de mentalité aussi.

La pleine égalité s’exprime essentiellement dans les droits garantis par la Constitution de 2019, dans les politiques sociales traditionnelles de la révolution, dans les subsides alimentaires, l’électricité, etc...

Les différences d’ aujourd’hui existent non seulement par la position que chacun occupe dans la division sociale du travail, mais aussi par d’autres facteurs, qui introduisent des inégalités non liées au travail :

comme les envois de fonds depuis l’étranger ou la chance d’avoir une maison qui peut devenir une auberge et donc obtenir des revenus extraordinaires.
Il y a des extrêmes dans cette réalité qui peuvent être choquants ou irritants, mais ce sont des différences extrêmes, pas celles qui sont moyennes dans notre société, qui aujourd’hui reconnaît aussi le droit de recevoir en fonction de la contribution.

Beaucoup de nouvelles idées sont nécessaires de même que sont nécessaires ceux qui savent les appliquer.

Il n’est pas étonnant que parmi les mesures les plus discutées et mal comprises, figure la vente, parmi d’autres articles, de denrées alimentaires en monnaie librement convertible [1] qui est à mon avis la plus circonstancielle et éphémère dans la perspective.

Une société qui se dirige vers l’unification monétaire devra tôt ou tard éliminer cette sorte de marché captif qui joue aujourd’hui le rôle de collecteur des devises indispensables à l’économie nationale et de ce fait, soutient les politiques sociales.
Cela se passe maintenant comme à l’époque avec les TRD [2] qui mettaient également en évidence des inégalités préexistantes dans la société.
Ce sont cependant des mesures nécessaires, pensées par la politique, la science et l’opinion publique. Dures et difficiles, mais adoptées de manière responsable avec l’engagement de préserver un objectif fondamental du socialisme cubain : garantir l’équité et la justice sociale.

Par conséquent, un élément important de l’activité idéo-politique dans ce processus consiste à les expliquer, argumenter clairement encore et encore et à rendre chacune d’elles transparentes au cours de leur application.

L’une des directions fondamentales de la stratégie est de construire un cercle vertueux d’entreprises productives avec leurs différentes formes de propriété.

L’État et le gouvernement à tous les niveaux doivent apprendre à réglementer sans se noyer, en stimulant et en motivant les producteurs, en éliminant les obstacles bureaucratiques, en favorisant l’initiative et en appliquant les lois.

L’application d’une approche scientifique globale est la garantie de résultats tangibles. Sans l’articulation efficace des activités idéologiques, socio-économiques, organisationnelles, juridico-normatives et politiques, la construction sociale à orientation socialiste n’est pas possible.

Ainsi, par exemple, l’explication, l’alerte précoce, la conviction, l’exigence sont des agents importants du changement, mais ils ne suffisent pas.
Sans une bonne organisation qui implique la participation aux décisions, sans une direction efficace, sans l’application stricte de la loi, sans certains objectifs économiques, on ne peut attendre les résultats nécessaires.

Le marché qui doit maintenant croître à Cuba doit rester à l’écart du consumérisme et du luxe obscène.

Évidemment, il n’est pas possible d’aspirer à des réglementations normalisées qui n’ont rien à voir avec la diversité de la nature humaine, mais à préserver les limites raisonnables imposées par l’impératif de justice sociale, de santé humaine, de protection de l’environnement et de préservation de la nature.

Le sens socialiste de la stratégie repose sur la reconnaissance de l’importance du côté positif du marché, en veillant à ce que celui-ci n’impose pas sa hiérarchie.

Les besoins de base essentiels, tels que nourriture, vêtements, logement, etc. aujourd’hui, avec des limitations visibles, doivent pouvoir se satisfaire en respectant les goûts et les préférences individuels, également marqués par les us et coutumes de notre identité culturelle et par le contexte géographique.

La connaissance de la consommation est une variable décisive dans la construction d’une économie à orientation socialiste et, de ce fait, un facteur fondamental de la planification. Par conséquent, il doit être étudié.

Cuba a besoin d’une entité de recherche dédiée à l’étude de la demande du pays qui permette de connaître les préférences et qui contribue à l’éducation des consommateurs.

Les sciences sociales peuvent ici apporter de nouvelles contributions avec des résultats en quelques mois pour accompagner le processus de mise en œuvre de la stratégie.
Les études de scénarios à moyen et long terme ne devraient pas non plus manquer pour aider à redéfinir les stratégies et mise en route.

Sur le rôle de l’activité idéopolitique

Dans l’application de cette stratégie visant à l’expansion, au développement, au renforcement et à la stabilisation vertueuse du marché intérieur, émergeront des modalités de relation dans lesquelles sera indispensable le rôle de l’activité idéopolitique pour éliminer les obstacles au développement, pour préserver les valeurs altruistes et solidaires fondées par la révolution socialiste.

En écoutant les gens et en analysant le comportement de la stratégie pour attirer l’attention sur d’éventuels écarts, mais aussi sur les résultats pertinents et ainsi contribuer à rectifier ou prolonger et accélérer les expériences positives.

L’activité journalistique, à travers les médias sociaux traditionnels et numériques, aura pour tâche

  • de contribuer à accompagner, à observer et à analyser le processus d’application de la stratégie en tant que composante essentielle de l’action culturelle et de la démocratie participative dans le socialisme cubain,
  • contrecarrer les campagnes médiatiques visant à saboter l’application des mesures adoptées.

L’être humain n’est pas un être uniquement économique, il n’est pas non plus défini par les choses qu’il possède, même si elles sont nécessaires, mais par l’ensemble des valeurs qui guident son comportement social.

Au milieu des inégalités, il existe un ensemble de valeurs qui nous identifient en tant que Cubains qu’il est nécessaire de préserver et promouvoir face au côté négatif du marché.
Parmi les traits de personnalité qui guident la conduite des Cubains ne prédominent pas aujourd’hui l’avarice et la radinerie.
Mais figurent le besoin de sa propre sécurité et de sa famille, la tendance à l’amélioration matérielle et spirituelle, l’équité, la liberté, le besoin de repos et de plaisir, le souci de la qualité de vie durant la vieillesse.

Ces caractéristiques sont présentes sous différentes formes et degrés dans tous les groupes de travail et dans la famille et ne se contentent pas de simples mesures économiques.
Avec l’écrasante majorité du vote de notre population, la nouvelle Constitution a confirmé l’idéal communiste comme un horizon dont le rôle immédiat est d’empêcher que l’objectif socialiste ne devienne une caricature capitaliste.

L’idéal socialiste, orienté dans cette direction, a pour rôle de guider la construction socialiste en phase avec le contexte actuel. Et évidemment, avec des solutions purement commerciales, il n’ira jamais dans cette direction.

Une estimation est élémentaire :
si nous laissons l’économie entre les mains du marché, c’est-à-dire si nous supposons que l’État socialiste lui-même est un obstacle au développement, bien que reconnaissant son rôle dans ces branches de base comme l’exploitation minière, l’énergie, les infrastructures et si nous acceptons que cette idéologie socialiste entrave le développement, parmi les conséquences auxquelles on peut s’attendre, il y en a au moins deux qui se compléteront :

Un État et une activité idéopolitique absents du processus économique d’une partie décisive de la population qui reproduira sa vie en accord avec sa position dans la division sociale du travail dans une logique purement mercantile et par conséquent sa conduite sera sous l’influence croissante de la pression osmotique, à la fois matérielle et médiatique, du capitalisme.
Un binôme ( état et actvité idéopolitique) qui aurait tôt ou tard des conséquences politiques néfastes pour l’indépendance, la souveraineté nationale et l’identité culturelle, bref, pour les intérêts économiques, sociaux et politiques des travailleurs, de la nation cubaine.
Si l’action économique est produite avec l’utilité comme seule motivation et que cela devient une fin en soi, la distance et le mépris pour le rôle social de la production de biens et de services seront réduits.

Le bien-être que la société attend avec la satisfaction de ses besoins en souffrira et le profit à n’importe quel prix deviendra un virus incurable, aux conséquences sociales pernicieuses.
L’application de la stratégie définie ne sera pas une voie exempte de risques et de conséquences positifs, mais aussi négatifs, à la fois dans l’ordre matériel et psychosocial.
Il y aura une période d’adaptation qui doit s’écouler avec souplesse, sans délai, conjointement à une gestion efficace des risques et des dommages possibles.

Faire que le pays synthétise la Constitution

Ce qui a été expliqué jusqu’à présent - et devant les transformations imminentes de la société cubaine - nous amène à nouveau à la question fondamentale à laquelle la grande majorité des citoyens a répondu lors de l’approbation de la nouvelle constitution l’année dernière :

  • quel pays voulons-nous ?
  • Comment voulons-nous sortir de la crise ?

La stratégie que nous connaissons déjà dans ses caractéristiques et ses principes fondamentaux est la continuité de la finalité de la construction sociale à orientation socialiste.

Sa réalisation suppose des tâches décisives qui obligeront chacun à abandonner des pratiques et des approches qui n’ont que peu ou rien à voir avec le problème actuel, sans perdre la foi dans le modèle que l’idéal socialiste pose.

Son application sera couronnée de succès si elle est comprise comme la tâche de chacun, ce qui signifie que tout le monde doit non seulement faire, mais aussi réfléchir et décider.

En partant du maintien de l’approche globale et du rôle de la planification nationale qui coordonne le fonctionnement du métabolisme socio-économique du pays sur la base de la participation croissante des acteurs économiques désormais avec une plus grande autonomie et dans le but de guider le cours de l’économie et pour ne pas aller à la réplique du marché, je considère d’une importance particulière -sans prétendre signaler tout ce qui est nécessaire- de garder à l’esprit dans la pratique :

  • que la rapidité est essentielle pour procéder aux changements nécessaires, en
    particulier et surtout dans la production agricole ;
  • que la transparence et l’information opportunes et suffisantes doivent être maintenues sans lacunes ;
  • qu’il ne suffit pas de reconnaître qu’il existe des différences dans les aptitudes et les capacités des gens, la société doit les valider dans ses modèles de fonctionnement socio-économique ;
  • que soient conjurées les tendances consuméristes non seulement idéologiquement, mais avec l’application de politiques à cette fin ;
  • que ne soit pas négligé l’impératif de limiter consciemment au moyen d’une politique budgétaire adéquate et avec des réglementations légales spécifiques l’augmentation irrationnelle de la propriété et sa conséquence : l’accumulation du pouvoir économique entre quelques mains ;
  • que le citoyen soit protégé contre les abus de ceux qui recherchent des profits individuels par la fraude et la spéculation,
  • que la protection de la nature et de l’environnement soit toujours présente et,
    que ne soit pas abandonné le principe selon lequel personne n’est de trop dans le socialisme .

Cuba affronte un chemin difficile, non exempt de risques, dans lequel il n’y a pas de place pour l’indécision ou des erreurs fatales.

La stratégie définie, comme tout travail humain, est perfectible, mais indique une voie rationnelle et sa mise en œuvre profitera à tous, pas exactement de la même manière dans tous les aspects, mais à tous.


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